‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 47 sur 326 · XCIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XCIV INTRODUCTION

concerne les discours : son tempérament est celui d’un disciple qui a beaucoup aimé. |

I. Simplicité : aucune prétention littéraire et même une certaine candeur. C’est le point le plus important, et cette proposition ne saurait être qu'une conclusion de tout le commentaire. Nous voulons seulement relever ici certains traits qui montrent combien peu Jean se soucie de raconter avec art. Il était sûrement incapable d’ordonner un récit à la manière de Lysias, si limpide en apparence qu'on croit avoir assisté aux faits, si bien calculé que l'argumentation est presque inutile, tant le rôle des acteurs, leur culpabilité ou leur innocence, ressort des choses telles qu’elles ont été dites. Mais, sans viser à un art si parfait, Jean, s’il avait attaché de l'importance à la composition, aurait préparé ses récits en indiquant tout d’abord le lieu et les acteurs. C’est ce qu’il fait quelquefois, par exemple pour le miracle de l’infirme à la piscine de Bezatha (v, 1 ss.); mais très souvent nous n’apprenons qu'après coup ce qu'un narrateur plus soigneux aurait mis en tête.

Exemples, dont il suffira ici de dresser une liste qui ne vise pas à étre complète, comme d’ailleurs aucune des catégories suivantes :

1, 28, cela se passait à Béthanie.

1, 44, André et Pierre étaient donc de Bethsaïda ?

1v, 8, les disciples étaient donc absents? Le syrsin. a restitué un ordre

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plus normal. s

vi, 17, incise renvoyée.

vi, 59, cela se passait en synagogue, à Capharnaüm.

xt, 4 ss., arrangement bizarre : cette fois l’onction est dite d'avance!

XI, 5, phrase renvoyée.

x1, 17, ce qui est dit de Lazare est prématuré, et reviendra x1, 39.

xvut, 12, le Chiliarque est enfin nommé!

xIx, 14, date précise, supposée dans xvinxr, 98.

xIX, 23, les soldats, dont l’action commence sûrement à XIX, 16».

xx, 26, le disciple n'avait pas été nommé avec les femmes.

xXx1, 8, « car ils n'étaient pas loin de la terre », serait bien mieux placé au moment où Pierre se jette à l’eau : restitution opérée par syrsin.

Ge qui marque le mieux et la préoccupation de Jean d'être exact et son peu de souci de le paraître tout d’abord, ce sont les cas où il atténue ou corrige lui-même ce qu’il avait dit précédemment.

11, 22, il est dit que Jésus baptisait ; 1v, 1 explique que c’étaient ses disciples.

it, 32 s., une proposition trop générale est aussitôt tempérée.

vit, 15 s. de même.

XII, 37 et 42 de même.

Quelquefois Jean ne prend pas la peine de mettre les choses au point, de sorte qu’on serait tenté de croire qu’il se contredit :

CRITIQUE LITTÉRAIRE. : xx

vir, 8-10 : Jésus ne va pas et il va.

x1, B4 oùxért maponola mepuemdret : mais on en était déjà là à vi, 4.

x1v, 16 « je prierai » et xvi, 26 « je ne dis pas que je prierai.. »

xw, 43 névru… Eyvopion éuiv et XVI, 12 où Gévacde Barker.

xv, 20 déjà xux, 16 le serviteur n'est pas plus grand que son maitre, etcependant xv, 15.

x1x, 8 Pilate craignit davantage : il n’avait pas craint encore.

xix, 23 « et la tunique ». On dirait qu’elle a été partagée. |

Ou bien des Grecs paraissent, sont présentés avec précision (x11, 20), et on ne sait pas ce qu'ils deviennent. — Marie-Magdeleine qui a quitté le tombeau s’y retrouve (xx, 41).

On pourrait aligner ici toutes les inégalités et prétendues incohérences sur lesquelles certains critiques s'appuient aujourd’hui pour prouver que l’évangile est l'œuvre de plusieurs auteurs. On y reconnaîtrait seulement le peu de soin que l’auteur unique a d'éviter les critiques et les objections. Westcott (p. Li) a dit excellemment des discours : « la suite du raisonnement n’est pas mise au net (is not wrought out), maïs abandonnée à une interprétation sympathique. » Ce canon doit s'appliquer à toute l'œuvre de Jean : il écrit en toute simplicité, et il compte aussi sur la simplicité du lecteur, même sur son intelligence sympathique. Qu'on le lise avec attention, et, répétons-le, sans malice, avec sympathie, on ne sera pas arrêté par des difficultés qui ne sont qu'à la surface. C’est une réflexion qui reviendra souvent dans le commentaire.

Jean ne fait donc rien pour se mettre en garde contre ceux qui chercheraient à le prendre en défaut : ce n'est pas à eux qu'il s'adresse. Un pareil écrivain a-t-il poursuivi délibérément des effets littéraires? Évidemment non. Il les a atteints cependant, comme nous l'avons dit à propos des péripéties qui donnent aux événements un cours inattendu ou tragique. Toutes les générations chrétiennes se sont inclinées devant le génie qui a conduit avec tant de simplicité des récits si expressifs. Mais c’est bien la simplicité qui domine, puisque, dans ces récits mêmes, on a trouvé matière à critiquer l’inhabileté de certains accessoires. Nous en conclurons que loin de créer sa matière, Jean en à été profondément ému, et qu'il a communiqué son émotion avec un instinct sûr, mais sans artifice.

II. Vue des choses. On a remarqué depuis longtemps combien les récits de Jean sont propres à mettre les faits sous les yeux du lecteur, avec cette impression de vie qu'on éprouve à la lecture de Marc. Assez souvent le procédé est le même et répond en dernière analyse à la vue d'une réalité qui a saisi le témoin. C’est ainsi que le lavement des pieds, par exemple, est tout à fait dans la manière de Marc. Mais on trouve dans Jean certaines touches qui ne s'arrêtent pas à la physionomie extérieure des faits.

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