LXVIII INTRODUCTION
si l'historien le détermine avec certitude, il a rempli sa tâche. Toute
visée d'un intérêt pratique serait donc exclue. C'est bien en effet ce que proclame Taine au début de ses études sur les Origines de la France contemporaine. Pas d'arrière-pensée quand on écrit l'histoire, pas de parti pris. Il suffit de décrire avec exactitude : « J'ose déclarer ici que je n’ai point d'autre but; on permettra à un historien d'agir en naturaliste », d'étudier les actes des hommes comme les métamorphoses d'un insecte. Telle est sa prétention, et cependant il a commencé ces études parce qu'il était électeur et ne savait que faire de son bulletin de vote : « Plus nous saurons précisément ce que nous sommes, plus nous démêlerons sûrement ce qui nous convient (1). » |
Voilà donc l'histoire évoquée comme règle de vie politique. Elle peut avoir la même portée pour la vie religieuse.
Et en effet la réalité historique par elle-même, ce qui est arrivé, n’est pas d'un grand intérêt pour l’homme s’il n'en tire une leçon. L'histoire perfectionnée à la moderne reviendrait donc aux infirmités de son berceau : une chronique où les faits sont enregistrés chaque jour sans que l'on se rende compte de leurs rapports entre eux et avec les sociétés où ils se produisent, ni de leur retentissement dans l'avenir. Nous préférons l'idéal hardi de Thucydide qui entreprenait son histoire comme
. une œuvre utile à jamais (2).
La véritable histoire comprend deux éléments : les faits et leur signification. De ce double chef, Jean réalise les conditions de l'histoire.
Il est vrai, certains esprits n’attachent pas grande importance aux faits. Il peut leur arriver de s’en servir sans avoir cure de leur réalité, comme de simples signes pour faire pénétrer une vérité dans l'esprit. Dans ce cas on devra dire mythe, fable, allégorie, mais non pas histoire; alors l’apparence des faits n'aura d'autre objet que de fournir des images au raisonnement, de l’assister par des comparaisons plus ou moins implicites ou exprimées. La réalité du fait est indifférente; mais aussi ne s’y appuie-t-on pas.
Tout autre est le raisonnement qui a pour base une réalité. Pourtant, avouons-le, autre chose est de conclure à l'existence de Dieu d'après la réalité des créatures, autre chose de comprendre leur beauté ou simple-
ment leur agrément. Il y a sûrement des écrivains qui ne goûtent pas le charme de certains faits, qui ne savent même pas les voir. Ils ne sont . pas pour cela indifférents à leur existence, dont ils s’assurent conscien-
cieusement,; ils sont indifférents à leur physionomie. Nous avons cru pouvoir le noter à propos de saint Matthieu : les faits ne sont souvent pour lui que la base ou même le point de départ d'une argumentation.
(4) P. vu et p. 1v.
(2) «ru sic &el.
PLET Cie, 12