‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 228 sur 326 · X, 14-21. LE PASTEUR ET LE TROUPEAU · texte numérisé non relu

X, 14-21. LE PASTEUR ET LE TROUPEAU

Cette page admirable recoit encore des interprétations très différentes, soit pour son rapport avec ce qui précède (d’où dépend souvent le sens qu’on lui donne), soit pour sa structure littéraire, soit pour le sens et l'origine des images : nous ne toucherons ce dernier point qu'après l'explication du texte; mais il est nécessaire pour la clarté d'indiquer d'avance quelques opinions et d'y ajouter une vue générale.

a) Contexte. On convient que cette péricope se termine au v. 21, le morceau suivant étant complètement distinct. Mais que penser de son rapport avec ce. qui précède? — Il y a incontestablement une soudure extérieure ; c’est le même discours, en ce sens qu’il s'adresse au même public (aèroïs, v. 6), et il se termine par une allusion à la guérison de l’aveugle-né (21). Cependant le chap. commence par : « en vérité », etc. et si ce n’est jamais le début d’un discours dans Jo., du moins cela indique une modification dans le thème. De quelle portée est æelte modification? C'est toute la question. D’après Godet, l'union est si étroite que le ch. x, 1-21 n’est que la reproduction des faits du chap. précédent sous forme de parabole : intolérance des mauvais pasteurs (1x, 22, 34), charité du bon pasteur pour l’aveugle (35-38). Holtzmann fait une péricope de 1x, 35-x, 21, intitulée « le bon et les mauvais pasteurs ». Maldonat commencerait volontiers une péricope à 1x, 39. De même plus ou moins Schanz, Tillmann, etc. Il en æésulte qu’on donne au discours un caractère accentué de polémique contre les Pharisiens ; Schanz : loin que l’adhésion à Jésus soit un juste motif d'excommunication (1x, 22), elle conduit au salut; Tillmann : la condamnation contre les Pharisiens est poussée plus loin et motivée; Loisy : c’est un morceau de polémique dirigé contre le culte des fils de Dieu; Knabenbauer : le lien est étroit avec ce qui précède : hoc sermone Jesus demonstrat eos non esse pastores gregis domini, verum corruptores ac deceptores, etc.

Mais déjà Cyrille avait compris qu'il n’y a pas en réalité de lien logique entre les énoncés du ch. 1x et ceux-ci, et il devait recourir pour trouver un lien à l'hypothèse que Jésus répondait aux pensées des Pharisiens plutôt qu’à leurs paroles.

Saint Thomas a vu très clairement qu'en somme le sujet est nouveau : après la virtus illuminativa, Jésus traiterait de la virus vivificativa. Loisy : « L'instruction se rattache apparemment à la parole sur les non-voyants et les voyants qui deviennent aveugles (1x, 24 [lis. 39]); elle ne tient pas pourtant si étroitement à cette introduction qu'elle n’eût pu être aussi bien logée ailleurs » (p. 320).

1« En vérité, en vérité je vous [le] dis : Celui qui n’entre pas par la porte dans le bercail des brebis, mais qui y monte par ailleurs,

Nous pensons que s’il ÿ a dans la situation antécédente une amorce, l’instruc- #ion porte sur un sujet spécial que nous aurons à déterminer.

b) La structure littéraire. D'après Godet, ce sont trois paraboles, ou plutôt trois allégories : le berger (1-6), la porte (7-10), le bon berger (11-18). C’est encore l'avis de Tillmann, si ce n’est que la première comparaison se rapproche

. plus de la parabole synoptique. D’après Loisy, ce qui regarde la porte est une

surcharge rédactionnelle comme l’a bien vu Wellhausen (cf. Bauer). D'après Zahn, il y a une allégorie qui n’est pas expliquée par Jésus, et deux nouvelles instructions qui y font suite. Holtzmann n’admet qu'une seule allégorie qui se déve-

loppe. Calmes : « Jésus retrace d’abord une scène de la vie pastorale (1-6), puis

il s'applique à lui-même les deux traits les plus saillants du tableau » (7-10;

11-48). C’est précisément ce qu'il fallait voir. Mais au lieu de classer le tableau dans le genre de l’allégorie, nous montrerons que c’est plutôt une parabole, semblable à celles des synoptiques pour le fond. té

c) Sujet de l'instruction. Nous avons déjà vu comment la superstition du contexte avait porté à exagérer le caractère polémique de l'instruction, qu’on croit dirigée contre les mauvais pasteurs avant même qu'elle ne soit le portrait du Pbon pasteur.

L'étude la plus fouillée, celle de Zahn, consiste à tout expliquer en allégorie (1-6). Jésus y donne les caractères du vrai pasteur : il vient par le bon endroit, il est reconnu par le portier, il est en intimité avec ses brebis. C’est bien Le cas de Jésus qui est venu par le chemin régulier, le baptême de Jean, l'assistance aux fêtes, la participation à l'enseignement des synagogues; comme on n'avait rien à lui reprocher, on n’a pu lui refuser l'accès auprès des foules, on a dû renoncer aux mesures de rigueur; son influence sur la foule n’est pas douteuse, surtout sur son petit troupeau. Il est donc le vrai pasteur, c’est-à-dire le Christ : les voleurs et les brigands sont les princes de la maison d'Hérode et même les Asmonéens, Judas le Galiléen, les Zélotes, etc. L'allégorie est donc apologétique et confirmée par les deux instructions sur la porte et le pasteur légitime et

excellent.

. Or, il nous paraît clair que si le Christ se donne pour le bon pasteur, ce n'est pas précisément pour revendiquer un titre messianique, mais pour expliquer comment il comprend et pratique son rôle : on le jugera à son œuvre qui est la formation d’un nouveau troupeau, composé de l’ancien troupeau et d'autres brebis qui déjà lui appartiennent. Il faut le dire : il fait pressentir la fondation de l'Église, formée par sa mort, dont il sera néanmoins toujours le chef, car il reprendra la vie qu’il aura donnée pour son troupeau. On comprend même très bien (9) qu’il agréera d’autres pasteurs, qui tiendront de lui eur investiture. Dans l’ordre historique, cette idée aurait dù venir à la fin : elle précède (7-10 avant 11-16) parce que tel était l’ordre dans le récit parabolique fondé sur la nature des choses. Tout cet enseignement spécial est terminé au v. 16. Les yv. 17 et 48 sont une explication sur le point particulier de la mort volontaire de Jésus.

î 2 € # 26 8 elocpybuevos dia ris Opas mouAY ÉTLy rüy rpoféruv. 3coûTw 6 Pupopès avobyer, mal rù rpébara Th puvis nbToù anober, mal Ta Lu moobare

Nous avons donc dans cette page um enseignement de la plus hante importance sur l'œuvre que Jésus a faite par sa mort volontaire, une instruction pro— phétique, dont la valeur apologétique ne se dégagera que plus tard, et où la polémique ne sert qu'à rehausser par l'opposition des traits la figure et le rôle du Pasteur.

Vient ensuite, comme tout le monde en convient, tme note sur l'impression causée par tous ces discours et le fait qui y a donné lieu (19-21).

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