‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 43 sur 326 · LXXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVIII INTRODUCTION

positives, mais fragmentaires, les complète en vertu d’une sorte de logique intime que sa connaissance des personnes et des choses lui permet de ressaisir et de suivre » (1).

On ne peut même pas les comparer à ces discours soignés, censés prononcés dans des circonstances solennelles, où un personnage justifie son attitude morale ou politique, comme l'apologie de Socrate. Il suffit d'avoir une notion même élémentaire de la rhétorique athénienne pour sentir combien les discours de Jean en sont éloignés. Ils n’ont d’analogie que dans la prédication des prophètes d'Israël, surtout dans celle de Jérémie, si souvent contredit, menacé, frappé, mis en prison, et enfin victime de son zèle pour les intérêts religieux et temporels de son peuple. Tout à fait comme Jésus dans le quatrième évangile, Jérémie rencontre une opposition haïneuse qui lui donne aussitôt le démenti. D'autres au contraire lui sont plus favorables. Les uns disent : « Tu mourras. » Les autres : « Cet homme ne mérite pas la mort. » Tout ce que nous savons de la vie de Jérémie n’est guère que l'accueil qu'ont reçu ses paroles, prononcées de la part de Dieu : sa biographie se déduit de son ministère prophétique. Si la part de la biographie est plus grande dans Jo., on dira à plus forte raison que les discours y ont un Caractère biographique. Ils intéressent même plus la personne du héros, car, si l’on a discuté la mission de Jérémie, on discute la personnalité même de Jésus. Et, plus encore que dans Jérémie, les discours de Jésus sont des allocutions de circonstances, qui tournent bien davantage au dialogue par suite de l'intervention des auditeurs. À juger de leur caractère réel d'après leur éloignement de tout artifice littéraire, leur véracité est portée au plus haut point, puisque nous n’y trouvons aucun indice d’une composition méditée, d’une partition conforme aux règles de l’art, d’un développement régulier. Renan n’a rien vu d’artistique dans les discours; il les juge « souvent fades », ce sont « des tirades prétentieuses, lourdes, mal écrites (2) ». Ce jugement est parfaitement injuste : il montre du moins combien nous sommes loin d'une œuvre combinée à loisir. :

La métaphysique n'y fait pas défaut, si l’on entend par là une vue sur le mystère de la vie divine, mais elle ne s’y développe pas méthodiquement, pas même selon la manière hachée menu de la dialectique socratique; elle découle tout entière de la personnalité de Jésus, disposé certes à instruire ses auditeurs, mais obligé le plus souvent à se défendre contre leurs attaques. Si bien qu'on ne peut guère proprement parler de”« discours » publics de Jésus dans le quatrième évangile, beaucoup moins que dans le premier, où le Sermon sur la montagne a bien

(4) A. Croïset, Z. Z, p. 141.

(2) Vie de Jésus, p. 559.

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