‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 37 sur 326 · CRITIQUE LITTÉRAIRE. LXXVII · texte numérisé non relu

CRITIQUE LITTÉRAIRE. LXXVII

Lce.ne dit pas qu’il ait écrit tout ce qu'il savait, mais on serait disposé à le croire. Jean note au contraire (xx, 30 s.) qu'il à fait un choix, et ce choix est évidemment très restreint, même dans l’ordre doctrinal, . car il passe sous silence l'institution de l'Eucharistie, qui tient tant de place dans sa pensée (vi), la Transfiguration qui paraissait si conforme | à son dessein, ne fût-ce que par le témoignage du Père.

Nous sommes donc toujours en présence de la même alternative : Jean veut être et ne veut pas être historien. Il choisit des faits peu nombreux, mais il insiste sur la solidité de son témoignage, ce qui est d'un historien consciencieux.

Et cependant, il en laisse de côté en si grand nombre, qu’on le dirait très peu soucieux de faire connaitre la vie de son héros. Cela est même poussé à un tel point qu'on ne peut lui prêter le dessein d’avoir dit le nécessaire pour en tracer le cours; et comme certains faits, tus délibérément, avaient éminemment le caractère doctrinal et en même temps lui tenaient à cœur, nous devons conclure qu'il supposait à son public la connaissance des faits telle qu’elle résultait des évangiles synoptiques. Cette induction, très nette et conforme à la tradition, est confirmée par ceci, que bien des points demeureraient obscurs (1), que certains personnages seraient mal présentés, si les lecteurs n'étaient censés au courant. Ils pouvaient l'être par la tradition générale : quel chrétien ignorait le nom de Marie, mère de Jésus? Mais un ouvrage, écrit dans un certain genre, doit inévitablement tenir compte des ouvrages antérieurs appartenant au même genre: Le choix des éléments dans Jo. s'explique par son but propre; mais qu'il en ait retenu si peu, cela s'explique au mieux parce qu'il était dispensé d'une partie de sa tâche, déjà remplie par ses prédécesseurs.

Ce qui n'est pas une conjecture, c’est que Jean prétend traiter la tradition avec la même fidélité que les synoptiques, et cela se reconnaît précisément dans les passages où il se rencontre avec eux. Nous n'insistons pas sur une dépendance littéraire dont la preuve n’est guère possible (2). Gi nous admettons que Le.a suivi Mc. c'est parce qu'il suit le même ordre et n’ajoute aucun trait aux passages dont il retient tout l'essentiel. On ne peut en dire autant de Jean, comme nous l’allons voir, encore que sés rapports avec Le. paraissent plus faciles à établir. Nous renonçons donc à prouver qu'en écrivant il ait eu les synoptiques sous les yeux : Ce n'était point sa manière. Mais quand il se rencontre avec eux il a quelque chose de leur procédé didactique. La meilleure preuve qu'il les à connus, c’est qu'ilse rencontre avec eux Sur quelques-unes de leurs péricopes, connues à cette époque de toutes les communautés chrétiennes. Il les a

(1) Voir sur 1, 43; 19, 445 V, 16; V1 15, etc. (2) Voir cependant sur XIf 3 et xvinr, 40.

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cependant écrites à nouveau. Le choix qu'il en a fait, les détails qu'il : Ë ajoutés peuvent nous éclairer sur ses intentions ‘comme historien où comme symboliste. Les critiques ont làrune occasion de contrôle qui fait défaut lorsqu'il est seul. L'addition de «détails ‘symboliques donnerait à penser qu'ilien a créé de semblables dans ses propres récits : une préoccupation plus attentive des circonstances réelles indique au contraire un i historien ‘avisé et un observateur en éveil. En ce moment, nous ne 4 demandons pas encore qui s'est le plus approché de la réalité, mais + simplement quel est le genre littéraire choisi par l'auteur : mamifeste- 4 t-il le dessein de se servir de l'histoire comme d'un symbole ou de R serrer de plus près ? :

Quoique Jo. commente ainsi que les synoptiques par la prédication de Jean-Baptiste, il n’y a pas sur ce sujet de péricope commune. On notera cependant le caractère officiel de l'enquête menée par la hiérarchie (1,49- 28).

aus chassés (n, 13-463 cf. Me. x1, 45-47; Mt. xx, 42-13; Lic. xx, 45-46). L'épisode n’est pas placé au même moment. Le. est le plussec; | Mc. a le détail d'à côté sur les charges portées dans le Temple. Le tableau de Jo. est le plus animé, avec le fouet de cordes, les bœufs et

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Re k les brebis; ‘aucun détail n'accuse plus de symbolisme, c'est au récit + terminé que se rattache le symbolisme de la destruction du temple se que Me. {xiv, 58) et Mt. (xxvr. 61) connaissent aussi.

FSS IL. Multiphication des pains (vi, 4-13; cf. Me. vi, 32-44; Mt. xIv, 43- Pa 24; Le. 1x, 410°-17). Jo.n’a pas le début pittoresque .de Mce., mais ila la

note du temps par la Pâque prochaine, et du lieu, par à montagne : Philippe et André sont nommés; certains détails pittoresques manquent, mais il y a un corollaire historique important, le mouvement messianique (vr, 14-15). # |

UT. La marche sur les eaux (vr, 16-21; cf. Me. wr, 45-32: Mt. xIV, 22-33). Jo. qui n'a pas parlé de l'heure avancée du repas distingue ici l'heure tardive et les ténèbres. La ‘direction de Capharnaüm ne crée pas Les dif-

ÊrTE ficultés du Bethsaïda de Mc. L'endroit de l'apparition est précisé à 25 ou es 30 stades. Jésus fait le miracle parce qu'il avait dû se dérober à l'ennn thousiasme de la foule et rester seul.

TV. Onction de Béthanie (xn, 1:8; cf. Me. xrv, 3-9; Mt. xxvi, 6-13). Jo. donne une date précise, ne parle pas de Simon le Lépreux, mais + nomme Lazare, Marthe et l'héroïne, Marie leur sœur. Judas est nommé et Re qualifié; le parfum qui se répand dans ‘toute la maison est un détail =. pittoresque; on le jugerait ainsi dans Me: il n'y a pas lieu d'y voir du PR - symbolisme dans Jo.

LS V. L'entrée à Jérusalem (x, 42-19; cf. Me. xt, 4-11: Mt. xx, 1-11; ES Le. x1x, 28-44). Ce n'est guère qu'un résumé, qui s'en tient à la substance = du fait. Mais ce fait est rattaché à l’une de ses causes, selon la manière

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