‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 229 sur 326 · LE PASTEUR ET SES BREBIS · texte numérisé non relu

LE PASTEUR ET SES BREBIS

Nous anticipons sur l'explication du v. 6 pour déterminer le caractère littéraire du morceau dans l'intention de Jo. —.mapouia vient de rapd et oÎuos, non pas au sens de chemin (encore Bauer), maïs au sens de chant, mélodie. De même que oooipuoy est un prélude, rapoyuis est un discours à côté. En grec le sens normal est proverbe (II Pet. 1, 22), le proverbe insinuant souvent autre chose que ce qu'il dit (à bon chat, bon rat, etc.). Jo. avait donc le droit d'entendre par là un discours un peu énigmatique : c’est une catachrèse, mais dont la portée: est claire : Cyr. xaveypfouto toivuv xü rûcs mapommias Ovéuarre xadeï yap oÙtu Tv mapaBokiv. L'intention de Jo. est encore plus clairement déterminée dans un autre passage (xvi, 25. 29) où la zaporpia est employée absolument dans le même but que rapx6okf par les synoptiques (Me. 1v, 14. 12 et parall.). La seule différence est que les synoptiques se conforment le plus souvent à la technique de: ce récit chez les Juifs : telle chose est semblable à telle autre, etc., introduction omise par Jo., mais qui ne change rien au fond des choses. Il veut donc indiquer le mächdl sémitique, traduit le plus souvent chez les Septante par xapañokf, mais | aussi par mapouia (Prov. 1. 1; xxv, 1 sauf dans N B xarBeiat). Dans le Siracide, rapotpila (moins fréquent) a aussi bien que rapa6ot le sens d'énigme (xivir, 47) : ëy Gate ro rapourlars xal rapabohuïs xai èv Epunvia anebmimacdv ce yüpar, Cf. xLMIL, 45, L'intention de Jo. n’est donc pas douteuse.

Mais cette assimilation de la raporuia à la xapa6ok ne tranche pas la question de savoir si nous avons ici une parabole pure ou une allégorie pure. En général on voit plutôt ici une allégorie (même Buzy, Intr. aux parab. év., p. 432), mais Lepin a dit plus justement que nous avons affaire « essentiellement à un petit tableau parabolique, en partie susceptible d'applications allégoriques » (Le quatrième év. p. 409). La différence vaut d’être notée, car si ke morceau est ume allégorie, on y verra autant de figures qu'il sera raisonnable d'en trouver, au lieu de se contenter de l’esquisse de la vie pastorale. Dira-t-on que le récit est une allégorie parce que le pasteur est manifestement la figure de Jésus, tandis que dans la parabole on compare une situation à une situation? Ce serait essayer de faire entrer la parabole sémitique dans le lit de Procuste des genres littéraires grecs. Nous croyons que celle-ci peut être comparée à la parabole ___ tu semeur, où il y a quatre situations et des traits allégoriques (Comm. Mc. p. 405 s58.).

Le principe fondamental de l’allégorie, c'est qu’une chose n’en figure qu'une autre. Si la même personne était représentée par deux choses, tout le sens de |

est un voleur et un larron; ? mais celui qui entre par la porte est pasteur des brebis. 3 C’est à lui que le portier ouvre, et les brebis

lallégorie serait altéré. Et c’est bien pour cela que Wellhausen (suivi par Loisy) a regardé les vv. 7-9 comme surajoutés : si Jésus est le bon pasteur, il ne peut être la porte par laquelle il passe lui-même. Dans l'hypothèse de l’allégorie, l'argument est irréfutable. Comme il est certain par ailleurs que 7-9 ont toutes les marques de l'authenticité, il faut donc conclure que la comparaison roule sur deux situations : dans un bercail on doit entrer par la porte : de même dans la société de l'avenir, où Jésus.est la porte; — entre un pasteur et le troupeau il y a des rapports d'intimité : de même entre Jésus et ses disciples, et il est de la sorte le bon pasteur. La différence des situalions permet deux comparaisons successives. Cependant il est des éléments allégoriques qui se dégagent de l’ensemble : les voleurs qui sont d’autres que Jésus où ses mandataires, le parc qui est le régime où se développe le peuple d'Israël, et il sera même question de mercenaires et de brebis en dehors du bercail dont il n'était rien dit dans la parabole. Nous concluons donc que ce tableau doit être expliqué simplement comme exprimant une réalité pastorale, et nous nous en tiendrons comme sens allégoriques aux traits que Jésus a expliqués ou même ajoutés.

4-2. La porte du bercail. Au début du petit tableau, l'opposition est entre ceux qui entrent par la porte et ceux qui escaladent. Ces derniers sont nommés les premiers, moins pour faire allusion aux Pharisiens auxquels Jésus vient de dire leur fait, que pour continuer ensuite par ce qui regarde le vrai pasteur : son entrée -en scène est préparée par ce contraste.

1) uv x. +. À. ne se trouve jamais, dit-on, au début d'un discours, mais peut très bien indiquer une modification dans le thème; c'est presque un début dans v, 49. — ail désigne déjà dans Homère (Il, 1v, 433) un parc pour les brebis. On est sûrement àla campagne (contre Belser qui parle de l’enclos de Bethesda!) puisqu'il sera question du loup (12), comme dans Num. xxxur, 46. 24. 36; Soph. x, 6, quoique les LXX n'aient pas traduit par «ik (dans Jos. Ant. I, x, 2 c'est la tente d'Abraham qui devient un palais). Sur la disparition d’une brebis dans un parc, cf. Pap. Hib. xxxvr (228 av. J.-C.) : Satacos dénonce au garde municipal émokwAsxévar Ex ts als vuurds ro66atov Ou. — aAayôey hapax dans. la Bible (IV Mach. 1, 7) et condamné par les atticistes. — xhëéntns et Anotis joints. dans Abd. 5: ep. Jer. 56, presque synonymes, quoique le premier ait plutôt la nuance d’un adroit filou, le second étant presque un brigand. -—— ëxeîvos marque une sorte d’apodose, cf. Mc. vir, 20.

2) [low non pas le bon pasteur, ni le propriétaire, mais simplement celui qui a la charge des brebis; la distinction du propriétaire et du mercenaire ne viendra que plus tard.

3) Môme à la campagne les pasteurs ne couchent pas tous dans le parc des brebis; chacun se rend à son campement, ou, comme üls appartiennent au même campement, sous sa tente où il rejoint sa famille. On laisse seulement un ou plusieurs gardiens; le gardien recoit ici le nom de portier à cause de l'importance de ia porte dans la parabole. Les allégoristes ont pensé à Moïse (Chrys., d'autant que la porte figurait l'Écriture) à Jean-Baptiste (encore Zahn),

#2 1 La A! x abrüv mopeleror, nai va mpofara abré œxohouber, Otu OldaotY TNY PUY

abroë" SaXnozplw D où mh énohouBhoouoiy SXAX pebboyrat @m' abroÿ, OT

oùx ofDaor rüv &Xhorpluy Thv quvhv. Tarn rhv rapouulav eimev adrotc

8 ’Incoës’ Exetvor DE oùx Éyvwoay téva y & EAdhet ados. TET-

mey où mél 6 ‘Inooëc ‘Anny dur Réye buiv, yo etut à OÜpa roy

rpoBéruv. Brévres boot HAfov xAËTTAL eloiv xat Ancrai SAN oùx fxoucay re axchouineouary (THV) plutôt que — owouw (S).

7. om. autos p. nakwv (TH) ou add. (SV). — T om. même nav. 8. om. npo euou &. n\0ov (T) et non add. (HSV).

à Jésus lui-même (Aug.). Quand un pasteur est entré, il donne le coup de langue qui le fera reconnaître de ses brebis, car plusieurs troupeaux sont mêlés dans le parc; tà rp66ara sont toutes les brebis indistinctement qui entendent cette « voix ». Celles qui lui appartiennent se groupent naturellement auprès de lui. — xat” ëvoux semble dire qu’il les appelle l’une après l’autre par leur nom, ce qui indique une sollicitude plus qu'ordinaire. Les bergers de Théocrite donnent des noms à quelques bêtes (Théoc. 1v, 45. 46; v, 102. 103) mais pas à chacune; cf. LonGus Past. 1v, 26 xat vobs tpéyous Exdhcoëv. Gvouaotl, IV, 38 al xdeot vivas adt@v évouasti. C’est encore l'usage des pasteurs de Palestine, comme nous l'avons souvent constaté.

4) ëxôékn ne comporte aucune idée de violence, comme de les faire sortir en les empoignant (Schanz);, mais ce n’est pas une simple variante de ékéyer. Pour faire sortir les brebis, le pasteur les pousse devant lui; c'est seulement alors, quand il est sûr qu'elles y sont toutes (xévta), qu'il se met à leur tête. C’est encore l'usage en Palestine où l’on peut dire : « Tandis que pas à pas son long troupeau le suit » (Musset). Il suffit que le pasteur donne constamment son coup de langue pour que les brebis ne s’écartent pas. Il est vrai qu'il y a souvent un autre berger en queue, sans parler des chiens; mais Jésus fait ressortir l’ascendant du pasteur.

5) À la sollicitude extrême du pasteur répond un attachement peu commun des brebis : non seulement elles n’en suivraient pas un autre, ce qui est très naturel; mais elles le fuiraient même, ce qui arrive surtout quand leur propre berger les appelle.

6) C’est donc bien une parabole, c’est-à-dire un tableau de la vie ordinaire, tracé d'une main très sûre. Mais à quoi Jésus veut-il le comparer? Toute parabole, même la meilleure parabole aristotélicienne, est obscure tant qu’on ne

connaît pas le point qu’elle doit mettre en lumière. On pouvait soupconner

que Jésus se donnait comme le pasteur; mais qui eût pensé qu'il était la porte? ‘7-10. JÉSUS EST LA PORTE DU BERCAIL.

Si la parabole était avant tout une allégorie, on attendrait ici : Je suis le bon pasteur. Aussi Wellhausen, Schwartz, Heitmüller, Loisy croient le texte altéré;

TES 4 ! A d'y. ! » f w Û [8 guvet xar' évoua nat éEdyer abré. Fôtav ra lux mävra ExBdAn, Éurpochey

entendent sa voix, et il appelle ses brebis à lui par leur nom etilles emmène. # Quand il a fait sortir toutes ses brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix; 5 mais elles ne suivront pas un étranger, elles le fuiront plutôt, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » 6 Jésus leur dit cette parabole, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.

TJésus dit donc de nouveau : « En vérité, en vérité je vous [le] dis : C’est moi qui suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des larrons : maïs les brebis ne les ont

déjà la version sahidique a corrigé en lisant « pasteur » au lieu de « porte ». Correction trop facile! C’est la première partie de la parabole qui est expliquée ici, et c’est le passage par la porte qui en est l'élément significatif. Mais quelle porte? :

La porte par où passent les brebis (Aug. Loisy), ou la porte par où l'on va vers les brebis (Chrys., opinion commune)? C’est la même en fait, mais non point pour l'intelligence de cette petite péricope. Pour la première opinion on allègue owô#setat au v. 9, mais le Contexte est en faveur de [a seconde. Au début de la parabole il n’est pas question de la porte à propos des brebis, mais à propos du pasteur, par opposition aux voleurs, opposition qui revient ici, au début (8) et à la fin (10), de façon à encadrer le morceau et à lui donner son sens. Il y a des voleurs qui escaladent et des pasteurs qui passent par la porte; ces derniers doivent passer par Jésus, c’est-à-dire recevoir de lui leur mission. Toute la difficulté c’est que ces pasteurs devront en réalité succéder au bon pasteur : il y a là un Sozeçov xpdrepov occasionné par la structure de la parabole qui ne pouvait guère procéder autrement.

1) à Ooa rüv rpo6druv peut signifier la porte où passent les brebis, c'est aussi celle par laquelle on accède au bercail; cf. IGNACE, Philad. 1x, 4, adtos &v 66oœ TOÙ TaToÔs.

8) Nous nous décidons à omettre zpd ëp8 : a) autorité de la tradition. Omettent : N avec plusieurs onciaux antiochiens et une centaine de cursifs, la tradition latine (anc. lat. et vg.) sauf d. gat. foss, les Pères sauf Lucif. Jér., la tradition syriaque, la sah. L'addition est presque uniquement égyptienne (avec D), Clém. Or. Did. Nonnus. De plus la place de po tuoë varie, c'est avant F\Bov dans 6 et quatre ou cinq mss., les Valentiniens oi rod &105 EAnAvfôres (Hipp. Ref. VI, 35);

b) Y a-t-il une addition des Valentiniens et des Manichéens pour condamner VA. T., ou une radiation des catholiques pour éviter l’objection? — La radiation n’eût pas été efficace à cause de 7Aoy dont les Manichéens se sont contentés (Théophylacte), mais red ëproÿ les aidait beaucoup.

c) Critique rationnelle : AMov est déjà difficile à concilier avec ect, avec pô ëuoÿ cela est plus difficile encore : Jésus pouvait-il reprocher à ceux qui étaient venus avant lui de n'être pas entrés par lui?

Même avec la lecon où éuoÿ, il est clair que Jésus n’a pas voulu faire allusion

278 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, x, 9-40.

arov vx mobBare. VEyO elpu 9 OUpa” à pou ëdv nie eicéA0n owbioerar tai eloeheboerar nat SÉekeUoetar rat vouhv ebprhget. 106 x\ëérTrne oùx Épyeror ct pi va xkéUn not OUon vai érokéon Eyo A0 Îvx Cuyv Éyway nai mepioodv Éywowv. Î'Eyw elur 8 momny 6 xak0s. 6 moumnv 6 xaXdS Thv

à Moïse et aux prophètes dont il se réclame plutôt (1v, 22; v, 46; vi, 45, cf. x, 38). On pourrait penser avec Zahn aux princes de la maison d'Hérode et même aux Asmonéens. Mais si l’on supprime xpd ëuoÿ, ce peut être des’ personnages presque contemporains, et Chrys. a très bien vu en indiquant Judas le Galiléen. Ces voleurs qui veulent s'emparer des brebis ne sont pas Les Pharisiens qui sont plutôt dans le bercail, où ils font la loi, mais des révolutionnaires à prétentions messianiques. S'ils ont eu d'abord quelque succès, om ne peut pas dire que les brebis, c’est-à-dire les foules simples et dociles, se soient attachées à eux, tandis que l'autorité des Pharisiens n'était guère contestée. Ces prétendants étaient-ils de pure souche israélite? On peut bien se le demander pour Simon, esclave d'Hérode, Athrongès (ef. Le Messianisme.. p. 18), sans parler de l’égyptien des Actes (xxr, 38) qui, lui, venait bien ardt — mot qui SEC ne reparaît pas dans l'application.

9) Jésus insiste sur la porte. Le portier n’a aucun rôle dans l'explication, et on l'entend assez d'après ce qu’il en a coûté à Augustin pour lui trouver un répondant qui ne fût pas inférieur à cette Porte divine : le Christ lui-même”? le Saint-Esprit? — owffoetu, si l’on interprète « sera sauvé, fera son salué », devrait s'entendre des brebis représentant les simples fidèles. Mais comme le contexte indique les pasteurs, il faut le prendre avec Chrys. au sens sémitique d'aller sain et sauf, ofov, ëv dopækelx Eorar nat adela; cf. NÉN. An. VI, v, 20. Entrer et sortir, non pas littéralement avec deux sens distincts (entrer dans l’église, en sortir pour aller au paradis, Aug.), mais aller et venir librement, selon le sens de la locution hébraïque (I Regn. xxix, 6, etc.). — vouÿv sbpetv : non pas les brebis pour elles, mais les pasteurs pour les brebis, cf. I Paral. IV, 39 ss.; Ez. xxxiv, 14; Jer. xx, 3. Pour des chefs qui sortent et entrent, comparés à des pasteurs, ef. Num. xxvir, 17 : Ootis EfeXedoetar rod rposbrou aitüy za Goriç eloekebsetar, xat Oorts ÉEdter adrobs xaŸ Ooric eiadber, al oûx Éotac ñ suvaywyÀ xvotou del rpdéara ofç oùx Eort romiv. Nouvel indice qu'ici il n’est pas question de brebis mais de pasteurs.

10) Les pasteurs qui entreront par la porte, c’est-à-dire qui seront choisis par Jésus, appartiennent à un avenir encore voilé. Si le voleur reparaît ici, c'est pour préparer par contraste l'apparition radieuse du bon pasteur. — ärokéon paraît inutile après O5on; s’il ne s'agissait que de la brebis, son compte est réglé : mais c’est une note du voleur : quand il ne peut tirer utilité de son vol, 1l détruit pour détruire. — L'opposition étant relative aux brebis porte sur 056n, aussi n'est-il pas dit que Jésus donnera la vie et quelque chose de plus (rsptosétepev, abundantius) une vie plus abondante, la vie éternelle, mais simplement une vie spirituelle très abondante, reprocév (cf. I Cor. rx, 1).

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