‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 40 sur 326 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

Juifs x, 37-43. Nicodème est le type de ceux qui d’abord ne prennent pas parti.

Ayant si nettement cet objet en vue, l’auteur ne s’est pas contenté de notations sèches. Déjà dans les passages cités on voit les impressions différentes se traduire par des dialogues animés dans la foule (vit, 40-44) ou même parmi les Pharisiens (vrr, 45-52). C’est en effet par le dialogue que se manifeste extérieurement le don particulier de Jo. Assurément il y a des dialogues dans les synoptiques, et des plus propres à révéler le fond d’une âme, comme celui de Jésus avec Simon à propos de la pécheresse (Le. vir, 41 ss.), ou avec le père du jeune épileptique (Mc. 1x, 17. 22. 24), mais ils font corps avec l'épisode, et sont réduits à ce qui est nécessaire pour qu’une question soit posée et résolue. Dans Jo. ils tiennent une place beaucoup plus considérable dans les récits et ils interrompent souvent les discours. À ce premier indice de drame, M. Windisch en joint un autre par la tentative de diviser les longs récits en scènes. Il est certain que cela réussit assez bien pour l’aveugle né, la Samaritaine, la résurrection de Lazare, où l’on peut distinguer des dialogues correspondant à des situations différentes. Mais Windisch est obligé de supposer aussi des scènes muettes. Ne pourrait-on pas répartir en scènes semblables la parabole de l'enfant prodigue de Le. ou la guérison de l’enfant épileptique dans Mc? Poussons l'analyse plus loin. Ce qui caractérise le drame, c’est l’exposition d’une situation grosse d’un événement pressenti, la péripétie qui amène la solution, et le dénouement lui-même. On trouve la péripétie dans l'enfant épileptique, et c'est la crise qui survient, mais elle n’a aucun effet sur la décision de Jésus, ni sur les sentiments du père. Dans l'enfant prodigue il y a trois péripéties : la conversion, l'accueil du père, la bouderie de l'aîné. Dans Jo. les drames sont beaucoup mieux conduits, à la condition qu'on les trouve à leur vraie place, dans le cœur des acteurs. C’est ainsi que pour l’aveugle né la question n’est pas : Jésus fera-1-il le miracle ? Il le fait sans se faire prier, comme une chose naturelle : mais les Pharisiens comprendront-ils, au moins sous le coup d’éperon que leur donne le miraculé? Le dénouement est lamentable. Dans la Samaritaine, la péripétie, c'est la révélation des plaies du cœur; elle aboutit à la foi. Dans la résurrection de Lazare, le miracle est tellement inoui qu'on se demande si Jésus consentira à le faire. Il pleure, et la mort est vaincue, mais les Juifs n’en sont que plus haineux. Le drame par excellence, celui de tout l'évangile, c’est l’infidélité des Juifs obligeant Pilate à condamner leur Messie : s’obstineront-ils quand il le leur montrera flagellé et couronné d'épines? Voilà l’homme! Ils crient plus fort et le dénouement se précipite. Après la résurrection, quand Jésus se fait connaître de Magdeleine, l'intensité de son amour la met hors d'elle-même, incapable de rien voir. Deux mots, comme deux éclairs : Marie, — bon Maitre, et la

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