La même doctrine approfondie en réponse à Jude
L'apôtre Jude intervient, ne comprenant pas pourquoi la manifestation du Christ ne s’adressera pas au monde. Jésus avait déjà suggéré la réponse; il n’a donc qu'à remettre cette raison sous les yeux des disciples : c’est que cette révélation est réservée à ceux qui aiment.
Ce n’est point un dialogue régulier, mais un enseignement de maître à disciple, 1e maître se contentant, au lieu de justifier sa doctrine, de l’affirmer de nouveau avec un nouvel éclat et en la développant : car Jude apprendra ici que le Père vient avec le Fils et qu'ils font leur demeure dans l'âme. Et l’on comprend mieux
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que celui qui n'observe pas les commandements du Fils se rend indigne de l'habitation commüne du Père et du Fils, puisque les paroles du Fils sont celles dü Père. Augustin entend ce passage de la vie éternelle; non point de la parousie du Christ dans son corps glorieux qui sera perçue de tous, mais : est erga quaeñam Dei manifestatio interior. Nous entendons celte présence intérieure de la vie présente, avec l'epinion commune (Grill, ele.).
22) Celui qui prend la parole n'est nommé qu'ici dans Jo. et ne figure pas au catalogue des apôtres dans Mt. ni dans Me., mais bien dans Le. vi, 46 (’oÿdav ?14aséou rai ‘Ioÿdav ’Ioxaoub0} où nous avons compris « frère » et non « fils » de Jacques (cf. Mt. xur, 55; Me. vi, 3). Peut-être avait-on pris l'habitude de le nommer Thaddée (Me. 1, 48 et Mi. x, 3 au catalogue des apôtres), afin de dissiper une fois pour toutes l'équivoque que Jo. écarte ici, Car on eût pu supposer que Judas l'Iscariote était rentré sans bruit. Les Syriens le nommaient (syrsin) ou le surnommaient (syreur) Thomas (ef. Zamn, Forschungen… VI, 346 ss.).
La question de Jude est assez naturelle. Ce n'est pas l'objection d'un critique comme Celse (Omc., c. Celsum, n, 63 ss. ; var, 45) qui proteste contre les apparitions trop restreintes du ressuscité (encore Bauer), et Jo. n'ayant pas parlé de la parousie, ses lecteurs n'auraient pu deviner que Jude y fit allusion. Mais Jo. a parlé de la conception nationale du messianieme juil (vr, 15), d'ailleurs biceu connue, et il était très naturel que Jude s’attendit à une grande manifestation de Jésus, lors de l'avènement du règne de Dieu et d'Israël, fût-il retardé jusqu'après sa mort (Act. 1, 6). Le mot éuarliw pouvait avoir ce sens, quoique, même dans Ex. xxx, 43.48, il fût question d’une vision réservée à Moïse. I demande précisément pourquoi celle vision du Christ-Roi ne serait-elle pas universelle, pour réjouir Israël et frapper de-terreur ses ennemis. D'ailleurs, si sa pensée est un peu voilée, c’est qu'il empleie les termes mêmes de Jésus qu’il wa pas bien compris. — té yéyovsv 67e « qu’est-il arrivé » pour que le programme du messianisme soit ainsi changé? ëx pour à & 11, simplifié par D en w ectu ox, et par syrsin et cur en vi Gx, où ri prend le sens qu'il à si souvent de « pourquoi ». — Nous conservons xai devant 7!, malgré des autorités manuscrites peut-être supérieures (A B D etc. vg. etc.), parce que l'omission est très nalurelle; mais qui aurait imaginé cette tournure si vive, et d'ailleurs classique? Cf. Küh.-Gerth, W, p.247, sur xat à la tête d’une interrogation qui reprend avec étonnement ce qui vient d’être dit : Prar. Conv. IV, 62 : Ko zi por oüvarchio & X., TOLOÏTOV EÉPYAGpLÉV à
23) Quaesierat enim de Christi manifestatione, et audivit de dilectione et mansione (Aug.). La réponse n’est pas directe, mais c'est bien une réponse : c'est seulement dans le cas que j'avais dit que je me manifesterai, ce qui exclut le monde indifférent ou hostile. Mais il est dit de plus que le Père aussi viendra, ce qu’on pouvait supposer, puisque le Fils est si intimement uni au Père, ét, ce qui est plus nouveau, cette venue sera une demeure. Dieu habitait dans Israël (Ex. xxv, 8, etc.); cette cohabitation, atténuée par la disparition de l'arche,
qu'est-t-il donc advenu, pour que tu doives te manifester à nous et non point au monde? » #Jésus répondit et lui dit : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, etnous viendrons
devait se reproduire (Zach. 51, 10), et s'était en fait réalisée dans l'Incarnation {r, 44). Une fois le Christ remonté vers son Père, tous deux viendront, mais seulement en chacun de ceux qui aiment Le Fils et observent ses commandements. Cette demeure est intérieure, car ras” ar& remplace ëy at, C'est seulement une formule conforme à la métaphore : on habite chez quelqu'un. __ j] faut bien noter que, si décisive que soit la mention des œuvres, l’observalion des commandements est donnée cette fois encore comme la preuve de la charité, qui seule compte et provoque, selon la série des dons accordés, la charité du Père. La visite des deux personnes divines ne peut être conçue que comme une demeure du seul vrai Dieu. C'est une réponse de l'affection à l'affection, un véritable acte d'amitié, qui suppose les œuvres, mais qui n’est pas précisément la récompense des œuvres, si ce n’est de la charité qui en est le principe et dont elles sont le signe. Rien n’est exigé comme culture intellectuelle de l'esprit, ni comme tendance à la contemplation, ni même comme ascèse particulière, et si cette visite peut avoir en des âmes d'élite des aspects inconnus aux autres (Cyrille), cependant Dieu ne vient pas pour provoquer l'extase ou toute autre manifestation extérieure : il vient pour habiter dans l'âme de celui qui l'aime. Rien de plus simple comme expression que cette mystique, rien de plus profond. On en jugera mieux en la comparant avec d’autres.
La présence de Dicu dans l'âme découlait naturellement du panthéisme stoïcien. Sénèque (Ep. rx, 16) : miraris hominem ad deos ire? deus ad homines venit, immo quod est propius, in homines venit; nulla sine deo mens bona es. Mais la suite ramène ces admirables paroles à la conception moniste : semina in corporibus humanis divina dispersa sunt.… Ce sont des germes naturellement intrinsèques à l’homme. Le Dieu présent à l'âme d'Épictète est plus distinct du monde (cf. AB. 1912 Pp. 1% ss.); encore est-il que cette présence est de l'ordre physique, un phénomène naturel, non point un don de l'amitié. Philon nous l'avons déjà vu, à parlé de la présence dans lâme du Logos divin. Dans ces endroits (de poster. Caini 122; 1, 249; quod deus sit tmm. 134; 1, 202; de fuga et inv. 117; E, 563), le Oetos Xéyos est la sagesse divine, la claire perception du bien, et presque une métaphore pour exprimer la droite raison s’exerçant pour le bien, de sorte que, tant qu'elle est présente et agissante, l'âme ne saurait commettre le mal. Mais Philon a parlé aussi de la venue de Dieu dans l'âme. II y était amené soit par la doctrine ‘stoïcienne, soit aussi par la révélation, à laquelle il renvoie expressément (de Cher. 104; 1, 187) : dérdypeus méVrot Ye oix06 Quyn ÉriTHÔELOS. ofxoy obv ni yetov TNV abpatov YUxAV 2 dopéspe 0coù Méyoyres Lyblrwe xat ZaTx vOUOy pAsopev. 11 lui suffisait de rapporter à l’âme ce que Dieu avait dit de son habitation parmi son peuple, et en effet il emploie plusieurs fois le mot éureptratéo emprunté à Lévitique, xxvr, 12, cité d’ailleurs expressément (de Somniis I, 148; J, 643). Il entend bien parler du Dieu suprême, car il distingue les secours donnés aux âmes encore en péril par les anges
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