‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 297 sur 326 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

- = LU ss Has = Tara etmov ’Insoëc EEHAMev odv roïs pafnrais abroÿ mépav To yet " Ps # A \ € A uéopou roù Kedowy mou y xÿmos, els êv eloÿAbey aûrès nat o! LalnTai La x LA IN « et f adroë. 2er D nat ‘Loidas 8 mapaddodc abrèv Tèv Tomov, Otu mo AG

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1. vou Keôowv (S) plutôt que vou Keôpou (T) ou rwv Keëpwv (HV).

1-44. L’arResTATION DE Jésus (Me. xiv, 43-52; Mt. xxvi, 47-56; Le. xxu, 41-53). Dans le texte de Jo. on ne saurait faire une péricope distincte du v. À qui correspond à l’arrivée de Jésus à Gethsémani (Mc. et Mt.). La prière de Jésus en ce lieu, que Le. ne nomme pas, est passée sous silence, mais, loin de chercher à la faire oublier, Jo. en rappelle au v. 41 la conclusion, à savoir la résolution prise par Jésus de boire le calice que lui offre son Père. Le récit de l'arrestation est assez semblable à celui des synoptiques; cependant l'attitude de Jésus y est un peu différente. Non seulement il accepte les faits et va à la mort librement, ce que Mt. aussi avait indiqué (xxvi, 53); on peut même dire qu'il domine la situation, et il fait la preuve qu'il ne tiendrait qu’à lui qu'elle prit un autre cours.

1) Comme on ne peut supposer que la prière de Jésus ait été prononcée dans les rues de la ville, #%\0e ne peut s'entendre que de la maison où a été pris le repas. Il a donc sous-entendu «et il se rendit », précisément comme Mc. x, 26; Mt. xxvi, 30 dans cette circonstance; Le. seul a développé é5sA0&y éxooeuln. Si Jo. ne nomme pas Gethsémani, ce n’est pas pour | « effacer » (Loisy), car Le. ne le nomme pas non plus, et le passage du Cédron y conduisait tout naturellement; on notera l'indication plus précise d’un jardin. Jo. a sans doute préféré une désignation scripturaire, peut-être parce que David avait franchi cette vallée après la trahison d’Achitopel, parmi les larmes du peuple (II Regn. xv, 23). Sûrement, dès cette époque, il n'y avait d'eau dans ce torrent qu’au moment de la pluie, ct c'est bien le sens de yeluapsos, en arabe ouadi. Il n’y a aucun doute non plus sur le nom de Qidron, le torrent noir. Mais on ne sait s’il faut lire tüv Kédpwv (BCL8 etc.) ou 105 Kéüpou (KDW ab dr) ou 105 Kedouy (ASA cefgq Vg., syrsin d'après Tatien). Cette dernière leçon est la seule correcte --comme traduction de l’hébreu, et le nom s'était conservé au temps de Josèphe (Bell. V, n, 3) : le mont des Oliviers est séparé de la ville par une vallée profonde, à Kedowv Gvépasta. Il lui est arrivé de décliner ce mot à la grecque, Kedpüvos (Bell. V, vit, 3), KedoGiva (Ant. VIIL, 1, 5), mais il ne l’a jamais confondu avec le grec xéôpos « cèdre » au génitif pluriel. Il était naturel que cette erreur se produisit. Dans notre cas, le roÿ est attesté par deux branches de la tradition,

1 Ayant ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples [et se rendit] au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.

20r Judas, qui Le trahissait, connaissait aussi l'endroit, parce que Jésus s’y était souvent trouvé en compagnie de ses disciples. # Judas donc, ayant pris La cohorte et des satellites des grands prêtres et des

et comme K£èsov est une correction évidente, on doit en dire autant de rüv dans r@v K£ôpwv (Zahn, Bauer, Blass). On ne saurait prétendre que Jo. s’est appuyé sur la fausse traduction des LXX tüv Kéôowv (IT Regn. xv, 13; I Regn. xv, 23), car la véritable traduction ancienne est attestée par B (II Regn. 11, 37; IV Regn. xxut, 6. 12; en concurrence avec l'autre dans III Regn. xv, 13) et non seulement par À qui peut représenter une correction hexaplaire. L'erreur de copiste des LXX prouve seulement comment une pareille erreur à pu se produire dans Jo.

2) Bauer voit ici l'intention de montrer la volonté de Jésus de s'offrir à la mort. Jo. aurait ainsi répondu d'avance aux reproches du Juif d’Origène (contra Gels. nr, 9) : « Comment serions-nous obligés de regarder comme un dieu... celui qui à été pris de la manière la plus honteuse, au moment où il se cachait et fuyait. » Jésus serait donc venu dans ce lieu, sachant bien que Judas ne manquerait pas de l’y venir chercher. Mais Jo. dit simplement que Judas y est venu parce qu'il pensait y trouver son maître, dont la résolution se manifeste seulement en ceci qu’il n’a pas daigné changer ses habitudes, connues de Judas. Il faut probablement en conclure que Jésus passait là les nuits depuis quelques jours. Le soir de son arrivée, il était revenu à Béthanie (Mt. xxr, 17; cf. Mc. xt, 12), mais il n’est pas dit qu'il y fût retourné; Mc. dit seulement que le lendemain soir il sortit de la ville (x, 19) et Le. parle d'une installation de fortune au mont des Oliviers (LC. xxt, 37), où il revenait selon sa coutume (Le. xxrr, 39); le soir de l'arrestation, il parle seulement du mont des Oliviers et de « l'endroit », probablement celui où l’on se rassemblait (Zahn). Ge n’est pas une raison pour parler d'une maison qui aurait été la villa du jardin (Zahn) ; à Jérusalem on pouvait dès le printemps se contenter d’arranger quelques abris; c'était déjà bien beau d’avoir un chez soi lors de la Pâque.

3) Jo. se distingue des synoptiques en ajoutant une cohorte, c'est-à-dire de soldats appartenant à l’armée romaine, avec un tribun GuMapyos v. 12). C'est là, a-t-on dit (Loisy, Bauer, etc.), une addition tout à fait invraisemblable, qu'elle émane d’une source différente ou d'un rédacteur symbolisant qui aura présenté Judas en prince de ce monde. En effet, dit-on, si l'autorité romaine avait pris l'initiative de l'arrestation, on aurait conduit immédiatement Jésus dans la tour Antonia (ou toute autre prison romaine) en attendant sa comparution devant Pilate. Toute la physionomie de l’arrestation en serait changée, et personne ne donnera la préférence à Jo. sur l'accord des trois synoptiques. — L'objection serait décisive si vraiment l'autorité romaine avait pris l'initiative de l’arrestation ou si seulement elle s’en était chargée. Mais ce sont bien les valets du grand prêtre qui ont voulu prendre Jésus (xvur, 10), et il est juste d'appliquer au récit de Jo. une exégèse tirée de faits analogues. La présence d'une troupe

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5. om. o Incous a. syw (TH) plutôt que add. (SV). 7. emnpwtnoev avtous (H) ou &. e. (TSV).

régulière dans une opération de police suppose qu'on craint une résistance sérieuse, et elle est destinée à assurer l’ordre, à prêter main forte, non à se = subslituer à la police : exemple : les inventaires des églises en France, les expulsions des religieux, les grèves, ete. À plus forte raison dans un pays où la force armée représente un pouvoir étranger au pays, qui laisse une certaine initiative aux autorités locales. On comprend très bien que les autorités du Temple aient expliqué au tribun ce qu’elles allaient tenter, les risques d’une résistance, etc. Le tribun, soit qu'il ait pris les ordres de Pilate, soit qu'il ait pris la chose sur lui (Act. xx1, 31), se rend sur les lieux, et, quand l'opération est finie il rentre chez lui avec sa troupe.

Une troupe régulière étant mise en jeu, elle sortait avec son attirail ordinaire, flambeaux, lanternes (Denys Hal. XI, 40, 2) et armes. Ceux qui objectent la pleine lune ne savent pas sans doute ce qu'est une consigne militaire; et des sol dats romains auraient-ils laissé leurs armes sous prétexte que la police plusou moins improvisée avait des bâtons et des couteaux ? Tout le récit est parfaitement cohérent et la présence des soldats vraisemblable. La seule difficulté est le silence des synoptiques : il s'explique cependant assez bien si, en réalité, les. soldats n’ont pas pris part directement à l'arrestation. Il est vrai que Jo. leur y donne uu rôle (12), mais ils sont simplement en tête de la phrase à la place

d'honneur, comme au v. 3, et ils ne paraissent plus. Il est plus critique de reconnaître ici une manière de raconter peu préeise que de peser sur les termes et de les forcer pour conclure à une invraisemblance. Il est bien évident par exemple que ce n’est pas Judas maïs le tribun qui avait le commandement de la cohorte; Judas marche en tête comme fait un guide en pareil cas : le style est plutôt pittoresque que protocolaire. De même pour la oxtipa. Officiellement c'était un manipule, c’est-à-dire un tiers de cohorte (Polybe, x, 23, 1), donc

__200-hommes et non pas 600 (Loisy). Mais Jo. ne prétend pas employer un mot technique, puisque ce n’est pas même le cas de Josèphe qui met un téyue dans lAntonia (Bell. V, v, 8); il est même probable qu'il n'entend pas toute la troupe . qui gardait le Temple. Un écrivain plus soucieux des choses de l'administration eût écrit : avéôn géo t@ puudpyw ts onslons… de PEnvric RapalaGGy ctoatuitas 2. 7. À. (Act. xx1, 31 s.). — Aussi bien Jo. n'omet pas les ürnpéres, ou serviteurs-

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Pharisiens y vient avec des lanternes, des torches et des armes. Jésus done, sachant tout ce qui allait lui arriver, sortit et leur dit : < £ « Qui cherchez-vous? » ‘Ils lui répondirent : « Jésus de Nazareth. » Al leur dit : « C'est moi. » Or Judas, qui le trahissait se tenait aussi avec eux. 6 Lors donc que [Jésus] leur eut dit : C'est moi, ils ; reculèrent et tombèrent par terre. 7IL leur demanda donc de nouveau : « Qui cherchez-vous? » Ils dirent : « Jésus de Nazareth Dane

fonctionnaires envoyés par les grands prêtres, c’est-à-dire la police du Temple que les synoptiques ont caractérisée plus vaguement comme une foule. Les Pharisiens sont nommés aussi (cf. vu, 32. 45) comme ennemis de Jésus, et comme représentant les scribes (Mc. xiv, 43) dans le Sanhédrin : les npes6dTepor ne sont jamais nommés dans Jo.

4) Jésus prend ici l'initiative : il sait ce qui doit arriver, mais il est résolu à faire la volonté de son Père (xiv, 30 s.). Il sortit donc du jardin, et prit la parole. D'ailleurs, dans les synoptiques, au moment de l’action, Jésus ne se montre pas moins ferme : &ywpev (Mc. M.). PR.

5) Ceux qui répondent sont naturellement les quelques officiers de police qui ont la responsabilité de l’exécution. Même s'ils connaissaient Jésus et le reconnaissaient ils pouvaient répondre en lançant son nom. La réponse signifierait: c’est bien moil Mais peut-élre, soupconnant qu'il se cachait, ne l’ont-ils pas reconnu dans celui qui venait si hardiment à leur rencontre. Sur la forme New païos, cf. Comm. Mt. p. ST SS. C’est la seule forme dans Jo. xvur 73; xx, 19. —

La présence de Judas avait été certes assez indiquée au v. 3. Et s’il paraît ici comme pour la première fois avec son épithète de traître au présent, c'est comme pour rappeler sans le dire qu'il a livré son Maïtre par un baiser. Il a fait son geste odieux avant que Jésus ait dit éyu etur. É 6) Jo. a voulu relater un miracle, cela est reconnu de tous. Mais iln'yapas

lieu de l'exagérer. Ceux qui ont pris la parole ne pouvaient être très nombreux, et ce sont les mêmes, ceux qui ont entendu la réponse, qui sont tombés par | terre. Ce n’est pas une raison pour voir dans èyw elux un autre sens que : « C'est | moi ». Mais en disant ces mots Jésus a mis dans son accent et dans son

regard quelque chose de la puissance divine qui résidait en lui. C’est un indice assuré, le seul, que tout ce qu'il souffrira il le supportera volontairement, sans être vaincu par le prince de ce monde (xiv, 30 s.). Pour celte conscience de son pouvoir, cf. Mt. xxvr, 53. — On à cité Marius (Velleius Paterc. IX, 19,3) et Marc

Antoine (Valére Max. VUE, 9,2), dont l'aspect efraya les meurtriers envoyés

contre eux; l'indication a son importance pour vi, 43 ss. où l’on doit recon-

naître une influence morale; ici le prestige n’est pas raisonné et plus saisissant.

— papal (1x, 6). EE

1) Jo. ne semble pas attacher une très grande importance à celle chute, comme si les premiers rangs, un instant renversés, s'étaient aussitôt relevés sans le moindre mal. Jésus réitère sa question et les mêmes, sans doute tout.

ébahis, lui font la même réponse.

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8) Jésus manifeste sa bonté et sa sollicitude pour les siens; cependant il les nomme « ceux-ci » avec une sorte d’indifférence affectée : les nommer ses disciples eût été les compromettre. Les tirer d'affaire, c'est tout ce que Jésus a à cœur, comme le prouve le v. suivant. C'est prêter trop d'esprit à Jo. que de lui attribuer l'intention de justifier les apôtres (Bauer), car leur conduite n’en fut que : plus fâcheuse après ce trait de générosité, et le reproche du Maître (xvr, 32) conservait sa valeur. En revanche il n’est pas assez naïf pour s’imaginer cet épisode d’après ce qui se passa plus tard, « en rapport avec certaines circonstances des persécutions contre les chrétiens » (Loisy, p. 456).

9) Certains critiques soulignent que cette citation de xvur, 42 ne prend pas les paroles de Jésus dans leur vrai sens : il parlait de perte morale, ici il préserve d'un danger temporel. Pour maintenir le même sens, Schanz fait remarquer que ce danger pouvait être une occasion de chute morale, comme il arriva pour Pierre. Le plus simple est de dire que Jo. applique une parole de Jésus à un cas qui n’est qu'analogue. N’aurait-il pas mieux barmonisé s’il avait inventé la première parole? Cette parole s'impose à lui : il en retrouve un reflet, même dans un cas qui paraissait différent. Cela paraît être Le sens de Chrys : aruhstav Ôë évraüla (à l'endroit cité) où tairny onol tv toÿ Bayrou, SAN Exslvny tv akbviov. fO Gè ebayyekiorhs xat rt Toÿ mapdvros (même à la circonstance présente) adtd napéhaëe (il a repris et appliqué le même principe); per quamdam extensionem refert ad perditionem corporis (Thom.). Ce procédé jette un certain jour sur l'interprétation du mot de Caïphe (xr, 51).

10) Jo. se rapproche ici des synoptiques. L'auteur du coup d'éclat n'avait pas été nommé par eux, peut-être par prudence, car l'administration romaine goûtait peu ce recours à l'épée. Jo. écrivant plus tard nomme Simon Pierre. D'après les synoptiques il parait tout naturel que chacun ait une épée : mais Jo. le dit expressément de Pierre. De plus il nomme le serviteur du grand prêtre, Malchus, nom plutôt nabatéen que juif, à en juger par les inscriptions et par Josèphe. Le serviteur du grand prêtre (de même syn.) était l'officier de la police du Temple spécialement chargé de l'arrestation, c'est celui qui se met

<enavant. L'oreille est celle de droite, déjà indiquée par Le.; mais Jo. ne dit

pas comme Le. qu'elle ait été guérie. On a l’impression qu'il a voulu donner des précisions nouvelles, sans reprendre tous les détails.

11) Le commencement comme dans Mt., mais noter 6x1 (Ant. NIL x, 7), moins sémitisant que +670, mais qui n'est pas cependant l'expression grecque technique pour le fourreau (xoXe6ç). — On a opposé la résolution de Jésus de

8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c'est moi; si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-ci s’en aller. » °Afin que fût accomplie la parole qu’il avait dite : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. Simon-Pierre donc qui avait une épée la tira et frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Or ce serviteur se nommait Malchos. i! Alors Jésus dit à Pierre : « Remets l'épée au fourreau : le calice que le Père m’a donné, ne le dois-je point boire? »

boire le calice à la prière d'écarter le calice dans les synoptiques, comme si Jo. avait voulu remplacer un souvenir par un autre. — Mais il faut distinguer la prière et le résultat de la prière. Après avoir prié, le Jésus des synoptiques était décidé à boire le calice : c’est cette disposition que rappelle Jo. Sans doute elle contribue mieux à son dessein, mais elle devait naturellement rappeler plutôt que faire oublier la prière.

On se demande vainement pourquoi le coup d'épée de Pierre est « un parfait contresens » en regard du tableau qui précède (Loisy, p. 456). Il est vrai que Jésus a voulu dégager ses disciples. Mais Pierre n'entre pas dans ses vues, pas plus qu’au lavement des pieds. Il a promis (x, 37) de mourir pour son maître. la du moins fait un geste fort compromettant. — Les paroles de Jésus ne forment qu’un tout. Il ne veut pas être défendu par la violence puisqu'il est résigné à boire Île calice. D'ailleurs Jo. ne dit rien qui soit un blâme pour Pierre.

42-27. Le RENIEMENT DE PIERRE (ef. Me. xiv, 53 $. et 66-72; Mt. xxvi, 57 s. et 69-75; LC. XXII, 54-62).

Toute l'interprétation de cette péricope dépend de la question : sommes-nous chez Anne ou chez Caïphe? Et la solution de cette question dépend de la place du v.2#. S'il demeure à sa place, nous sommes chez Anne, et Jo. n’a rien dit de la séance chez Caïphe; si le v. 24 était primitivement après le v. 13, tout le reste se passe chez Caïphe.

Si cette question textuelle devait être tranchée d’après les autorités diplomatiques, il n'y aurait aucun doute : le v. 24 resterait à sa place. En effet, il n'est mis après le v. 13 que par syrsin. et Cyr. d'Alex. (dans son commentaire, car dans son texte il est aux deux endroits, mais il le regarde la seconde fois comme une répétition). Dans le ms. À du lectionnaire syr. il est aux deux endroits. Dans le ms. 225 de Tisch. il est au milieu de 13 après zp@rov. C'est tout, et la question paraît tranchée, car si syrsin. à passé d'abord pour un excellent texte (Mrs. Lewis, Merx) on convient aujourd’hui qu'il a été fortement harmonisé, spécialement dans notre péricope. Comment expliquer que toute la tradition ait fait fausse route? Fu fee ;

On pourrait cependant noter dans le v. 24 lui-même un indice de: son déplacement : c'est un point important qui à passé inaperçu. Il y a au début quatre variantes : dméotetAe où qui est celle des critiques avec BCLXAIPOW, 35,

565 al. abfff

Li CU

Gé 1. obv N 13 69,124 247 330 482 al. decem, r; sah; syrsin. el pes.

et, dans © g vg aur syr-jér.

om. À, la masse, g.

Or, il est clair que oÿv convient parfaitement à la place actuelle du V., outre

qu’il est très fréquent dans Jo. de sorte que personne n'aurait eu l’idée de le à

changer si le v. avait toujours été là. — 5£ au contraire est un vestige assuré

du temps où le v. était après le v. 13 (cf. syrsin!) Mais ce d£ ne convenait plus 4

( road ie

à la place actuelle, et c’est pourquoi il a été remplacé par oëv, ou en latin par

et, ou omis. La leçon dé explique les trois autres précisément dans l'hypothèse d'un déplacement.

Notons encore que oùv qui est certain au v. 28 ne s'explique pas si l’on n'a rien dit de la séance chez Caïphe, surtout après les vv. 23 et 27 qui se passeraient chez Anne. Ce dernier argument est assez fort. :

Venons aux inconvénients intrinsèques de l’ordre actuel : a) par rapport aux

-Synoptiques; b) quant à la cohérence de Jo.

a) Si tous les reniements de Pierre se sont passés chez Anne, Jo. s'est mis

en contradiction avec Mt. qui les place chez Caïphe (Mt. xxvi, 57 ss.) et même avec MC. (xiv, 66) qui les place après l'interrogatoire de Caïphe. Il paraît moins contraire à Le. qui les place avant l'interrogatoire du matin par Caïphe, cependant Lc. aussi semble placer les reniements chez Caïphe, le seul grand prêtre dont il ait parlé.

Il faudrait donc, ou bien 1) admettre deux lieux différents en expliquant comme Icho'dad, la divergence : « parce que presque tous les disciples pri rent la fuite quand le Seigneur fut arrêté, et ce fut la cause de la simplicité de leurs pensées, de sorte qu'ils n'employèrent pas seulement des mots différents, mais aussi des lieux différents, quoique tous aient eu en vue le même objet et le même reniement ». On se contenterait alors d’une concordance sur la substance des faits, sans poursuivre la conciliation quant aux lieux. Ou bien 2) on soutiendrait que Caïphe habitait dans la même maison qu’Anne, ce qui est possible assurément, mais plutôt contraire au v. 24. La {radition de Jérusalem n’a distingué la maison d'Anne de celle de Caïphe qu'au x siècle, mais elle ne dit pas non plus auparavant qu'il n’y eût eu qu’une maison. Simplement elle ne s'occupe pas d'Anne (Jérusalem, par les Pères Vincent et

Abel, t. I, p. 492). L'unité est soutenue du point de vue exégétique par Euthymius (xue s.) sur M. xxvi, 58.

De toute façon il resterait un certain désaccord sur le temps, puisque le premier reniement aurait précédé et non suivi l'interrogatoire chez Caïphe. Il faudrait dire avec Schanz que n'ayant pas païlé de la comparution chez Anne, les synoptiques ont dû situer tous les reniements dans l'ambiance de l'interrogatoire de Caïphe.

b) Mais les critiques seraient bien peu disposés à s'écarter du texte reçu de Jo. pour éviter une contradiction avec les synoptiques, et, en tant que critique,

—0n ne saurai en effet refuser l'hypothèse qu'un auteur aurait eu pour but d'en corriger d'autres. Nous devrions simplement avouer notre embarras à faire une conciliation stricte, d'autant qu’elle demeurerait très difficile même entre

les synoptiques. Seulement on objecte encore contre l'ordre reçu qu'il aboutit à un récit incohérent.

4) Jo. ne donne pas à Anne le titre de grand prêtre, quoiqu'il le nomme dl ux fois. Au contraire il insiste pour bien noter que Caïphe était le grand prêtre de l'année. En contact avec Anne (24), c’est lui qui est simplement le grand prêtre. Lors donc que le grand prêtre, sans plus, figure dans le récit, ce ne peut être que Gaïphe, on est dans le palais de Caïphe, et c'est Caïphe qui interroge. D'autre part, si l'on est chez Anne, 6n est dans son palais et + c'est lui qui interroge. Il ne servirait de rien de dire que les deux apparte-

ments ont une cour commune; c'est parce que son interrogatoire n’aboutit 2 pas qu'Anne renvoie Jésus à Caïphe. Quand on serait dans la même maison, Anne agirait en grand prêtre, ce qui ne peut pas être dans la facon de Jo. -

2) Pierre renie deux fois après que Jésus a été emmené chez Caïphe. Pourquoi reste-t-il en un lieu où il devait se trouver mal à l'aise après son premier reniement? Il était venu pour suivre Jésus! De plus le provocateur au troisième reniement est un parent du serviteur du grand prêtre, qui est Caïphe évidemment. Les choses ne s’expliquent-elles pas mieux si l'on est chez Caïphe? A cette difficulté, Tatien a essayé de répondre en ajoutant au texte que les deux reniements se sont produits au moment où Jésus sortait, et cet arran- : gement est admis par Icho‘dad. Mais il faut encore prêter à Jo. ce qu'il ne dit pas et qui est même contraire à la suite des phrases, ear après cette allusion à ce qui s'était passé chez Anne, Jo. n'eût pu conclure au v. 28 ’Ayouoty cv x. +. À. comme si l’on sortait de chez Caïphe.

Dans ces conditions, il peut paraître nécessaire de placer 24 après 13. Les dif- ficultés, connues depuis longtemps, s'étaient imposées aux nombreux exégètes catholiques qui entendaient au v. 24 dnéozekey comme un plus-que-parfait; | mais cette solution est impossible; elle supposerait chez Jo. une complète inaptitude à s'exprimer clairement : il resterait donc d'adopter le système de saint Cyrille (Füllion, Calmes, Camerlynck, etc.). |

Nous serions en présence d'une modification extrêmement ancienne, voulue ou inconsciente, qui se serait ensuite imposée. Il est difficile de dire pourquoi. Peut-être a-t-on été moins sensible à la contradiction entre le lieu des reniements qu'à l'apparence si différente de l'interrogatoire de Caïphe dans Jo. et dans les synoptiques (cf. Knabenbauer !) On objecte qu’alors Jo. n'avait aucune raison de mentionner l'arrêt chez Anne. C'était un détail qu'il a cru devoir noter. Et c’est justement parce que rien ne s'était passé chez Anne que * la tradition synoptique n'avait rien dit de cet arrêt insignifiant.

Telles sont les raisons qu’on peut faire valoir pour le déplacement du v. 24, qui réduit l'importance de la présence de Jésus chez Anne. Elles nous ont longtemps paru décisives : elles le seraient si l'auteur du récit avait pour Habitude de raconter avec méthode et précision. Avec Jo. on hésite, parce qu'il a peut-être compté sur la bonne volonté de son lecteur pour démêler la confusion qui paraît naître du titre de grand prêtre lequel tantôt est le propre de Caïphe, tantôt désignerait Anne. C’est la principale difficulté : plusieurs autres peuvent être résolues par l'hypothèse du même palais, ou rentrer dans

la difficulté générale de fixer en détail tous les points du reniement. Or il est incontestable que Jo. a pu donner à Anne le titre de grand prêtre sans s'écarter des usages du temps... C'était au lecteur à discerner entre Anne et Caïphe, et à ne pas mettre Caïphe en scène dans la maison d'Anne (comme

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