LXXVI INTRODUCTION
ne suffisent pas à réaliser le concept chronologique de l'histoire. Dans un récit comme celui de Thucydide, l'hiver et l'été, les semailles et la moisson fixent les phases d'événements suivis, tandis qu'ici les fêtes ne sont guère que les occasions où ont été prononcés des discours. Mais c'est un élément de durée qui fait défaut aux synoptiques.
En tout cas le cadre de Jo. est bien celui d’un évangile, tel qu'il était déjà tracé par la tradition la plus ancienne : le ministère de Jésus fait suite à sa rencontre avec le Baptiste; il se déroule en Galilée et à Jérusalem; il se termine par la Passion et la Résurrection. Ce cadre n’a pas été étendu comme dans Mt. et dans Le. jusqu'aux circonstances de la nativité de Jésus et de son enfance : le Prologue remplace ces récits en montrant au sein de Dieu le Verbe qui va s'unir à la chair : la pensée doctrinale l'emporte donc au début sur l'instinct historique. Mais Jean ne pouvait-il pas s’en reposer sur Mt. et sur Le. pour satisfaire la curiosité des fidèles relativement à l'enfance de Jésus?
Dès le début ses rapports avec les synoptiques sont l'énigme dont le secret pénétré peut seul résoudre cette autre énigme de sa façon d'envisager l’évangile.
& 2. — Caractère littéraire de l'évangile de Jean comparé aux évangiles synoptiques.
Si l’on compare le quatrième évangile aux trois premiers pour le choix des éléments, la première impression, fâcheuse pour un livre d'histoire, est celle du vide, qu’on dirait ensuite comblé par l'ampleur et la portée des faits et des discours. Cela peut se traduire : moins d'histoires et plus de doctrine. Nous venons de noter qu'il n'y a même pas de cadre pour les récits de l'enfance : le dogme de l'Incarnation remplace le récit de la Nativité. Nous ne savons pas d’abord où Jésus est né, ni où il a grandi, le nom de Nazareth, son lieu d'origine, est prononcé par hasard (1, 45. 46) ou du moins sans affectation. Marie, . sa mère, n'est pas nommée, Joseph passe pour son père (1, 46; vi, 42), et Jo. ne prend pas la peine de rectifier l'opinion générale. Ce seraient là de graves lacunes si l’auteur avait eu la prétention d'écrire une biographie. L'entrée de Jean dans son ministère public est datée dans Le. par un synchronisme : Jo. ne dit même pas comment Jésus fut baptisé.
Il a pris soin pourtant d'allonger expressément le temps du ministère au delà de ce qu'on eût pu déduire des synoptiques; mais ce n’est certes pas pour y loger plus de faits. A-t-il réservé les détails pour le thaumaturge? Il raconte très peu de miracles — sept en tout — sans aucune expulsion de démons, sans aucun tableau (1) de guérisons nombreuses.
(1) Il y a cependant des allusions dans 11, 23; IV, 45; vi, 2; vu, 3. Jo. tabde sur des faits qu'il ne juge pas à propos de répéter.