‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 252 sur 326 · Des GRECS DÉSIRENT VOIR JÉSUS · texte numérisé non relu

Des GRECS DÉSIRENT VOIR JÉSUS

Le rapport de cette petite péricope, que nous distinguons comme telle, avec ce qui précède et ce qui suit a été compris de plusieurs manières fort différentes. — Tandis que la plupart la placent avec raison dans la perspective de l'entrée triomphale, Schanz la recule jusqu’à la fin de l’enseignement de Jésus

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dans le Temple. D'autre part la grande majorité des Commentateurs anciens et modernes rattachent très étroitement ces trois versets à ce qui suit : Bauer

et Zahn intitulent 20-36 : Jésus et les Grecs; d'après Tillmann la démarche

des Grecs est pour Jésus comme le premier coup de son heure; puisque les Gentils désirent être admis dans l'Église, il est temps qu'il meure pour qu'ils puissent entrer. D’après la tendance des Pères à l’allégorie, on comprend qu'ils aient vu ici un symbole de la conversion des Gentils : Ex occasione igitur istorum Gentilium qui eum videre cupiebant, annuntiat futuram plenitudinem Gentium, et promültit am iamque adesse horam glorificationis suae, qua facta in coelis Gentes fuerant crediturae (Aug.). Du moins les Pères admettaient la réalité du fait, tandis que pour Loisy, « la scène est toute symbolique », et « figure la conversion des païens » (p. 371. 370). Parmi ceux qui soutiennent ainsi que le discours a en vue les Grecs, on n'est même pas d'accord sur le point de savoir si Jésus a agréé ou refusé leur demande.

C’est qu’en effet «ils disparaissent comme un fantôme » (Schwartz). Aussi Renan, Wellhausen, Spitta, ne voient pas de lien réel entre leur intervention et le discours, si bien que Spitta regarde 20-22 comme une interpolation (p. 272 s.). Ces deux opinions nous paraissent exagérées.

Il faut d’abord noter que rien absolument ne suggère une solution de continuité entre le v. 19 et le v. 20. L'épisode des Grecs n’est qu'un des traits du triomphe. Qu'il soit parfaitement dans les vraisemblances de l’histoire, nous le verrons en l’expliquant. Jésus loin d'attribuer à cette démarche la valeur d'un point décisif dans sa mission n’y répond même pas, et ne s'adresse pas

spécialement aux Grecs dans son discours. Ce qui l'engage à exprimer sa pensée

suprême, c'est tout ce modeste triomphe. Il n’a pas besoin, comme le iriomphateur antique, qu'on lui dise : memento mort. Il sait que c’est à peine une apparence de triomphe, mais qui indique bien le moment où il va être glorifié, après avoir passé par la mort; et comme une foule enthousiaste fait mine de vouloir le suivre, il lui rappelle sous quelles conditions cela se doit envisager. À une explosion de messianisme national, qui ne fait qu'éperonner la haine des Pharisiens dirigeants, et qui provoque chez les Grecs une curiosité plus ou moins sympathique, le Messie répond en exposant sa vraie mission, où le triomphe était attaché à l'élévation sur la croix pour le salut de tout le monde. C'est comme une effusion de l’âme de Jésus, un adieu à la foule avant son

adieu à ses disciples, et déjà presque un dialogue avec son Père, enfin une suprème exhortation.

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, xI1, 20-22. CL Ne

2 Or il y avait quelques Grecs, de ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête. 2 Ils s’approchèrent donc de Philippe, qui était de Bethsaïda de Galilée, et lui firent cette demande : « Seigneur, nous voulons voir Jésus. » ? Philippe vient et [le] dit à André; André

20) On est d'accord que ces EAAnves ne sont ni des Juifs dispersés dans le monde romain, ni de purs païens, mais des personnes parlant le grec, c'est-àdire n’appartenant pas par la naissance au judaïsme, mais cependant rattachées au culte du Dieu d'Israël, considéré comme le Dieu unique. Ces hommes craignant Dieu (Act. xur, 43, etc.) comme le centurion de Capharnaüm (Le. vu, 2- 10) ou le centurion Cornelius (Act. x, 1 s5.) venaient volontiers à la fête de Pâque par dévotion, sans cependant prendre part au sacrifice pascal : oÙte yo Aenpois… GAX? oùdè tofs &Akogblots, Boot xatà Dononelar raproav (Jos. Bell. VI, Ex 3).

21) Ces braves gens n'osent se présenter eux-mêmes; 1l ont vu Jésus comme tout le monde, monté sur le petit âne, mais ils voudraient l'entretenir (cf. Le. vur, 20; 1x, 9). Nés dans le paganisme, ils ont acquis la foi en Dieu ensuite du travail personnel de leur esprit et de l'impulsion de leur cœur; ils devaient plus que d’autres se sentir pressés de demander à Jésus plus de lumière. Et enfin, ce sont des Grecs, c’est-à-dire qu’ils sont imbus de l'esprit grec, animés d’une curiosité universelle toujours en éveil. Nous savions déjà que Philippe était de Bethsaïda (1, 44); Jo. ajoute cette fois « de Galilée », ce qui n’est vrai qu'au sens large, car Bethsaïda, à l’est du Jourdain, n’était pas dans le domaine d’Antipas, mais de Philippe. Dans cette région les Grecs étaient plus nombreux, et ceux-ci connaissaient peut-être Philippe, dont le nom grec suggère aussi certaines relations avec l’hellénisme.

22) Philippe, d'un caractère posé, peu pressé de tout résoudre par lui-même (1, 46; vi, 73 xiv, 8), consulte André, un compatriote (1, 44), dont le nom aussi est purement grec, et qui savait s'informer (vr, 9); tous deux transmettent la demande à Jésus. Mais il ne semble pas y avoir donné suite. Pour le moment it p’a plus qu’à mourir : c’est plus tard qu'il attirera tout le monde (32), donc même les Grecs. Et en effet les Hellènes disparaissent complètement de l'horizon. Iln’en sera plus question.

D'après Loisy : « La venue des Grecs, qui figure la conversion des païens, est un autre élément du triomphe et symbolise avec lui la glorification du Christ ressuscité » (p. 370).

Mais en ne voit pas que ces Grecs qui ne montrent en somme que de la curiosité (Le. 1x, 9) soient plus près de la conversion que les Juifs qui acclament celui qui vient au nom du Seigneur. Et pourquoi choisir des prosélytes pour figurer ja conversion des gentils? Jo. pensait-il que le christianisme ne se recruterait parmi les gentils que par la voie du prosélytisme juif? Si les Pères ont été surtout frappés de l'événement capital de la conversion des gentils, les modernes devraient savoir apprécier des notes historiques précises. Renan (Vie de Jésus, appendice, p. 316) : « Or voici des versets (xt, 20 et suiv.) qui ont un cachet historique indubitable.… Remarquez surtout combien tout ce passage est exempt

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23. anoxpiver (THV) plutôt que axexpivaro (S). 26. tic dtaxoyn (TH) plutôt que Staxovn ris (SV).

d'intention dogmatique ou symbolique. » 11 faut seulement noter l'heureux présage que la recherche de ces Grecs était pour l'avenir.

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