LES ADIEUX ET LES DERNIÈRES PAROLES D'ENCOURAGEMENT
C’est la conclusion du discours qui a commencé avec le chapitre; elle est parallèle au début par l'invitation à ne pas se troubler (pén Tapassésôw &. 4 x. 1 et 27), par l'annonce du départ et la promesse du retour, surtout par l'appel à la foi, H y a ici en plus le don de la paix, et même une invitation à la joie, par un contraste saisissant avec la pensée du sacrifice plus imminent.
21) Le lien avec ce qui précède serait clair, si l’on pouvait (avec Cyrille) identifier la paix du Christ avec son Esprit. Mais le don de l'Esprit était à venir:
la -paix est déjà non seulement léguée (äginu} mais donnée (5dww). Elle sera plus profonde plus tard, mais la forme du don (au présent) empêche de voir ici une suite très exacte de ce qui précède, C'est donc une idée nouvelle qui se présente pour terminer.
On n'a pas manqué de rappeler que depuis l'antiquité les Hébreux se quit-
21 Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous [la] donne pas comme le monde [la] donne. Que votre cœur ne se
{aient en se souhaitant la paix. Ce serait Le cas ici: Pacis nomine hebraica phrasi sakutationem, apprecationemque omnium prosperarum rerum sigrificari arbitror… Christum igitur paterno more. vale fihis suis dicere et ut vulgo loguimur, suam illis benedictionem relinquere (Mald., Zahn, Bauer ; cf. Durand) cf, 1 Sam-1, 17; xx, 42: xxix, 73 Me. v, 34; Le. vi, 50; vint, 48 etc. Mais Jésus n'emploie pas ici une formule courante; en effet cette formule eût été « je vous donne (heb. ns; aram. 27) la paix ». Jo. l'évite au début, où elle eût été un simple adieu, et we l’emploie que lorsqu'il insiste sur la nature de cette paix. Ge qu'il laisse à ses disciples comme un legs spirituel, c’est une chose précieuse, non pas une paix quelconque, mais sa paix. C’est bien un adieu, maïs non selon la forme banale ordinaire. Les Pères ont interprété la paix de différentes manières. Thomas approuve et commente la définition d'Augustin (lib. de Verbis Domini) : Pax est serenitas mentis, tranquillitas animae, simplicitas cordis, amoris vinculum, consortium caritatis. Dans la situation présente, les disciples risquaïent de se troubler en perdant leur Maître; avec lui ils étaient en paix avec Dieu, qu'il leur apprenait à aimer, en paix entre eux, parce que Sa voix calmait leurs disputes; ils ne craignaient pas leurs ennemis, étant confiants dans sa protection. C’est cette paix, la sienne, qu'il leur laisse, comme s'il était présent, par l'assistance qu'il leur a promise : Pela DE vus év butv dvarekeï Dévapue, ayoGCoTt V6, Rat yaXnvuson 2apdia, Eevayoÿax mode arondhubv tüv brip avpesrivov voëv (Cyr.). C'est done grâce à celte paix dont Jésus est la source qu'ils pourront reconnaître sa présence en EUX. — où race. dlôwotw n’a pas de régime : il faut évidemment sous-entendre la paix, mais il sembie bien que l'accent de la phrase est sur le mode différent de donner plutôt que sur l'objet différent de la paix que propose le monde par la satisfaction des désirs sensuels, de l'ambition, de l’avarice. Ces pensées sur la fausse paix du pécheur sont justes et pieuses, mais les disciples n’en étaient pas là; Jésus parle surtout de l'opposition entre la paix extérieure, la seule que le monde puisse donner quelquefois, et celle qui se maintient au dedans de l'âme, quoi qu'il en soit des périls et de la guerre qu'il faudra affronter, la paix de celui qui va être meurtri par le monde pour obéir à son Père. — &v{nu semble indiquer un legs, dont par conséquent les disciples jouiront plus tard; mais sa mort est imminente, et, si l'on peut dire, sa succession déjà ouverte. Aussi Bou: est un don actuel. On conçoit qu'en promettant l'assistance on donne dès à présent l'assurance de la paix et la paix elle-même, disposition spirituelle qui se communique sans formalités. Et en effet les disciples ont besoin de cette paix dès à présent. Ce qui prouve que Jésus ne parle pas spécialement de la paix avec Dieu, par opposition au péché, mais d'une paix fondée sur le secours de Dieu, et qui affronte la guerre, c'est qu'il reprend la recommandation du v.4, d'éviter le trouble dans le désarroi de la séparation. il ajoute même cette fois, undè Seiérw, hapax dans le Le T., mais terme employé par l'A. T, en cas de guerre (Dt. 1, 21; I Macch. xv, 8). __ Dans un sens plus général, la paix était un des thèmes favoris de l'A. T. Saus parler de la paix du pays aû Sens temporel, elle était regardée comme
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appartenant en propre à l'homme religieux et vertueux (Is. Liv, 43; Lvir, 19), tandis que l’impie est dans le trouble. Cette paix était donnée par Iahvé; on 11 demandait, en parallélisme ‘avec sa faveur, dans la bénédiction sacerdotale (Num. vi, 26). À
Elle devait être un don messianique (Ez. xxxvir, 26), la paix de Dieu avec son peuple. Ce thème devait frapper Philon d'autant plus qu’on interprétait alors Jérusalem « vision de paix », et que, d'autre part, l'absence de trouble (ataraxie), la paix de l'âme, toutes passions étant domptées, était le but suprême de la morale stoïcienne. Aussi en a-t-il parlé en des termes assez voisins de ceux de ceux de Jo.
À propos de Phinéès (de Vita Mos. 1, 304; II, 129) : Swpnsguevos 6 Oeôs Diveet to qéyiotov &yafév, elpnvnv, à undsls ixavds av)purwy Ta92x0yeiy, « qu'aucun homme n’est capable de fournir » n'est pas très éloigné de où xa0os 6 x0ou05 Sowagty. Philon a traduit « paix » ce qui est chez les Septante « alliance de paix » (Num. xxv, 12). À propos de Jérusalem la ville de Dieu (de Somniis 11, 250-254; I, 692), l'âme qui est en paix est la meilleure habitation de Dieu qui est la paix. Enfin, à propos de Melchisédek, roi de Salem, ou roi de paix, Philon oppose J'intelligence-tyran, qui pousse l'âme aux mauvaises actions, au roi de paix qui la gouverne pour son bien : ce roi de paix n’est autre que la droite raison : obros dé éotiv 6 Op0os Adyos, zaheiobu oùv 8 pv Tüpayvos &pyowv roktuov, à DE Basrkedc nyeudv elofvns (Leg. alleg. 11 80 s.; I, 103). On trouve ici le prince de la paix, -qui est un logos, il est vrai la droite raison et non le Logos divin, en opposition avec un &oywv, ici le prince de la guerre, dans Jo. le prince de ce monde (av, 30). Est-ce une simple rencontre? De toute façon on notera dans Jo. le caractère concret des paroles et des sentiments dans une situation donnée, tandis que Philon est toujours dans le domaine de la spéculation philosophique : ce serait les rapprocher plus que de raison que d'interpréter Jo. d'une manière trop métaphysique; il ne faudrait pas non plus tomber dans un sens trop banal (Zahn) : je ne vous dis pas adieu comme on fait d'ordinaire, comme les gens se disent adieu, mais d'une façon qui doit retentir dans vos cœurs.
28) Jésus renvoie à ce qu'il a déjà dit au v. 3, en termes équivalents. Le
parallélisme continue donc avec le début du discours. Mais alors la prédiction du retour devaït encourager les disciples dans leur propre intérêt, puisqu'il allait leur préparer des places. Maintenant abordant un motif encore plus noble, il leur dit que si seulement ils avaient eu jusqu'à présent de l'affection pour lui, ils devraient se réjouir parce qu'il va vers son Père. Le reproche est de ceux que l’on fait aimablement pour amener la protestation : mais oui, je __vous aime. Que Jésus vienne vers son Père, c'était assurément un sujet de joie pour lui et ce devrait en être un pour ses disciples. Mais il ajoute un trait spécial, une raison de la joie de ce retour : c’est que son Père est plus grand ‘que lui.
Parmi les Pères, il existe deux explications.