‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 276 sur 326 · evroknv edwxev (H) où evererharo (TS V · texte numérisé non relu

evroknv edwxev (H) où evererharo (TS V

pas précisément ce retour que les disciples ont constaté dans la Résurrection, qui d’ailleurs était pour leur foi une lumière plus éclatante que la simple réalisation d’une prophétie. Durand va plus loin (cf. Mald.); il ajoute à la résurrection le don du Paraclet et les œuvres puissantes, dont la réalisation prouverait bien que Jésus les a connues d'avance : nouveau motif de croire en lui. Il conclut : « Vers la fin du premier siècle, la conscience chrétienne devait trouver un réconfort à constater, au jour le jour, que tout se passait bien comme Jésus l'avait prédit, puisque le quatrième évangéliste en fait plus d’une fois l'observation en termes exprès » (xu1, 19; x1v, 29; xvr, 4). Mais ce n’est pas l'évangéliste, c'est Jésus qui prononce ces paroles : avec des intentions moins pures on soupconnera que c’est l’évangéliste qui fait les constatations et les prédictions pour le réconfort de la conscience chrétienne. En réalité Jésus ne parle que de sa passion et de l'impression qu’elle pourrait faire sur les Apôtres : les mêmes tentations atteindront les générations suivantes qui pourront faire leur profit de ces prédictions (cf. xvi, 4).

30) C'était bien une perspective funeste que Jésus signalait; s’il ne l'a pas développée, c'est que le temps presse. Il lui suffit de dire que le prince dw monde vient pour faire son œuvre, sans doute par ses suppôts, car c’est lui qui se sert de Judas comme d’un instrument (x, 2.27; vi, 70). Il n'est pas douteux en effet que ce prince ne soit le diable ou Satan. Il a autorité sur le monde. Dans cette heure de tristesse, Jésus ne dit pas une fois de plus (xx, 31) qu'il sera chassé, mais seulement qu'il n'a pas de pouvoir sur lui, ni même rien en lui. Il n’y a rien en Jésus qui lui donne le droit d'élever une prétention quelconque : ce qui revient à dire que Jésus a toujours été sans péché : quia neque cum peccato Deus venerat, nec eius carnem de peccati propagine Virgo pepererat (Aug.). — xat est séparé de ce qui précède, plutôt dans le sens de « or » que de « mais ».

31) Le début du verset se joint étroitement à ce qui précède, et non point aux {rois derniers mots. Il est sous-entendu : mais on le laisse agir. Ge n’est pas pour l'éclairer lui-même, mais bien le monde. Car, celui-ci est soumis désormais; il n’est pas incurable, et la première condition de son salut sera de comprendre que Jésus est mort dans l’obéissance à son Père, et pour l'amour de Lui. Cela aussi est une prophétie, du moins implicite; mais les disciples, eux, devaient déjà savoir quels étaient les sentiments de leur Maître, Il va engager la lutle non point comme un capitaine qui lutterait à forces égales contre un autre : non, son adversaire est prince du monde. Il paraîtra donc succomber : mais son obéissance sera récompensée et som

que lorsque cela sera arrivé, vous croyiez. #Je ne m’entretiendrai plus guère avec vous, car le prince du monde vient; et il n’a rien en moi, # mais il faut que le monde reconnaisse que j'aime le Père et que j’agis conformément à l’ordre que m’a donné le Père. Levezvous, partons d'ici. »

amour portera ses fruits. C’est le seul cas où Jésus parle de son amour pour son Père, ayant plutôt parlé avec reconnaissance de l’amour de ce Père pour lui (x, 473 xv, 9; xvir, 23.24.26; cf. 1, 35). Pour la pensée et l'ordre des mots, cf. Gen. vi, 22 xa éroince Nôe mévra Bou éverelhato adr® K. 6 0eds, oürws ërolncev. La leçon évroXïv #üwxev n'est guère moins appuyée que éveretlato. — Les trois derniers mots n'indiquent pas seulement que Jésus se lève et continue debout, tout prêt au départ (Schanz, etc.). On ne comprend guère non plus qu’on soit allé dans une autre salle à la manière où l’on passe de la salle à manger au salon. Il semble bien que Jésus donne vraiment le signal du départ (cf. Mt. xxvi, 46; Mc. xiv, 42), quoique ce ne soit pas pour aller au devant du traître, comme dans Mec. et Mt. Sur la difficulté.de situer les trois chapitres qui suivent, voir ci-après. M. Torrey (cf. Zntr. p. cu) à essayé de la trancher en lisant « .… : et que je fais ce que le Père m'a ordonné, je vais me lever et sortir d'ici », c’est-à-dire de ce monde, sens qui serait celui de l'araméen n2 Sin D‘PN, que le traducteur aurait lu : ñ25 Sy Loire C'est très ingénieux, mais combien moins naturel que le texte grec!

DEUXIÈME DISCOURS APRÈS LA CÈNE (xv-xv1).

On a remarqué depuis longtemps la difficulté de situer ce discours entre le v. xiv, 31, qui indique un départ, et le v. xvnr, { qui indique une sortie, ou du Cénacle ou du moins de la ville. Quelques-uns ont pensé que Jésus s’est levé de table sans sortir du Cénacle (Mald., Zahn, Kn., Calmes), mais on ne voit pas pourquoi il a donné le signal du départ : éywusv est bien clair dans ce sens. Dire que ce verset est une addition de copiste d’après Mt. xxvr, 46 et Mc. xv, 42, c'est méconnaitre l'accent. des dernières paroles qui semblent bien un adieu définitif, ou tout au moins une conclusion.

D'autres (Godet, West., Fillion, etc.) ont cru que Jésus avait continué de discourir le long du chemin. Ge n'eût pas été impossible dans la campagne, mais pouvait-on s’entretenir de la sorte dans les rues de la ville? Or on nesortit qu'au début du ch. xvut-

A cette première difficulté s'en joint une autre. Le second discours contient plusieurs passages parallèles au premier. Bauer compare xur, 34.35 à XV, 12.47; x1v, 10 11. 20 à xv, 4-10, xIv, 13 à xv, 73 xiv, 45.24 à xv, 40; xIV, 16.47.26 à xvi, 13; xiv, 19 axvi,16; xiv, 27 à xvI, 33. On pourrait être tenté de supposer que le second discours a été prononcé avant le premier, car xvi, 46 fait difficulté pour les assistants, tandis que le même mot passe sans difficulté dans xiv, 49; xvi, D parait antérieur à x, 33.36 et xiv, 5; mais d'autre part dans xv, 26 et xvi, 7 le Paraclet est censé connu tel qu'il est annoncé dans x1v, 146.47.

Entre les deux morceaux, il ÿ à aussi cette différence que dans le premier

___d'après le contexte même de Jo. — se compose de trois thèmes

c'est tel ou tel des disciples qui prend la parole, tandis que dans le second c'est le groupe des disciples.

Comment expliquer ces faits? Dans son premier commentaire, M. Loisy pensait que l’auteur du premier discours aura eu « l’idée d'en écrire un autre sur le même objet, parce que le premier lui semblait, après coup, insuffisant, et il n’a pas pris la peine de rectifier son cadre » (p. 760). Ayant adhéré depuis à la théorie d’un arrangement de la première écriture par un rédacteur, Loisy ne juge plus sa première hypothèse aussi vraisemblable : ou bien le rédacteur aura complété le premier discours par un commentaire de sa façon, ou bien, dans un remaniement du livre, on aura utilisé des morceaux plus anciens.

M. Lepin (La valeur hist. Il, p. 101, n. 3) a fait remarquer très justement que l'aspect des discours prouve bien que l'auteur ne les a pas créés, car ils auraient coulé d’un seul jet. Loin de là, « les chapitres en surcharge ne se comprennent bien que comme un supplément d'information que l'écrivain puise dans l'histoire et qu’il fournit ingénument par mode d’appendice. Le cas est exactement le même que celui du chapitre xx ». En d’autres termes, l’évangéliste « repassant et approfondissant ses souvenirs, il en aura tiré une relation nouvelle, prolongée, qu’il se contente de juxtaposer à la suite de la première » (1. L. p. 101). Après quelque hésitation (Recherches. 1910, p. 107 n. 2), c'est bien cette solution que propose le R. P. Durand ({. /. 1911 p. 322), encore qu'assez timidement. Il suppose même un certain intervalle entre les deux compositions : « Si saint Jean avait écrit sur l'heure les développements qui suivent, pourquoi aurait-il maintenu à xiv, 31 le signal du départ? Au reste, on aurait tort de croire que ces deux chapitres sont un pur développement de ce qui précède. Méme dans les développements, notamment en ce qui concerne l'Esprit-Paraclet, la pensée chemine ; encore que ce soit de la façon propre à Jean. »

Il y a même des choses nouvelles, comme la persécution réservée aux disciples (xv, 18-xvr, 6), et comme ce thème se rapproche de celui des synoptiques où il est placé à un autre moment, on peut se demander s’il a été repris par Jésus après la Cène? La question de principe a été résolue d'avance en très bons termes par le R. P. Durand (1. 2. 1910, p. 416) : « On n’a pas, au nom de la théologie, à réclamer pour le discours après la Cène une unité historique plus grande que pour le Sermon sur la montagne (Matth. v-vir), l'instruction aux apôtres (ibid. x, 6-42), le discours eschatologique (ibid. xxiv). On pourrait même, dans cette direction, permettre davantage à saint Jean, à cause de sa personnalité si nettement accusée, comme aussi à raison du but et du caractère de son œuvre. »

Nous n'avons point été tenté de chercher dans le premier discours des passages étrangers par leur nature à la situation, car tout y est adapté aux circonstances. Il y a lieu de faire cet examen pour le second discours.

Voici ce que nous voudrions proposer, avec les réserves qui sont de droit dans un Cas si difficile à résoudre. Le second discours — qu'on peut nommer tel : celui de l'union des disciples à Jésus, comparée à l'union du cep avec les branches et qui se réalise dans la charité (1-17). Le second thème est celui de la haine du monde (restreint en fait au judaïsme), soit contre Jésus, soit contre les disciples (18-xvr, 42), Le point de départ est très net; au contraire il est malaisé de dis-

cerner la fin, car le v. 4b forme précisément une transition. Le troisième thème seul est le même que celui du ch. xiv, c’est celui du départ immédiat,

. avec la promesse du Paraclet, la promesse du retour de Jésus, et l'éveil de la foi dans le cœur des disciples (xvr, 4b-33).

Cette partition nous paraît incontestable, même si tout ce second discours avait été réellement prononcé après la Cène. Mais nous avons à nous demander si ce n’est pas un discours composé de plusieurs autres? La dernière partie, nous venons de le dire, porte tous les caractères de la même situation que le ch. xiv, après la Cène. C’est donc de celte partie que nous disons que c’est un complément des premiers souvenirs. Mais la seconde correspond par bien des traits — qui seront indiqués — à une partie du discours eschatologique des trois synoptiques, même en ce qui regarde le rôle du Paraclet (xv, 26), quoique ce trait ait été nuancé par l’ambiance générale. Quant à la première partie, on

la piacerait très naturellement après le choix des disciples-apôtres et avant leur première mission (Mt. x et parall.); on dirait seulement que la même: ambiance, la proximité de la mort de Jésus, lui donne un accent plus pénétrant et presque mélancolique. En fait on n’y rencontre aucune allusion au départ de Jésus. Dans la seconde partie ce départ n’est pas plus imminent que dans le discours eschatologique des synoptiques.

Le thème théologique n’est pas non plus aussi explicite dans la première et la seconde partie que dans le ch. xiv et dans xvi, 25 à 33. Après la révélation du ch. xiv sur l'unité de Jésus avec son Père, il n’y a plus rien d’une pareille évidence jusqu'au ch. xvu. Et surtout dans la première partie (xv, 1-17), si l'unité de Jésus avec Dieu, c’est-à-dire sa divinité est supposée, cependant le Père est seulement présenté comme distinct du Fils, c’est-à-dire sans l'affirmation explicite de leur unité. De même dans la seconde partie, il est celui qui a envoyé le Fils, sans allusion à l'identité de nature. Nous sommes donc là dans un stage moins avancé de la révélation, même pour le groupe privilégié des disciples. Dans la troisième partie, la lumière n'est pas non plus aussi complète, de sorte qu'on pourrait soutenir que ces paroles de Jésus tout en appartenant à l’entretien qui a suivi la Cène, ne sont pas les dernières. Après le ch. xiv, il n’y a plus de place que pour la prière du ch. xvir. Notre conclusion sur la troisième partie du second discours coïncide avec celles de M. Lepin et du P. Durand; elle sera sans doute admise assez aisément. Ce que nous avançons des deux premièresautres est contenu dans le principe posé par le P. Durand, qui n’est à vrai dire que l'application à Jo. de ce que tout le monde fait pour Mt. et Le. Cette opinion aura d’ailleurs cet avantage de prouver la fidélité de Jo. à conserver dans les. discours de Jésus leur enseignement primitif, même lorsqu'il les déplace, ce qui malgré tout aboutit forcément (aussi pour Mt. et pour Le.), à leur donner une nuance particulière, Mais ce qui est compatible avec la notion de l’inspirationpour les synoptiques doit l'être aussi pour le quatrième évangéliste.

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