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CRITIQUE LITTÉRAIRE. LXIX

Ouil n’a pas eu l'œil ouvert à ce qui donne à un fait son caractère propre, ou il a pensé que cela ne méritait pas d’être noté. Il ne contient donc pas les détails pittoresques qui rendent les récits de Marc plus semblables à la nature. Mais ce ne serait plus de l'indifférence, ce serait une manipulation dépourvue de sincérité que d’altérer la physionomie d’un fait pour le transformer en image d’une vérité religieuse ou morale, sans cesser de faire état de sa réalité pour prouver cette vérité elle-même.

C'est cependant ce que l’on reproche à Jean qui a tant insisté sur le pouvoir miraculeux du Christ. Il faut des miracles pour prouver ce pouvoir. Si l’on veut montrer en même temps, et d'une façon spéciale, qu'il est la vie et la résurrection, un miracle de résurrection sera à la fois une preuve et un symbole. Mais il ne peut être un symbole efficace s’il est dépourvu de réalité. IL serait assurément moins grave, en racontant le miracle des Noces de Cana, de choisir arbitrairement le nombre des urnes pour aboutir à une signification; mais on ne supposera pas aisément que le narrateur d’un fait réel se soit amusé à cet enjolivement qui n’en augmente pas la portée et n’en change pas le sens principal.

Réalité ou physionomie des faits sont deux choses bien distinctes. L'histoire aura une base solide tant que l’auteur tiendra à la réalité. C’est un minimum. Un sens historique plus agissant s’intéressera davantage aux modalités et aux circonstances, surtout au temps et au lieu; il sera plus soucieux d'indiquer l'ordre des événements afin d'en déduire

à l’occasion un certain rapport de causalité. Ce sens historique peut céder la place à un goût dominant pour la doctrine : alors les pauvres faits ne seront pas aimés pour eux-mêmes, et seront enchaînés dans une composition logique, au risque de léser leur organisme et d'arrêter leur développement. Mais la réalité est encore bien plus maltraitée par des écrivains qui, eux, savent voir et faire vivre même ce qui n'a jamais existé. Ce n’est donc ni au détail vivant, ni au contraire au mépris apparent des modalités concrètes qu’on peut déterminer si les faits sont historiques.

On verra plus loin que nous sommes excusé par l'état de la controverse d'être revenu sur ces principes élémentaires. Si nous les appli-

quons à l'examen du quatrième évangile, nous y reconnaîtrons une intention -historique très ferme, et cependant unie, beaucoup plus qu'il n’est coutume dans un ouvrage d'histoire pure, à une intention doctrinale qui anime tout : c'est un évangile doctrinal.

On peut s’en rendre compte : 1) d’après le but de l'auteur; Il) d'après

son plan.

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