I. — Le but de l'auteur
{ Nous n'avons pas à le conjecturer : il est écrit à la fin du livre (xx, 30. 31) (4). Jésus a fait beaucoup de miracles ou de signes, soit en présence de ses disciples, soit en présence des Juifs (xn, 37). L'auteur en a choisi quelques-uns qu’il a racontés afin que l’on croie que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu (2), et que par cette foi on ait la vie. Il était impossible de mieux marquer le caractère doctrinal et très pratique de cette histoire. Mais c’est bien une histoire dans la pensée de l’auteur témoin, puisque sa foi à lui est née à la vue des miracles, et qu'il propose son témoignage aux autres qui devront croire sans avoir vu. S'il ne parle ici que des miracles, alors que les discours tiennent une si grande place, €’est précisément parce que ces miracles sont à la base de tout et autorisent le Christ à parler au nom de son Père {xiv, 10 s.)..
Les paroles du Christ s'imposent à la foi des chrétiens. En les rapportant l'auteur s'engage à ne pas les altérer. Miracles et discours sont des faits, altestés par un témoignage, c'est-à-dire constituent une histoire, celle du Verbe Incarné.
Il est vrai que, même parmi les catholiques, on n’est pas d'accord pour déterminer le véritable thème de Jean, quoiqu'il ait pris soin de s’en ouvrir au lecteur. Il a, disions-nous, voulu prouver (xx, 31) que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu ». On n'ose lui donner un démenti. Mais les uns mettent tout l’accent sur le messianisme (3), les autres sur la divinité du Fils de Dieu (4). Si Jean n'avait eu en vue que la divinité, iL serait plus aisé de l’accuser d’avoir altéré le thème traditionnel. Mais. s'il n'avait insisté que sur le messianisme, il n’aurait rien fait de nowveau. La vérité est qu'il tient absolument à prouver que Jésus est bien le Messie, et c'était le thème juif du temps, mais, en même temps, qu'il n'y avait dans les desseins de Dieu d’autre Messie que son Fils envoyé à l'humanité (5). Il n’est pas dit expressément que les Juifs auraient offert de l’accepter comme Messie, s’il avait renoncé à être reconnu comme le Fils de Dieu, mais ce qui ressort de toutes les discussions.et des faits,
comme on le verra plus loin (6), c’est qu'ils l'ont condamné pour sa prétention.
(1) Nous pensons que la vraie place de ces deux versets était après xxI, 23; voir aux deux endroits:
(2) Ou, d'après une variante peu sûre : « que Jésus (Christ) est le Fils de Dieu ».
(3). À Wunw, Die: Irrlehmer im ersten: Johannesbrief,. dans. les Biblisclie Studien, 1903, p. 34 : Das erste Ziel, das Johannes in seinem Evangelium verfolgt, ist der Erweis: der Messianität Jesu gegen die Leugner derselben.
(4) Kaulen, Schäfer, etc.
(5) Schanz, etc.
{6) Chap. 1v, p. czur et Comm.
ns
CRITIQUE LITTÉRAIRE. EXXI
Le but de l’auteur est donc indiqué clairement. Il entend donner une base solide à la foi; il s’adresse: à des chrétiens, sans exclure ceux qui ne croient pas encore, Or ce but positif d'édification n'exclut pas en. soi une intention de polémique. Jean avait-il pour but secondaire de combattre une erreur envahissante? Rien dans l’évangile ne permet de l’afñirmer. Ou, s’il fallait absolument lui supposer des adversaires, on ne pourrait désigner que les Juifs, tant il est vrai que la controverse est absolument dans la note du temps, du lieu et des circonstances. Car c’est contre les Juifs qu'elle établit que Jésus est le Messie, Fils de Dieu. La preuve de la divinité, si elle était isolée, pourrait être dirigée contre ceux qu'on a nommés ébionites, des Juifs qui tenaient Jésus pour le Messie, mais sans croire à sa divinité ni à. sa conception miraculeuse. Mais nous avons vu que Jean:se préoccupe enmême temps d'établir la créance due:à Jésus comme Messie ou envoyé de Dieu, et comme Fils de Dieu.
On a pourtant pensé que Jean avait voulu répondre, non à de purs judéo-chrétiens,. mais à un nouvel assaut du judaïsme, tenté dans des circonstances à déterminer. L'évangile étant muet sur ces circonstances, on: a cherché dans la première épître de Jean. Il y. est parlé de certaines erreurs, contre: lesquelles: l’auteur prémunit les fidèles, et dans des termes qui rappellent certaines expressions de l'évangile. Il est donc très légitime de penser que l’évangile devait, du moins en partie, contribuer à les combattre. Et ainsi la connaissance de ces erreurs serait d’ungrand intérêt pour saisir plus complètement la pensée de l’évangéliste lui-même.
Seulement on n'est pas d'accord sur la nature des erreurs dénoncées par l’épitre, et, au premier abord, elles ne semblent pas former un. système:cohérent.
Est menteur celui qui nie que Jésus est le Christ ([ Jo. 11, 22) ë dpvouguevos 6rt ’InooÙc ox oruw 6 Xpuorôç, et cela semble indiquer un Juif. Inversement il est de Dieu celui qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair{I Jo: 1v, 2): nüv nvedua à éuoloyet ‘Insoëv Xptorbv êv, axpxt éAnlufora êx #0ÿ eo5. éaru (A), et cela semble dirigé contre ceux qui n'admettaient pas la réalité de la chair du Christ, ceux qu'a réfutés saint Ignace.
On juge invraisemblable que Jean ait eu en vue deux systèmes erronés distincts. Il est des savants qui ont ramené la seconde formule à la première, comme si elle équivalait à nier absolument que le Fils de Dieu ait apparu (dans la chair) (2).
De cette façon, l’épitre. estramenée dans le cadre de l'évangile, censé
(1) Cf, IX Jo. 7 : mAdvos.. of un émoloyoüvrec ’Inooy XKororèv épyémevoy ëv oœpxi, qui probablement est. moins. une allusion à la parousie (malgré éoxéuevoy pour é\nvôdze) qu’à l’incarnation.. -
(2) A. Wurw, Die Irrlehrer im ersten Johannesbrief, p. 84.