‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 261 sur 326 · wow (TH) plutôt que extôwow (SV · texte numérisé non relu

wow (TH) plutôt que extôwow (SV

26) Cette expression rappelle celle de Mec. xiv, 20 et Mt. xxvr, 23; mais tandis que dans les deux synoptiques la désignation du traître demeurait vague, on comprend très bien d’après Jo. comment elle a pris une entière valeur, tout en étant réservée à une personne. Assurément un écrivain très habile pourrait obtenir cet effet par la seule transformation d’un texte, mais il arrive aussi que le récit plus exact d’un ami intime résolve une situation demeurée obscure. Tout devient limpide grâce au témoignage de celui qui avait reçu la réponse en confidence. Si la clarté ne vient pas ici de la réalité des fails, il faudrait attribuer à Jo. un artifice extraordinairement subtil. — Le Ywuioy est une bouchée de pain ou de viande. Si le latin, le syriaque, le sahidique ont entendu « le pain », c'est peut-être parce qu'ils pensaient à l'Eucharistie. Le pain étant à la disposition de chacun, on offre plutôt un morceau de viande. Mais rien ne suggère que c'était un morceau de l’agneau pascal trempé dans le Kharoseth («f. Me. xiv, 20); l'usage existe encore aujourd’hui pour les repas ordinaires des Bédouins. L'article devant wyiov ne peut vraiment pas prouver à lui seul que ce soit une bouchée rituelle : c'est celle dont il va être question, que probablement le Sauveur à déjà dans les mains. — & iyw, « en vue duquel », dans l'intention de lui donner une marque d'amitié.

27) Dans l'antiquité, plusieurs ont regardé cette bouchée comme l'Eucharistie. On peut citer Éphrem (Lamy, Ephraemi hymni et sermones. Sermo IV in hebd. sanct. 1, 423) : Sicut verum et certum est, Dominum, cum discipulis suis panem daret, mysterium corporis sui eis dedisse, ita quoque credendum est, a Domino panem suo occisori datum in mysterium occisionis corporis sui traditum esse. Et intinæil eum, ut sic participationem indicaret caedis suae, etc.

Mais ceux mêmes qui tiennent pour certain que Judas a recu l'Eucharistie, Aug. Thomas et quelques catholiques, récemment Bernhard, S. J. (dans la Zeitschr. für Kath. Theol. 1911, p. 30 ss.), estiment que ce fut avant ce moment.

Cependant quelques modernes (Bauer, Loisy, etc.) l'entendent de l'Eucharistie que Judas aurait reçue pour sa condamnation (1 Cor. x, 29), Jésus l'ayant ainsi livré à Satan (I Cor. v, 5; I Tim. 1, 20). Ce serait une explication très naturelle de 272, si la bouchée pouvait être l'Eucharistie. Mais, à supposer qu'elle ait été un morceau de pain, le fait de le tremper, ce qui ne peut être que dans le plat (Mt. Me.), exclut le rite du pain et du vin, distribués séparément par Jésus dans l’Eucharistie. D'ailleurs Jo. qui a célébré l'effet vital du Sacrement (vi) n'a indiqué nulle part ses conséquences fatales pour les indignes.

dit : « Seigneur, qui est-ce ? » # Jésus donc lui répond : « C'est celui pour lequel je tremperai la bouchée et à qui je [la] donnerai. » Ayant donc trempé la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. ?7Et après la bouchée, à ce moment, Satan entra en lui. Jésus donc lui dit : « Ce que tu fais, fais-le au plus vite. » #Or aucun des convives ne comprit pourquoi il lui avait

Comment donc expliquer cette prise de possession par Satan à ce moment? — Ce qu’il y a d’exact dans le système de Loisy, c'est qu’à ce moment Jésus aban-

donne Judas (Chrys.). En le désignant comme traître, même à un seul disciple, il l'exclut de sa compagnie : le démon est donc libre de s'emparer de lui. Ammonius (Cat. Cramer, p. 541) : xat Ews pèv 7 co8 xpuoroë, oùx EtéAua 6 Daravac émnndout, AA’ Éwlev rposééalkev énedav 5è Dnhov aÿtov Enoinoe al ApuptsEv, Everrènse Xourdv per àdelas. À prendre les choses selon la rigueur philosophique, Thomas a expliqué que le démon n'entre pas dans l'âme : sed tunc intrat in ore

quando homo totaliter dat se ad sequendum eius instinctum. Nous pouvons donc interpréter que Judas se sent découvert et, au lieu d'implorer son pardon, se décide à agir. Il est assez étrange que J6. ait insisté sur le moment précis, +ô%e (om. par nDLabced ff? Lr, Vg.-Clém.); ce ne doit pas être pour rectifier Le. xx, 3 qui place l'entrée de Satan dans Judas avant sa trahison, ni pour préciser que ce fut après et non pas en même temps que la bouchée, mais plutôt pour marquer l'importance de ce moment.

Judas n’appartenant plus au groupe des disciples, Jésus ne l'invite pas à faire

son œuvre à lui; mais, puisqu'il a pris son parti, à agir sans tarder. — réyetov soit dans le sens du comparatif, « plus vite » : assez de tergiversations, délivrenous de ta présence; soit plutôt dans le sens du superlatif : « au plus tôt», ce qui peut être dit avec une ironie mélancolique : « tu n’as pas de temps à perdre, si tu veux réussir », ou parce que Jésus est empressé de consommer son sacrifice : ile agebat negotium suae venditionis, iste nostrae redemptionis (Aug.). Des deux façons ce n’est pas une invitation au mal, mais plutôt le dernier mot d’un ami découragé : si tu le veux absolument, fais-le donc bien vite. puisqu'il n’y a plus rien à attendre de toi. Bauer compare très bien Épictète, IV, 9, 18 : Si tu ne comprends pas l'avantage de la vertu, el rivx &AX« Tobtwv peifova Ynreiç, nofet à notets” oUbÈ Pediv gé vu Etre oùoa dévatat, Lu es irrévocablement perdu, fais ce que tu voudras. Cela est dit « à quelqu'un qui a tourné à l'impudence ».

Peut-être aussi l'intention de Jo. était-elle de montrer que Jésus prenait luimême l'initiative dans le premier acte de sa Passion, qui ne se serait pas accompli sans sa volonté : Nisi ergo se traderet Christus, nemo traderet Christum {Aug.). Bauer et Loisy insistent sur ce sens : « Judas... n'aurait pas bougé si le Christ n’avait pas voulu qu'il marchât » (Loisy, p. 398).

28) L'obscurité des paroles, que l'on peut prendre sous divers aspects, explique l’inintelligence des disciples, y compris Jean et Pierre, qui désormais connaissent le traître. Ne pénétrant pas les desseins de Dieu auxquels Jésus se conforme, il ne leur vint pas à la pensée que leur Maitre invitât Judas à une action si noire, de quelque manière que çette invitation fût dite et conçue.

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ab ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XIII,

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29) Il n’est pas dit cependant que Jean et Pierre soient parmi les tlves qui firent une conjecture supposant que Judas avait encore la confiance de som Maître; il avait la cassette (xnr, 6).

— #is Tv Éoprhv est un des textes qui soulèvent le conflit apparent entre Jo.

et les synoptiques sur le repas pascal. a) Il en est qui veulent les concilier sur le jour où la trahison de Judas a été annoncée, qui serait le 44 nisan pour Jo. comme pour les synoptiques. Maïs le lendemain 15 (commençant le 14 à la nuit) étant chômé, comment Jésus a-t-il pu dire à Judas d'acheter quelque chose? — On pourrait imaginer deux solutions : 4) en prenant « au plus vite »

très strictement, Jésus aurait dit à Judas : hâte-toi de faire les acquisitions:

nécessaires pour la fête avant la nuit : puis le v. 30 indiquerait que c'était déjà trop tard. Cette solution supposerait que le festin pascal va avoir liew après un autre, ce qui est impossible, car il était interdit de faire un repas

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le 44 nisan après midi (Michna Pesakhim, x, 4). D'ailleurs, aw lieu de concilier

Jo. avec les synoptiques, on les mettrait ainsi en contradiction, puisque d’après. .

eux Judas était présent au repas pascal. Et si l’on admet que le festin pascal

a déjà eu lieu d’après Jo. lui-même, ce n'était pas le moment de courir les

boutiques, nécessairement fermées auparavant. C'était une nuit de recueille ment, non de négoce. 2) On prend « au plus vite » Jargement. Jésus, voyant que Judas se retire, lui recommande de ne pas oublier ce qu'il faut dès le lendemain, pour la fête, c'est-à-dire pour quelque dépense supplémentaire, mais non pas pour le repas pascal, déjà achevé (Zañn, Kn., Tillm., etc.). Om

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xp ps MD

fait observer que le premier jour de la fête le repos était moins strict que Je

jour du sabbat (Ex. xu, 46, comparé à Ex. xvT, 23), ce que prouvent les synoptiques (Me. xv, 46; Le. xxrm, 36). —Il est certain en effet que eës: tv Éopthv nedésigne pas en soi le repas pascal Ees disciples auraient pu penser à quelque

réjouissance à l’occasion de la fête, pour eux et pour les pauvres. Mais alors

pourquoi se presser”?

b) Ceux qui reconnaissent que Jo. place la Pâque légale le lendemain (var, 28) n’ont aucune difficulté sur son texte. Il n'y avait pas à se préoccuper du chômage qui ne commençait tout au plus que dans la soirée du lendemain. Les synoptiques ne le contredisent point expressément sur la date, comme il ne nie pas que Jésus ait fait la Pâque avec ses disciples; mais il n'y fait pas allusion, pas plus qu’à l’Eucharistie. — Pour les pauvres, les aumônes de Jésus étaient

___-sans doute fréquentes, mais elles s’imposaient pour la Pâque (cf. Surenausrvs, Michna sur la Pâque, commentaire de Bartenora sur ed - 30) En recevant la bouchée, Judas contractait une fois de plus l'alliance si sacrée pour les Orientaux entre ceux qui mangent ensemble. Cependant il Iæ prend pour ne pas éveiller l'attention des disciples; et, pour éviter qu'ils lui

Le ET À

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XII, 31-32. on

parlé de la sorte. ?’Quelques-uns pensaient, comme Judas avait la cassette, que Jésus voulait lui dire : Achète ce dont nous avons besoin pour la fète, ou de donner quelque chose aux pauvres. - Celui-ci donc, ayant pris la bouchée, sortit aussitôt : c'était } la nuit. |

Lors done qu'il fut sorti, Jésus dit : « Maintenant le Fils de

fassent un mauvais parti, il sort aussitôt. C'était la nuit. Cette circonstance coïncide derechef, comme sîrvoy (2), avec l'indication des synoptiques qui font de la dernière cène un repas du soir. Ces trois monosyllabes %v dè wë font une impression profonde. C'est l'heure des ténèbres, que les Juifs préfèrent à la lumière (mt, 49), l'heure de la puissance des ténèbres (Le. xxx, 53) qui vient

de s'emparer de l’âme trouble de Judas. C'est aussi l'heure des entretiens

intimes (nr, 2) : jamais on n'avait pu dire aussi justemént que la lumière a lui dans les ténèbres (1, 5).

31-35. PRÉLUDE DES ADIEUX. Il y à ici trois idées qui s'enchainent. La sortie &u traître inaugure la Passion, dans laquelle Jésus voit déjà la gloire de Dieu ét la sienne; mais ce n’en est pas moins une séparation, et Jésus grave son souvenir dans le cœur de ses disciples par un commandement nouveau, celui de la charité dont il leur a donné l'exemple. EE

31) En répétant que Judas était sorti, Jo. indique clairement qu’il y a quelque ‘chose de changé. Non seulement le traître a débarrassé l'assemblée de sa présence; jl a mis «en brante l’œuvre du salut. Désormais Jésus parlera ‘en confidence à ses petits enfants (33), et son premier mot est pour envisager ce qui va s'accomplir comme une gloire pour le Fils de l'homme qu’il est, et pour le Père qu'il à mission de glorifier. L'action commencée est censée accomplie : Juda autem exeunte ad ducendum milites, videtur negotium pussionis Christi, per quam glorificandus era, inchoatum esse (Thom.). Le Christ n'ignore rien de ce qui va se passer, il sait que tout tournera à sa propre gloire, non pas précisément comme Fils de Dieu, mais comme cet enfant des hommes qu'il est devenu. Encore ne faut-il pas trop insister sur la distinction, car la gloire de Jésus consiste précisément à manifester Sa nature divine. Gela résultera de la Passion et de la Résurrection. 11 ne faut pas non plus voir dans ce ëv le commencement d'un ordre entièrement nouveau. Jésus a été glorifié dès son premier miracle (m, 11) en se manifestant comme l’objet de la foi de ses disciples, il a été glorifié comme Fils de Dieu à la résurrection de Lazare {x1, 4). Dès lors sa gloire était ordonnée à la gloire de Dieu (xt, 4. 40). On peut donc parler d’une gloire suprême (xn, 23), mais dans la même ligne que toute l'œuvre du Fils de Dieu incarné pour faire connaître son Père (vi, 38), ce qui est lui rendre gloire (vir, 18), mais dans la voie de l'humilité.

32) ei 6 0cds Edodon év «ités est omis par BCDLW, etc., a b cd ff? l'aur. Tert. (Praxæ. 23) Ambr. bis et quelques mss. de la Vg. et de boh., enfin par syrsin. Ces autorités seraient plus que suffisantes pour rejeter nettement ce groupe, s’il n'avait eu bien des chances d’être omis par homoïioteleuton. On ne voit vraiment pas d'où serait venue l'idée d'ajouter des mots qui ont plutôt paru

ai à Oedç EdoËaoln Ev abrw ei 6 0edç doËdohn Ev abro, nat à 6edc Dobaoer abrèvy év abr@, at eb0dÇ Gobgoer abrv. 33 Texvix, Etre puxpdv peb dpGv elpl Enrhosté pe, xat xabws elmov rois ’Loudaious dtr “Oro Eye drayuw Dyeïs où DÜvache EABety, ad duty Aéyw dpt. ShEvrokNy xavhv

32. et o 0eoç ebobaoôn ev autw (TSV) plutôt que om. (H); — aûtw 2° (T) plutôt que adtw (H) ou eautw (SV).

redondants, ce qui n’est pas une objection dans le style de Jo. Dans sa pensée il fallait insister sur èv «ir qui sera repris dans un sens différent. Il est clair d’ailleurs que ei n’est pas une condition hypothétique, mais table sur le fait.

Après donc l'affirmation que le Fils est déjà glorifié, vient un futur : Dieu le glorifiera. On pourrait croire que ce futur se rapporte à la même glorification, entrevue d’abord dans les décrets divins, et réalisée ensuite. Mais cela ne peut guère se dire, surtout si le groupe conditionnel est authentique, puisque l'acte où le Fils de l’homme est glorifié et par lequel il glorifie Dieu, est une condition de sa glorification future. Il faut donc distinguer un acte qui manifeste la puissance de Dieu comme le salut des hommes par la mort du Christ, dont la gloire n’est pas encore totale (cf. vn, 39; xn1, 46), et la glorification du Fils de l'homme dans un éclat souverain et définitif. L'humanité qui à souffert sera associée à cette gloire, puisqu'elle sera l'apanage du Fils de l’homme. Tout le monde est d'accord sur ce point, mais il y a une nuance très appréciable de théologie johannine selon qu'on entend ev autw (2° après «irov) de Dieu ou du Fils. Supposons qu'on lise ëv abté ou Ev éavr®. Dans ce cas ces mots doivent s'entendre du sujet 0eés. C’est le sens qu'on donne communément (Loisy, Schanz, Tillm., Durand, Holtz., etc.) : Dieu donnera au Fils « la gloire qui lui est due en l’accueillant « auprès de lui » (Durand, p.122). ’Ev Eavr® serait presque synonyme de rap” £avr® : le Fils de l'homme serait exalté « sur le trône même de Dieu » (Durand, p. 123). — Nous n'avons rien à objecter contre la doctrine de cette interprétation, qui marquerait l’exaltation future de l'humanité de Jésus auprès de Dieu, à la droite de Dieu. Mais Jo. n’a pas coutume d'isoler l'humanité de Jésus, et d'autre part ëv indique une unité plus intime que rapé, nuance qui ne doit pas être sacrifiée.

Nous lisons donc àv aèr®, et il semble que Jo. nous présente ici une première esquisse de xvir, 1-5, esquisse encore énigmatique, mais beaucoup plus impressionnante que la pensée un peu trop simple qu'on lui prête. &v adTé Après aÿrév se rapporte à cet aÿréy (Zahn), et non au sujet 06. Par une réciprocité complète, Dieu glorifiera le Fils de l’homme dans la propre personne qu'il est, qui n’est pas connue, et qui sera alors connue. Maintenant l'humanité la voile, mais, une fois associée à sa gloire, elle laissera transparaître cette gloire que le Fils avait avant la création et que le Père lui avait donnée. Cela paraît

être la pensée de Cyrille, qui ne parle pas de la glorification de l'humanité, mais de la gloire du Fils, reconnu, même avec sa chair, pour être.ce qu’il était avant de prendre la chair.

l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été

glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui, et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c'est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et, comme j'ai dit aux Juifs : Où je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant. ##Je vous donne un commandement nouveau : c’est que vous vous aimiez les

11 va d’ailleurs sans dire que si on lit ëv air& cela ne peut s'entendre que du Christ. Or si on lit avtw (avec NB Orig. (a : in ipso) et non £aur®, rien n'indique qu’il faille l’accentuer autrement que le ëv air® qui précède, à tout le moins une fois.

Cette glorification est très prochaine, à la résurrection.

33) La glorification devait suivre la mort. Après s'être élevé à son Père, Jésus redescend auprès de ses disciples qu'il va quitter. Sa voix se fait très tendre. On n’en est que plus surpris qu'il leur rappelle ce qu'il a dit aux Juifs hostiles (vu, 34; vu, 21), et qu'il l’applique à ses amis, sans même tempérer l'amertume de cette séparation, qui ici n’a pas de terme, tandis que plus tard

- (xiv, 2-4) il fera entrevoir la réunion. L'auteur a dû avoir conscience de ce

qu'il y avait là d’angoissant pour les disciples. Aussi cette comparaison avec les Juifs devait précisément faire bouillir le sang de Pierre, qui paraît n’écouter plus, dans son impatience d'intervenir. Mais le lecteur peut s'abandonner à ces épanchements ; il sait que Jésus n'avait pas pour ses disciples les mêmes sentiments que pour les Juifs. Une phrase commencée par rexvla ne pouvait être offensante, et « je le dis à vous aussi », « même à vous », a dû être prononcé avec une nuance. — &or « maintenant », car je ne puis attendre plus longtemps de vous percer le cœur. — rexvla douteux dans Gal. 1v, 19 ne se trouve peut-être qu'ici et six fois dans I Jo. plus texvéx mov ([ Jo. 11, 1). On peut toujours dire (Durand) que cette expression de Jésus aura frappé Jean qui l'aura faite sienne; mais Jésus a-til parlé grec? et combien il est plus vraisemblable qu'ayant compris la charité de Jésus il l’ait rendue dans sa bouche par une expression qui lui était devenue familière! Jésus a probablement parlé alors en araméen qui ne saurait distinguer téxva et TExvÉa.

34) Au moment de mourir, plus d'un grand homme a tenu à laisser aux siens une dernière pensée, la plus intime, par laquelle il vivra encore en eux. C'est ce que Jésus fait aussi, mais comme il fonde une communauté qui devra être animée de son esprit, il fait de cette pensée une loi : la loi de ses disciples sur la charité fraternelle, non pas telle que les hommes la peuvent concevoir, mais telle que lui-même l’a éprouvée. C'est sur ce dernier point qu'est l'accent, et c'est pour cela que zaûs nyérnoa sua est comme encadré dans le précepte, répété après que sa portée a été une fois indiquée. — xaûuxs est « de la même manière que ». Les manifestations extérieures de cet amour devront être les mêmes, c’est-à-dire jusqu’à la mort, mais seulement si les circonstances l'exigent; ce qui importe, c'est que le principe de la charité soit aussi dominant.

Jésus est le Fils de Dieu incarné pour sauver les hommes; il le fait pour obéir à son Père, par amour pour son Père : c’est ainsi que les disciples devront

Dur byiv Wa dyardre dNEXoUS . dyamare GAMkouc. H5Ey Toûre PÉTOYTA Tävrec TL Epoi panrat à gr Say éydmnv Éynre &v GAMMNorc. 96 Atyer aûr® Zipuy Térpo Oro réyw où Büvacai por vüv

Küôpre, moù üméyers; amexpiôn ’Insods

36. om. avrw p. axexotün (TH) et non add. (SV); — om. eyw p. nov (HV) et non add. (TS).

s'aimer ‘entre eux. Jésus n’a pas «en vue ici directement l'amour que tous les ; hommes doivent avoir pour leur prochain, mais celui qui doït être la loi des. ES siens. Seulement cette loi n’exclura personne. L’Incarnation fait eonnaître __* Vamour de Dieu pour le monde (un, 46 ss.); c'est l'amour même dont est … animé le Fils de Dieu; son intensité est infinie, son étendue ne connaît pas de. bornes. Et c’est en cela que le commandement est nouveau. Le précepte d'aimer le prochain est ancien (ef. sur Le. x, 27); Jésus l'avait étendu même aux ennemis (Mt.v, 43-47) 1 avait aussi enseigné que l'amour du prochain est le même devoir que l'amour envers Dieu (Mc. xu, 28-34; Mt. xxur, 34-40). Maïs en ce moment il ne s’agit pas de ‘textes, ni d'un perfectiommement à apporter à . As Loï. Il est trop évident que les sociétés d'alors, même religieuses, étaient pas fondées sur l'amour mutuel en Dieu, mais sur l'intérêt ou la ie Si l'on compare la haïne des Juifs pour les Gentils aux sentiments qu'ils ont les uns pour les autres, ils paraïtront s'aimer : et quia apud ipsos fides obsti- … nata misericordia in promptu, sed adversus omnes alios hostile odium (Tac. Hist. v, 5); mais on ne tardera pas à voir dans la guerre d'indépendance que c'est 1 haine des ennemis qui les empêche seule de se déchirer entre eux. Jésus, 11 veut que la société religieuse qu'il fonde ait pour ciment l'amour, tel que les hommes doivent le comprendre dans la Tumière de son Incarnation et les sentiments de son Cœur. En cela le commandement est vraiment nouveau. 35) 11 n’a pas toujours été obéi, hélas! mais quand, dans son Église, des . fidèles ont témoigné à leurs frères une charité constante ét même Réronu ce fut bien à l'instar de l'amour de Jésus, et cette charité s’est toujours manifestée dans l'Église. Et de faït, c'est par ses œuvres de charité que Église séduit encore les âmes, qui y reconnaissent un fruit de la charité méme du . Christ. On voit clairement dans ce verset que le commandement nouveau est donné aux disciples tout d'abord pour qu'ils s'aiment entre eux (cf. T Jo. n, 7- 5 : 11, 13-16, etc.). Ceux du dehors ne disent pas : Voyez comme ils nous aiment, mais : Voyez comme ils s'aiment de cette charité surnaturelle que leur Mattre di leur a enseignée. D'ailleurs îls ne tardent pas à comprendre que lexemple et le. précepte du Maître s'étendent à tous les hommes, et de même aussi la charité de ceux qui sont vraiment siens. x On peut dire avec Loisy : «Dans Île temps où écrit l'auteur, l'expérience est + acquise, et il s'en glorifie, comme feront bientôt les apologistes du christianisme » (p. #02). Mais qu’il soit bien ‘entendu qu'il s’en glorifie dans son épître en se référant au précepte déjà ancien (TI Jo. 5), donné dès le commencement

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uns les autres comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez les uns les autres. #% C’est à cela que tous reconnaïitront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

$6Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu? » Jésus répondit : «Où je vais tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras

(E, Jo. 1, 7 ss. ; nr, 11), c’est-à-dire qui est l'héritage sacré du Maître. — Il a plu à Jamblique (vita Pythag. c. 33) de dire quelque chose de semblable des Pythagoriciens : oërw Oauasriv prllav napédwxs vois Jpwuévots, dote Edtt za vov rods roAkobs Aéyeiv Ent tv opodpétepor sbvoobvtwv Éautois, 6tr tüv Lufayopeiwvy eicl: attachement au sein d’une des sectes les plus fermées de l'antiquité grecque, non pas charité dilatée d'une société qui se sentait appelée à continuer l’œuvre de son fondateur pour le salut des hommes.

— ty roÿtw pourrait passer pour sémitique, mais se trouve dans le grec hellénistique pour ëx Troûtou (Bauer).

36-38. PRÉDICTION DU RENIEMENT DE Pierre (Mc. xiv, 27-31; Mt. xxvi, 31-35; Le. xxu, 31-34).

La prédiction du reniement de Pierre est en substance la même dans les quatre évangiles. Marc seul parle du second chant du coq. Mc. et Mt. rattachent très naturellement la protestation de Pierre à la prédiction de Jésus sur l'abandon des disciples, dont ne parlent ici ni Le. ni Jo. De plus Jo. est d'accord avec Lc. contre les deux autres qui placent cette prédiction sur le chemin de Gethsémani. IL semble que Le. et Jo. n'aient pas voulu interrompre les discours; cependant leur accord nous paraît somme toute décisif. Le P. Durand trouve « très vraisemblable » que Jésus ait répété plusieurs fois la prédiction du reniement de saint Pierre. Ce retour à une harmonie mécanique ne saurait être regardé comme un progrès de l’exégèse. Nous reconnaissons plutôt un procédé littéraire (cf. sur Le. xxrr, 33) parfaitement admis par Durand, qui ne met pas chaque parole de Jésus dans un ordre chronologique, comme la dispersion des disciples ne viendra que dans xvi, 32.

36) L'intervention de Pierre se rattache au v. 33. On en a conclu (Loisy, Bauer, etc.) que les vv. 34 et 35 ont été ajoutés plus tard. Admirable rigidité critique à laquelle nous devons de mieux apprécier le laisser aller sans artifice du discours. Pierre n’a sans doute écouté que d'une oreille distraite, attendant l’occasion de glisser son mot, qui lui tient à cœur.

On nous dit encore (les mêmes) que le v. 33 n'avait pas d'autre but que d'amener la prophétie du reniement en permettant la question de Pierre. Comme si la pensée du départ ne planait pas sur toute la scène! La question de Pierre suppose, il est vrai, qu’il n'a pas compris le départ dans le sens de la mort. Mais c'est qu’en effet les paroles de Jésus semblaient indiquer un simple éloignement furtif, suivi d’une recherche de la part des siens, ce qui n’est pas le cas normal après la mort. Ge qui est clair pour nous, l'était beaucoup moins pour les disciples : il faut le dire, puisqu'on affecte de parler d'une méprise grandement invraisemblable (Loisy p. 402). La réponse de Jésus maintient à | ÉVANGILE SELON SAINT JEAN. 24

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