‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 215 sur 326 · CE PR · texte numérisé non relu

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38. om. vuwv p. ratpos (TH) plutôt que add. (SV). 39. moreute (H) plutôt que enaeure (T) ou encueute av (SV). #

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et dans l’autre; cf. Le Messianisme..., p. 169. Aussi le Christ leur remontre-t-il que l’esclave n'est jamais sûr de demeurer dans la maison de son Maitre; il peut toujours en être chassé. Le fils, lui, demeure toujours dans la maison, et il est sous-entendu qu'il l'administre.

36) Ils n’ont maintenant qu’à faire l'application. Étant esclaves, il faut qu'ils soient délivrés : ils ne peuvent l'être que par le Fils; alors seulement ils seront vraiment libres. Ce qui est exigé (vu, 24), c’est la foi au Fils de Dieu, qui seul peut effacer les conséquences du péché. Cela est dit clairement; c'était la mission de Jésus de le dire. On doit certes en conclure que la Loi était impuissante à donner cette liberté. C’est ce que Paul déduira explicitement, même en retournant la Loi, entendue au sens spirituel, contre les fausses assurances des Juifs (Gal. 1v, 22. 23. 26. 30. 31). Loisy : « On est bien tenté d'admettre que, pour ce développement, notre évangile dépend, quant au fond, de l’épitre aux Galates (1v, 21-31), et quant à la forme, de l’épître aux Hébreux (ur, 1-46) » (p. 296). Il suffit de jeter les yeux sur ces textes pour voir où est le principe qui jaillit de la dispute, et où sont les développements. Jo. aurait pu serrer ces développements dans une phrase, mais la sienne répond si naturellement à la prétention bien connue des fils d'Abraham! Que l’on compare l'opposition érudite entre Moïse, le serviteur, et le Christ, fils de la maison, dans Héb. ut, 2-5 |

D'ailleurs la conclusion n’envisage que le côté lumineux des choses; Jésus ne réitère pas sa menace du v. 24; il se contente d’avoir donné l'explication du v. 32 : il est cette vérité qui les délivrera, s'ils le veulent. 4 37) Il revient maintenant à ce dont les Juifs sont si fiers. Ils sont fils d'Abraham, soit! mais ils n'ont pas sa valeur morale, et ne sont donc pas ses vrais enfants. Pourquoi? Parce qu'ils veulent tuer Jésus. Ce reproche a + déjà été formulé par Jésus (vn, 19); il semble donc qu'il ne s'adresse pas spécialement à de nouveaux convertis qui auraient bien vite passé à un autre extrême pour une parole désagréable! Du moins les autres alléguaient une violation du sabbat. Au fond d'ailleurs, la vraie raison, c’est que la doctrine de Jésus ne pénètre pas en eux. Pour qui ne croyait pas en lui, il devait paraitre un novateur, sinon un blasphémateur. — ywpst a été expliqué « faire Es des progrès », ce qui est possible en grec, et qu’on juge plus approprié aux ee nouveaux convertis : ils avaient accueilli sa parole, mais elle ne fait pas de

demeure à jamais. 5581 donc Le Fils vous libère, vous serez réellement libres. *’Je sais que vous êtes la postérité d'Abraham; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne pénètre pas en vous. % Ce que j'ai vu auprès de[mon] Père, je le dis; vous donc aussi vous faites ce que vous entendites auprès de [votre] père. » #Ils répondirent et lui dirent : « Notre père c’est Abraham. » Jésus leur dit : «Si vous êtes des enfants d'Abraham,

progrès en eux, et ils veulent le tuer pour cela : conséquence qui suffit à prouver l'invraisemblance du point de départ. Si ce sont simplement de vieux adversaires, yw peiv conserve son sens naturel de pénétrer, avoir accès (Orig. Aug. Cyr.); il faudra seulement entendre ëv au sens de et (Orig. sic aèros… ywpetv); ou encore entendre « avoir place » « être contenu » (Field, citant ALCIPHRON, £p. In, 1).

38) Zahn lit rouire, à l'impératif, à cause de oëv, qui s'explique mieux de la sorte. Mais les Juifs ont très bien compris que Jésus leur parle d’un père qui n’est ni Dieu, ni Abraham, et qu'il nommera le diable (Schanz, Bauer, Loisy, Calmes, ete.). Le contraste est parfait : Jésus écoute sans doute ce que dit son Père (26), mais il voit aussi, dans une vision continue (éwpaxa); les Juifs entendent (frobauxe, l’aor. comme au v. 26) de temps à autre; l'audition est subordonnée à la parole, qui n’a pas le caractère permanent des objets exposés à la vue. — Ils font donc (c’est-à-dire puisqu'ils veulent le tuer), ce qui leur est suggéré par leur père. zatpi et naxpds n'ont pas besoin du pronom possessif pour signifier en grec le père respectif ; et cependant pov est ajouté au premier par ND, etc. et vuwv par NCD, etc.

39) Loin de piéliner sur place (Loïsy), la discussion rebondit : les Juifs sentent où Jésus les mène; ils ne répètent pas ce qu'ils ont dit (33) qu'ils sont la race d'Abraham, car Jésus le leur a concédé au sens populaire, mais ils répliquent séchement et l'on peut dire rageusement, qu’ils n'ont d'autre père qu'Abraham, c’est-à-dire, dans le cas, que c’est lui dont ils suivent les leçons. — La riposte ne se fait pas attendre : elle est topique, quel que soit Le texte, rouïxe (H), où énouire (T) qui est possible grammaticalement sans &y (que S. et V. n’ont pas le droit d'ajouter, à s’en tenir aux mss.) et ënoteire n'exige pas absolument fre au lieu de êate. — ëmoueire, avec NDC, etc. ou roteïre avec B Or. Chrys. Aug, og. ff? »? syrsin, qui nous paraît préférable, surtout si l'on accepte ëore (H TS) au lieu de te (V). On dirait que le texte a été retouché trois fois, . d’abord par érouire, auquel quelques-uns onf ajouté &v, puis en changeant ëèote en fx. Le dernier état est le plus coulant, mais le plus banal; il faudrait d'emblée prendre réxva au sens spirituel (Rom. 1x, 8; Gal. 1v, 28.31), tandis que Jésus prend le fait réel de la filiation pour mettre en demeure les Juifs d’être aussi les fils d'Abraham dans la vie morale : on comprendrait très bien : « si vous imitez Abraham, vous serez vraiment ses enfants » : cf. Sénèque, Epist. xLIV; omnes hi maiores lui sunt, si te illis geris dignum, mais la déduction est moins nécessaire en disant : « si vous étiez fils, vous imiteriez »;.

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246 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Vilr, 40-42.

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41. eyevynônuev (H) ou yeyevvrpe0x (TV). — Soden yeyevnônuev (?).

l'avertissement est péremptoire : « si vous êtes ses fils, imitez-le » (avec Belser, Tillmann, contre Schanz, Zahn, Bauer, Loisy, Calmes).

40) II faut reconnaître que vüv dé s'accommoderait très bien d'une condition dans la phrase antécédente, et c’est probablement pour cela qu’on lui a fait prendre ce pli. Mais on peut tout de même l'entendre avec un impératif précédent : Faites... Mais en réalité vous ne faites pas, vous faites ce qu'Abraham n'eût pas fait : vous cherchez à me tuer (37), moi qui vous ai dit cette vérité qui délivre, que j'ai entendue auprès de Dieu (26), et cela est bien étranger à Fesprit du père des croyants. L'accent est sur l'humanité, comme il convenait à propos du meurtre (Cyr.).

41) Ce père n’est pas Dieu, évidemment, ni Abraham... le sombre pressentiment du v. 38 n'est pas éclairci. Néanmoins les Juifs comprennent bien qu'il n'est plus besoin d'affirmer une descendance naturelle légitime d'Abraham, qu'on ne leur conteste pas. Si Bauer le prétend (Loisy 2e éd.), c'est pour accuser d'incohérence un texte qui se suit bien. Les Juifs n’écoutent pas ce qui vient de Dicu parce qu'ils sont attachés aux œuvres de leur père. Leur père est donc à tout le moins une puissance spirituelle autre que Dieu. Dans le style des prophètes, la prostitution d'Israël c'était l'idolâtrie. Il en résultait, quand des Fils servaient un dieu étranger, qu’ils étaient des fils de prostitution, téxva ropveias, C'est le terme des Septante dans Osée (1, 2; 1, 4). C'est ce qu'ils déclarent ne pas être, parce que leurs hommages ne sont pas partagés : ils n'ont donc qu'un (£va très en relief) père qui est Dieu. — fueïs est fortement opposé à busi, mais non pas à Jésus lui-même, comme s'ils entendaient lui reprocher sournoisement une origine illégitime. C’est ce qu'a pensé Origène qui connaissaif sans doute les basses suggestions des Juifs (c. Cels. 1, 28); mais rien ne prouve qu'elles aient pris jour durant la vie du Sauveur et que Jo. y ait fait allusion. — Elles se sont reproduites de nos jours dans la presse sioniste de Jérusalem !

42) La proposition est nettement conditionnelle, mais aussi Jo. a-{-il employé % et äv, ce qui a servi à « corriger » le texte primitif au v. 39, et

celte fois en effet la conditionnelle conclut très logiquement : si vous aviez Dieu pour père (dans l’ordre de l'esprit, comme il est nécessaire de le prendre ici), vous aimeriez celui qu'il a envoyé, car cet envoi ne peut être qu’une faveur

faites les œuvres d'Abraham. #Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, [moi] un homme qui vous ai dit la vérité que j'entendis auprès de Dieu : cela Abraham ne l’eût point fait. # Vous faites les œuvres de votre père. » Ils lui dirent : « Nous ne sommes point nés de la prostitution; nous n’avons qu’un Père qui est Dieu. » R Jésus leur dit : « Si Dieu était votre père, vous m'’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m'a envoyé. # Pourquoi ne comprenez-vous point mon langage? C'est parce que vous ne pouvez entendre ma parole. “Vous avez pour père le

de ce Père, etson envoyé doit être digne de lui; or telest bien le cas. — #5%A0ov, non pas de la génération éternelle; mais le Fils qui était auprès de Dieu en est sorti en quelque sorte par l'incarnation, sans le quilter (vir, 29); #xw au sens du parfait, « je suis venu »; cf. 11, 43 1v, 47; Le. xv, 27. — On admet que oùdè yéo équivaut à où yé, dont s’est contenté D. Cependant il y a sans doute une nuance (cf. Rom. vin, 7) : vous ne pouvez même pas dire que je suis venu de moi-même : tout ce que je suis et fais vient de Dieu. C'est toujours cette subordination du Verbe incarné à Dieu qui devait convaincre les plus obstinés que Jésus n’entendait pas rompre avec la religion révélée ancienne. Il a fourni les preuves de son pouvoir; ce qu'il affirme surtout ici comme plus haut (v, 49 ss.), c'est sa dépendance vis-à-vis de Dieu, en tant qu'il est son envoyé et devenu homme.

43) Et cependant les Juifs affectent de ne pas l'entendre mieux que s'il employait une langue étrangère. Il leur parle de Dieu, qu'ils disent être leur Dieu; il leur parle donc leur langue. Pourquoi ne la comprennent-ils pas? Parce qu'ils ne peuvent se résoudre à écouter sa doctrine, faire l'effort nécessaire pour la pénétrer, à cause de leurs mauvaises dispositions. Quand on entend exposer même dans sa langue des idées auxquelles on est absolument réfractaire; on dit volontiers : c'est comme si vous parliez en chinois! Ce sens nous paraît résulter : a) de la distinction voulue entre Aakté (non pas comme dans 1v, #2) dialecte (cf. ME. xxvr, 73), et Adyos la parole proposée, l’ensemble de la doctrine; b) du verbe yrwsxev, comprendre un dialecte ou une langue (act. xxr, 37; cf. Neh. xur, 24); c) de la comparaison avec vi, 60 : rie Dovarar adroë (roë Adyou) &xobeiv; qui peut prendre sur lui d'entendre dire une pareille chose? Quoique G6vas0e indique bien une non-receptivité, la comparaison avec vi, 60 montre bien qu’elle tient à des dispositions volontaires. Même Aug. : Sed unde audire non poterant, nisi quia corriqi credendo nolebant? — Nous entendons donc ër comme répondant à la question, non comme une explication du fait de la question : je vous le demande puisque, par le fait, vous ne pouvez écouter, ce qui est tout naturel quand on entend une langue étrangère (Zuhn).

44) Les modernes (même Bauer, Loisy) sont d'accord pour ne pas voir ici le

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père du diable, mais le diable lui-même. On doit reconnaître qu'il eût été plus

- grammatical de ne pas mettre l’article (roÿ) Gtabdhou ni (6) rare, puisque àte-

66)ov et rarfo sont des prédicats par rapport à ce qui précède. Mais si l’on traduisait : « du père du diable », et « menteur comme aussi son père », on aboutirait à une construction absurde. L'objet de tout le discours serait le père du diable, et il se trouverait à la fin qu'il n’était autre que le diable. D'ailleurs la conception d’un père du diable, qui serait comme un second dieu, est complètement étrangère à l'A. T. et au quatrième évangile. Ce sont les gnostiques qui ont déduit leur démiurge de ce texte ou qui l’y ont trouvé après coup; cf. Hip. Ref. v, 17 (les Pérates); Errpx. Haer. xr,, 5 s.; Aug. : In his verbis quidam patrem diabolum habere putaverunt, et quaesierunt quis esset diaboli pater. Hic vero detestabilis error Manichaeorum invenit adhuc, qua deciperet imperitos. Nous entendons donc le verset du diable. C'est le mot de la Gn. N'étant pas des fils spirituels de Dieu, qui obéiraient comme Jésus à sa volonté (1, 34 etc.), il reste qu'ils soient les fils du diable, au sens métaphorique, cela s'entend. Le raisonnement se rattache donc au v. 42, mais il tient compte de la raison donnée au v. 43; le caractère volontaire non exprimé dans Gévaohs appa-

rait ici clairement dans 0ékere. — Le diable a des désirs, ce qui est d'un ordre

inférieur, et en les réalisant l’homme suit aussi sa propre convoitise (cf. I Jo. 1, 16.17). — ävOpwnoxtdvos (+ N. T. I Jo. m1, 15) n'indique pas nécessairement un homicide sanglant tel que le meurtre d’Abel, qui ne serait pas àx’ &oyñe : le commencement indique plutôt la chute du premier homme à l’instigation du serpent; cf. Sap. 11, 24 : o0üvw dè diaGohou Odvatos elomAGev sis Tov x6ouoy. Ce sont deux paroles assez mystérieuses, celle de Jésus surtout, tandis que le développement de Paul (Rom. v, 42 ss.) insiste sur la causalité du premier homme. — La forme oùx, dans les meilleurs mss. (H T S V) prouve bien qu’il faut lire Éotnxey et non Écrnxev, ce qui suppose un verbe ot#xw. Dès lors au lieu de supposer un parfait de ce verbe, puisque Jo. emploie très bien Ectnxev, il faut s’en tenir à un imparfait, d'ailleurs parallèle à #v. Dès le commencement, aussitôt qu'il apparaît dans l’histoire religieuse, le diable ne se tenait pas dans la vérité. Les Pères ont vu là une allusion à la chute du diable; mais il y faudrait un plus-que-parfait, et la raison qui suit s’appliquerait mal : si le diable est tombé, ce n’est pas parce que la vérité n’était pas en lui, ce serait plutôt parce qu'il n’y est pas resté fidèle (Zahn). Nous entendons donc qu'il n’était pas au début de l’histoire dans la vérité, parce qu'elle n’est pas en lui d’une

-manière normale. Pourquoi? Jésus ne parle ici ni de l'origine du diable, ni

de sa chute, mais de ce qu’il est dans son action et dans sa situation morale et religieuse, car la vérité a ici son plein sens johannique. Le mensonge plutôt est son fond : quand il ment, il n’a besoin d'emprunter à personne : 24 tüy (dlwv,

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Et ‘ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, VII, 45-47.

diable, et vous voulez réaliser les désirs de votre père. IL était * homicide dès le commencement, et il ne se tenait pas dans la vérité, parce qu'il n’est pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son fond, parce qu'il est menteur et il en est le père. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. “Qui d’entre vous me convainc de péché? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? ? Celui qui est de Dieu entend les

« avec ses propres ressources », dans plusieurs inscriptions de Syrie, etc. TaTthe adroë, construction ad sensum, d'autant moins étrange que eo: n’est pas très éloigné.

Plusieurs ont pensé que Caïn était l’homicide : Aphraate (Patrol. or. T, 785) :

« Et le Sauveur leur dit : vous êtes fils de Caïn, non pas fils d'Abraham »;

cf. Ambrosiaster (P. L. XXXV, ©. 2897, parmi les œuvres d'Aug.) et Cyrille ici, probablement en songeant aussi à I Jo. m1, 12; mais ce n’est pas une raison pour substituer Caïn au diable dans un prétendu texte primitif comme l’a fait Wellhausen, réfuté par Bauer et Loisy.

__4Jl ne saurait être question de nier l'importance attribuée ici au rôle du diable, mais c'est une méprise d'y voir avec Bauer « un véritable dualisme », venu de Perse. Le diable ne dispute pas l'empire du monde à Dieu quasi sur le pied de l'égalité, à la façon d’Ahriman. Il n’est pas divinisé et ne peut exercer son action que parle mensonge, grâce à la complicité des hommes qui se font les serviteurs de ses désirs, misérable en somme et méprisable, tant il est facile de se soustraire à son empire en passant par la foi dans le camp de la vérité. 45s.)Ily à une double difficulté sur laquelle passent les commentateurs. a) dans le v. 45, Jésus dit nettement aux Juifs que s'ils ne croient pas en lui, c'est précisément (871) parce qu'il dit la vérité, lui (éyà à), ce qui ne leur va pas, habitués qu'ils sont à s'attacher au mensonge comme le diable. Mais dans 46v, il suppose que les Juifs sont d'accord avec lui qu’on doit suivre la vérité. b) De plus, le v. 46% transporte la question du terrain de la vérité dans celui de la perfection morale. — Il faut donc admettre, comme nous l'avons déjà dit Gu, 7), une protestation sous-entendue des Juifs, qui s'est manifestée au moins par des gestes. Nous, refuser de croire à la vérité parce que c’est la vérité? c'est trop fort! Et cependant, répond Jésus : jusqu’à présent personne de vous ne me convainc de péché. Gette perfection morale, dont la nature humaine n’est guère capable, est en tout cas une preuve que je ne mens pas. Alors je dis la vérité, et si vous prétendez croire à la vérité, pourquoi ne croÿez-vous pas? — ëAéyyEL au présent (arguit, et non arguet) : les Juifs l'ont bien accusé, mais non convaincu; le verbe a les deux sens, mais très souvent le second; cf. 11, 20; XVI, 8; classiques et papyrus. — On notera ce double où ruoteete qui prouve bien que le discours sauf la première phrase (31 s.), ne s'adresse pas spécialement aux nouveaux convertis.

1) L'argument contient implicitement un syllogisme, dont la mineure serait nice en ce qui regarde les Juifs : Qui est de Dieu écoute... or, vous n'écoutez

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pas... donc vous n’êles pas. Mais la phrase est construite pour donner la raison dernière de leur refus d'écouter (cf. 43) comme il faudrait pour croire, — Être ëx 705 0eoë, cf. 1, 43; I Jo. 1v, 4.6. Il va de soi dans le dogme du judaïsme que ceux qui ne sont pas de Dieu n'ont à accuser que leur résistance aux appels de Dieu. — Toutes ces paroles de Jésus sont assurément très graves, et peuvent paraitre dures. Elles ne le sont pas plus que celles où il nomme les Pharisiens zélés pour la propagande des fils de la géhenne (Mt. xxm, 15). Les chefs spirituels du judaïsme étaient en train de rompre par leur obstination orgueilleuse tous les desseins miséricordieux de Dieu sur son peuple, d'entraîner «ce peuple au meurtre du Fils envoyé par le Père (Mc. xx, 6 et parall.). Ne fallait-il pas les avertir?

48-59. Aux insultes des Juifs Jésus répond seulement en confirmant ses déclaralions sur sa mission et en révélant qui il est.

Il ya cette différence d'aspect entre ce morceau et le précédent que Jésus ne fait plus guère que se défendre. Il a voulu dire aux Juifs toute la vérité, une vérité qui ne pouvait leur être agréable, car elle comprenait la condamnation de Lout eur système religieux :eux, les seuls serviteurs de Dieu, devraient confesser qu'ils suivent plutôt, dans leur haine homicide, les inspirations du diable! Ils sont exaspérés; ils s'emportent en injures. Jésus ne les leur rend pas, et semble plutôt les incliner à la foi par la grandeur de ses promesses ; s’excusant en quelque sorte de paraître se glorifier, parce qu'il doit dire la vérité au sujet de son Père. Ici seulement un mot pénible pour les assaillant(s (55). Mais puisqu'ils ont toujours à la bouche Abraham, il lui plait de le ranger parmi ceux qui lui ont rendu hommage. A l'affirmation de sa propre préexistence, les Juifs n’ont pas la patience d'attendre le résultat de leurs manœuvres et prennent des pierres pour une exécution sommaire, comme leur histoire en connaissait (UT Regn. xx, 40; Dan. xu1, 61). — Dans cet échange de propos offensants et de vérités saluaires, on devait nécessairement revenir sur des choses déjà dites, et même les Juifs se répètent (48. 52). Mais pour dire que « le tout commence à devenir fastidieux » (Loisy, p. 304), il faut ne pas sentir la gradation constante dans la révélation, à laquelle répond une fureur croissante, qui fait explosion quand la lumière a paru avec le plus d'éclat.

L'unité avec la première partie se fait surtout sur le nom et la personne d'Abraham, qui encadre le tout (33 et 58).

48) Jésus avait contesté aux Juifs la parenté spirituelle avec Abraham et avec - Dieu. Is retournent le reproche à la manière des personnes qui n'ont pas la réplique spirituelle. Parmi les peuples étrangers à la communauté juive, nul ne Jeur était plus odieux que les Samaritains (ef. sur Le. x, 33). C'est à peine s'il

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Vilt, 49-51. 251

paroles de Dieu; si vous n’entendez point, c’est que vous n'êtes pas de Dieu. » #Les Juifs répondirent et lui dirent : « N'avons-nous pas raison de dire que tu esun Samaritain et possédé d’un démon? » 49 Jésus répondit : « Je ne suis pas possédé d’un démon, mais j'honore mon Père, et vous me traitez avec mépris. Pour moi, je ne cherche pas ma gloire ; il est quelqu’un qui [la] cherche et qui juge. ‘En vérité, en vérité je vous [le] dis : Si quelqu'un garde ma

était plus triste d’être possédé du démon, cela avait déjà été dit, mais un peu en l'air (vn, 20); maintenant ils le confirment. x«k&s a très souvent le sens de à 0ëx, recte, mais beaucoup plus avec rouiv qu'avec éyeuf, comme 1v, 17; xi,,13 ; cependant cf. POLYBE, Hist. xx1, 3, 10 (Bauer). — Comme précédemment Jo. a fait allusion à la haine nationale bien connue des Juifs pour les Samaritains (iv, 9), il faut beaucoup de parti pris pour voir ici une allusion aux faux prophètes et fils de Dieu venus plus tard de Samarie (Loisy, p. 302); tout le sel de cette conjecture est de prendre Samaritain dans le sens où des chrétiens ont pu employer ce mot.

49) Jésus ne relève pas le reproche de Samaritain, peut-être pour ne pas faire un affront à ce peuple, peut-être pour ne pas se targuer de sa descendance d'Abraham. Il se contente de protester qu'il n’est pas possédé. Ce qu'ils prennent pour des blasphèmes suggérés par le démon lui est inspiré au contraire par le désir d’honorer son Père, auteur de sa mission (42). — tyw est opposé à leur grief; duets contraste avec éyw.

50) D'ailleurs Jésus n’ajoutera rien à cette protestation qu'il devait à la vérité, çar il ne cherche pas sa gloire (cf. v, #1). Il semble à Bauer (contre Schanz, Zahn, Bélser, Loisy, Tillmann) qu'il y a ici une nuance très délicate entre les deux fre : avec le second il n'y à pas à sous-entendre : « ma gloire »; mais, étant avec zg{vev, il aurait le sens d’enquêter : « Ily a quelqu'un qui fait une enquête et qui juge. » Ce serait presque un jeu de mots. Pour l’alliance de l'enquête et du jugement, d’ailleurs très naturelle, on pourrait comparer Is. xvr, ÿ xolvoy a Extnr@v oiua. — Cependant, à tout prendre, l'opinion commune est plus probable, car dans les LXX €nreiv n'est guère pris dans le sens de éxCnreiv. — xobwv n'en a pas Moins le sens de juger; précisément parce qu'il poursuit la gloire de Jésus, Dieu jugera en sa faveur. Il va sans dire que ce n'est point en opposition avec v, 22 : l'acte de conférer le pouvoir de juger au Fils équivaut à chercher sa gloire et à la proclamer.

51) Le contexte n'est pas très clair. On dirait que Jésus reprend la pensée du v. 34, car observer ou pratiquer sa parole, c'est y demeurer (31). On peut estimer aussi que le jugement du v. précédent, quoiqu'il soit avant tout à l'honneur de Jésus, est par là même une condamnation de ses adversaires qui l'ont voulu déshonorer. L'idée du jugement amènerait celle de la vie éternelle, comme dans v, 24, où l’on trouve la même association avec l'ordre inverse. Dans les deux cas, l'affirmation est solennelle, et Jésus insiste souvent sur la nécessité de pratiquer sa parole (x1v, 23; XV, 20 ; xvir, 6) et ses commandements (xiv, 45. 21). Il profite

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