‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 254 sur 326 · CONFUSION DANS LA FOULE. SUPRÊME AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

CONFUSION DANS LA FOULE. SUPRÊME AVERTISSEMENT

34) La foule a très bien compris que Jésus se désignait comme Fils de l'homme (23), dès le premier mot qui posait le thème de son discours. Maintenant il parle d'être élevé ëx ris yAs, Comme s'il ne devait pas rester sur la terre, el cependant le Christ doit demeurer, c'est-à-dire régner toujours. Alors, que signifie cette destinée éphémère du Fils de Fhomme? et qu'est-ce enfin que ce Fils de l'homme? prétend-il être un précurseur du Christ ou quelque autre? On voit que la foule est encore sous l'impression de ses acclamations. Elle vient de saluer le roi d'Israël, estimant que Jésus se donnait comme tel. Mais ses paroles à lui semblent poursuivre un autre objet.

— 6 vépos de toute l'écriture, comme dans x, 34; xv, 25; ilny a donc pas lieu d'insister sur les prophéties messianiques du seul Pentateuque; pour le règne du Messie, on citera plutôt IT Regn. vu, 16; Ps. cix, 4; 4 1x, 6; Dan. vx, 49YS. Sur la durée du règne du Messie d’après les apocalypse et les rabbins cf. Le Messianisme.… pp. 92 ss.; 108 ss.; 150; 205 ss. Pour les opinions sur le Fils de

tue mire ed A s : = D

ga roc Aéyeug où om Get bpwbZva Toy vièy roÿ ayBpwmou; Ts ÉsTiy oùros 3 4 , D 2 <

8 vibe roë àv0pémou: Weirey oûv abroïs ô ‘Incoës Ext puxpèv ypovoy

rù ps Ey div ÉoTiV. TEpImateite be Tù pos Éyere, Üva ph ouotlx dus

xarahdBn, nai à repumarüv Ev Th ouotéa obx oldey moû üdyer. üç rd

pc ÉMETE, TIOTEUETE els Tù po, (va viol purès yévnole. Taëra

l’homme, cf. eod. loc. p. 224 ss. — La réflexion témoigne de plus d’impatience que de docilité; elle émane de ceux qui se croient versés dans les Écritures; manifestement le Fils de l’homme n'était pas pour eux un terme courant pour « Messie ».

35) Aussi Jésus les invite à mieux profiter de sa présence, sans répondre directement à des gens mal disposés. Il semble donc qu’on est plutôt au début du dernier séjour à Jérusalem qu'à la fin. C’est un temps court, mais appréciable. La lumière est Jésus lui-même (1, 4. 9; mr, 19; vi, 12; 1x, 5), donc ëv ui signifie « parmi vous ». — &s se trouve pour Ëwx, néanmoins on serait tenté de lire £ws au v. 35 « aussi longtemps que » et & au v. 36 « durant que », avec N qui écrit ainsi, tandis que BD W etc. ont les deux fois &s (Deb, $ 455.3). — zal « et alors » (cf. Introd. p. cv). — Ne pas ponctuer la vg. modicum lumen, mais modicum, lumen, ou plutôt insérer tempus après modicum (avec anc. latt.) pour éviter l'amphibologie.

Sur l'avantage qu'il y a à marcher de jour, cf. x1, 9; 1x, 4; I Jo. m1, 41. — xatakau6évw, non pas comme dans 1, 5, mais au sens normal de surprendre, en parlant de la nuit, ce qui se comprend mieux dans un pays où le crépuscule est relativement court. De même le jour pourrait surprendre ([ Thess. v, #).

36) Marcher dans la lumière, c’est croire en celui qui est la lumière, et de la sorte on devient fils de lumière; cf. Le. xvr, 8; I Thess. v, 5; Eph. v. 8. Il ne semble pas que Jésus demande ici un acte de foi en Lui, lumière essentielle, mais plutôt d'adhésion à sa doctrine, en tant que lumière des nations; Cyrille : "Ocov yèe and the loups, ds qùs rpogeddrwv Tov Meosiav. Cela résulte de ce qu'il ne parle pas de lui-même comme brillant éternellement, mais comme d’une clarté qui leur est manifestée pour un peu de temps, à la manière du jour; cf. 1x, 4 S.

Sur ce dernier avertissement, qui est en même temps un encouragement, Jésus met fin à ce discours; cf. vi, 59. C’est le dernier à la foule dans la perspective de Jo., ce qui ne veut pas dire qu'il ne laisse pas le temps nécessaire à l'enseignement tel qu'il est raconté par les synoptiques (Mc. x1, 27-xm, et parall.).

Caractère historique du dernier discours de Jésus à la foule.

Le dernier discours de Jésus peut être regardé comme un cas type de la difficulté de concilier Jo. avec les synoptiques, et l’un de ceux où l’on doit prendre parti pour ou contre le caractère historique de sa composition. D’après Holtz-

--mann qui a très nettement dessiné l'argument de Strauss que Réville, Loisy,

Bauer, etc. regardent comme décisif, le récit de Jo. est une image ingénieuse, composée avec art (ein kunstreiches Bild) d'après le matériel des synoptiques. Au fond c'est la scène de Gethsémani, car le sens du v. 27 est identique à Mc.

jamais, et comment dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé? Quel est ce Fils de l’homme? » # Jésus leur dit donc : « Encore un peu de temps est auprès de vous la lumière. Marchez tandis que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent pas, car celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où 1l va. Tandis que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin d'être des fils de lumière. » Voilà ce que dit Jésus, et s’éloignant il se déroba à eux.

x1V, 35 Vva rapéh0m &x” aùroë ñ oz, et la restriction que Jésus apporte à sa prière est aussi dans Me. xiv, 36 &XN où té yo élu. L’angoisse du jardin a donc été anticipée, parce qu’elle n’eût plus été à sa place après la prière sacerdotale qui suit la Cène. De plus, au v. 23 nous trouvons aussi la Transfiguration comme motif inspirateur. Les vv. 25 et 26 répondent à l'annonce de la Passion qui précède la Transfiguration (Mc. vin, 34.35.38 — Mf. xvr, 24. 25) et la voix du ciel (28) n’est pas seulement analogue à celle du Père à ce moment, elle en contient la pensée dominante. Puis l’ange que le peuple croit entendre (29) nous ramène à Gethsémani où un ange remplit le même office (Lc. xx, #3) de changer un sentiment d'angoisse en une assurance triomphale. Ainsi l’agonie de Gethsémani n’est plus qu’un nuage passager d’où sort victorieux le sentiment héroïque de Jésus. De sorte que, par cet arrangement purement artificiel, Jo. aurait eu l'intention de voiler la faiblesse montrée par Jésus au jardin, et indigne du Verbe incarné.

Il y a dans cette analyse habile une conception toute moderne, érudite et livresque, de la façon dont Jo. aurait composé, comme s'il s'était proposé de transformer — et de dénaturer — la pensée des synoptiques, et cela au moyen d’un centon de traits empruntés à divers textes. Tout d’abord il est tout à fait fantaisiste de rapprocher la voix du ciel des paroles du Père à la Transfiguration : les mots n’ont aucune ressemblance; il n'y à de commun que la voix du ciel, connue par la Bible de tous les Israélites. S'il s'était astreint à s'inspirer seulement des évangiles, Jo. aurait mis à profit plutôt le Baptème, pour que la carrière publique de Jésus se terminât comme elle avait commencé. De même pour l’ange consolateur de Luc. Il ne manquait pas de révélations angéliques dans l'A. T. pour expliquer suffisamment l'erreur des Juifs, erreur que Jo. donne comme telle, car dans sa pensée c'est le Père qui parle, et nullement dans l'intention de consoler un affligé. Ces jeux de l'érudition pourraient bien passer pour puérils aux yeux de la critique future.

Il n’en demeure pas moins une difficulté. Quelques exégètes catholiques disent sans hésiter que Jésus exprime ici les mêmes sentiments qu'à Gethsémani. Pour réfuter M. Loisy, M. Lepin a insisté beaucoup sur les ressemblances : « Le quatrième évangélisie ne donne donc pas, de l'attitude de Jésus en face de la mort, une idée autre que ses devanciers » (La valeur histor… I, p. 465). Or, plus on assimilera l’un des épisodes à l'autre, plus il deviendra difficile d’en faire deux épisodes distinets, et l'on devrait alors poser la question de savoir si Jo.

te

1 ut

n'a pas en effet anticipé l’agonie intime du Sauveur, comme il aurait anticipé

(ou comme les synoptiques ont reculé) l'expulsion des vendeurs du Temple. Aucun catholique, que je sache, n'a abordé nettement ce problème qui s'impose

cependant à tous les esprits, depuis qu'il a été exposé par la critique indépendante. En soi, un changement dans l’ordre chronologique, un déplacement, ne répugne pas au dogme de l'inspiration tel qu’on l'entend dans maint autre cas.

Ici cependant il ne semble pas vraisemblable, d'abord parce que les circonstances sont tout à fait différentes, et précisément parce que le fon des sentiments n'est pas le même. Que ces sentiments procèdent du même fond, cela'est certain, mais il est tout à fait clair que dans Jo. Le ton héroïque domine, tandis que dans

les synoptiques c’est la tristesse et l'accablement, sauf la même résolution de

faire la volonté du Père.

Toute la question est donc de savoir si Jo. a modifié le ton par respect pour

__ le Verbe incarné, ou si le ton héroïque est parfaitement conforme aux circons-

tances qu’il suppose. Dans l'ignorance où nous serons toujours de ses intentions ? Le)

subjectives, la première hypothèse ne deviendrait probable que si la seconde était elle-même dépourvue de probabilité. Or, dans un discours publie, où Jésus -entrevoit la mort comme la condition nécessaire du succès de son œuvre, de sa gloire et de celle de son Père, alors qu’il excite les autres à suivre cette voie sublime, son évangéliste est parfaitement dans les convenances du sujet lorsqu'il fait exprimer à Jésus les sentiments d’un héros n’envisageant que pour l'écarter une prière qui lui épargnerait la mort. Ce qui détonne ici, c’est plutôt le trouble, comme Augustin l’a très bien compris : Quis hoc de anima Domini audeat affirmare? Lorsqu'un chef annonce à ses soldats qu'il trouvera la mort dans une bataille et qu'il les excite à le suivre, parce qu'’ainsi la patrie sera sauvée, la moindre faiblesse serait déplacée et dissipée à ce moment. Mais plus tard, si la mort lui apparait avec l’ignominie de la trahison et de l’abandon, quand il est seul, dans la nuit qui voile l'approche du EUR peut-être faiblirat-il, éprouvera:t-il de la tristesse et de l’accablement. C'est dire que les deux situations sont parfaitement vraisemblables dans la vie d'un même héros, et si Jésus a éprouvé les sentiments de l’âme humaine, on ne voit pas pourquoi il

n'aurait pas passé par ces deux phases. Il faudrait seulement noter que Jo

loin d’accentuer l'héroïsme dans la première situation, l’a légèrement teinté de trouble, ou simplement que l’âme de Jésus qui avait plus présente que toute autre les modalités de l’avenir, a déjà Route quelque trouble, exprimé dans les termes de la tradition de Gethsémani, où d° ailleurs « l'heure » est bien une expression johannique plus que synoptique, et que Jésus a dû sûrement employer plus d’une fois (ef. sur xvr, 2). On pourrait donc dire, du moins ad hominem, que s’il y a du Getbsément dans notre récit, c’est uniquement par ce trouble

dont Jo. a tenu à garder le souvenir, loin de vouloir le dissimuler. Car, s’il :

7 jugeait l'angoisse indécente pour 5 Verbe incarné, pourquoi ne pas rayer ce terme ?

Il ne reste donc plus qu'un Due l'épisode lui-même, raconté par Jo., avec un sentiment si juste de la situation le jour du triomphe, est-il invraisemblable

# Quoiqu'il eût fait tant de miracles en leur présence, ils ne

en soi? Or, sans même recourir à la science surnaturelle de Jésus, un homme vraiment grand n’aurait-il pas eu alors le pressentiment que l'enthousiasme gagnant le peuple et allant jusqu’à mettre en branle des gentils, n'était qu’une effervescence passagère? Pleinement confiant dans le succès de ses idées, un homme mortel peut se rendre compte qu’elles ne domineront qu'après sa mort, et par sa mort. En pareil cas un triomphe momentané ne peut exciter dans l'âme que la mélancolie, ce qui n’exclut pas la fermeté. Pourquoi Jésus n’aurait-il

et par la vertu de sa mort, tel étant le dessein de son Père? On ne saurait en tout cas prétendre que cette donnée soit contraire au schéma des synoptiques ; elle répond bien aux pleurs que Jésus versa sur Jérusalem avant d'y entrer (Lc. xx, 41 ss.), et à l'espérance d’un véritable triomphe dans l'avenir, exprimée par M. xx, 39 : « Car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! »

On pourrait dire sans exagération que la façon dont Jo. présente les choses étonne moins que la scène de Gethsémani, même un lecteur qui ne eroirait pas que Jésus est le Verbe incarné. Le seul trait miraculeux est la voix du ciel. Mais les critiques radicaux n’y croient pas davantage quand elle figure dans les

synoptiques, et celle de Jo., même sous sa forme authentique, telle que Jésus

- l’a comprise, ne dit rien de lui qui soit comparable aux déclarations des synop-

tiques sur le Fils de Dieu lors du baptême et de la Transfiguration.

Que d’ailleurs Jo. ait pu placer dans un discours réellement prononcé alors par Jésus une phrase (25) qui ne serait qu'une réminiscence d’un autre discours, suivie (26) d’un complément nécessaire dans le style johannique, c'est

ce qu'on ne saurait nier; et la ressemblance de ces traits avec ceux des synop- tiques suggère que tel est bien le cas.

Coup d'œil rétrospectif sur le ministère de Jésus, xu, 37-50.

de l’incrédulité et de la froideur du parti dirigeant (37-43); puis un résumé de la prédication de Jésus (44-50),

37-43. L’INCRÉDULITÉ DES CHEFS DANS LES DESSEINS DE DIEU. PRUDENCE MAUMAINE. Il y a ici deux catégories : la première comprend les Juifs qui n’ont pas cru en Jésus : d’après le v. 42, il s’agit surtout des chefs, de ceux qui avaient le devoir d'amener la nation à Jésus, et qui au contraire l’ont détournée. Ce fait inouï que les Juifs ont rejeté leur Messie ne doit point être un objet de scan- dale, parce que Dieu l'avait prophétisé (38); il l'avait donc prévu, et néanmoins

(39-41). Cependant quelques-uns des chefs ont cru, mais ont reculé devant une confession publique par crainte des Pharisiens (42-43).

31) Le fait, tei qu’il était assez constaté, non pas seulement au temps où Jo. écrivait, mais par la Passion elle-même, c'était l'incrédulité des Juifs, du moins de leurs chefs, qui vont monter la cabale et les manœuvres qui conduiront Jésus à la mort. Jo. note : malgré tant de miracles. Il n’en à raconté en détail qu’un

Page 1