CRITIQUE LITTÉRAIRE. XCI
symbolisme, beaucoup trop de symbolisme. Mais précisément parce qu’il y en a, et que l'auteur le laisse entrevoir, il n’est pas un inconscient incapable de distinguer les faits et le symbolisme. D'une pareille inconscience il ne pouvait rien sortir de suivi. Les apocalyptiques, eux, racontaient les faits en forme de symboles. Ils les voilaient. Jean les à racontés comme on raconte tous les faits, sauf à se servir de quelquesuns pour suggérer une leçon doctrinale, car il savait parfaitement s’en servir comme de symboles. Si donc il eût évoqué du non-étre certains faits appelés à figurer dans l’évangile comme représentant par ‘analogie une action spirituelle de Jésus, il l'eût fait très délibérément. C’est ce qu’il n’a pas voulu; et prévoyant sans doute le reproche d'illusion ou de mauvaise foi, il a insisté sur son caractère de témoin oculaire.
On reconnaît que Jean n’est pas un pur allégoriste volontaire : luimême protesite qu'il n’est pas un allégoriste inconscient. Son genre littéraire — c'est tout ce que ‘nous cherchons en ce moment — n'est pas celui des allégoristes; il refuse l'honneur compromettant d'un genre à part qui relèverait de la pathologie plus que du génie qu’on veut bien lui accorder.
Est-ce à dire que les faits, parfaitement réels d'après son intention, n’ont point em même femps une portée symbolique qu'il a laissée cependant dans une certaine ombre?
M. Lepin semble rejeter impitoyablement non seulement l'hypothèse de symboles fictifs, ce qui est très juste, mais aussi le caractère symbolique de faits comme le miracle des noces de Cana, la résurrection de Lazare, etc., alors que les Pères n’ont pas hésité à relever le symbolisme de tous les faits principaux.
Ce n’est pas que cet excellent critique ait méconnu la manière très heureuse dont Jo. se sert des symboles. Il en à donné des exemples très clairs (1); et montré qu'ils se rencontrent aussi dans les synoptiques, comme la moisson et les moissonneurs (2), les brebis et le berger (3), la lumière (4), etc.
Mais on peut se demander si le quatrième évangile ne va pas plus Join que les autres dans cette voie.
Qu'est-ce en effet qu'un symbole? Littré le définit : « Figure où image employée comme signe d’une chose ». Il semble que ce serait tout aussi bien : « chose ou fait employé comme signe d'une idée ». On dit en effet que la colombe est le symbole de l’innocence, la morsure du serpent réchaufté le symbole de l'ingratitude. C'est sur ce sens que
(1) La valeur... I, p. 122 5$.
(2) Jo. 1v, 35 et Mt., 1x, 37 s.; LC. x. 2.
(3) Jo. x, 1 8S.; XXL, 15 ss. et Mt. xv, 24; x, 6. (4) Jo. passim, et Mi. v, 14,