‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 52 sur 326 · CRITIQUE LITTÉRAIRE. \/ CI · texte numérisé non relu

CRITIQUE LITTÉRAIRE. \/ CI

Ou enfin, dans le lavement des pieds, pourquoi faire parler Pierre en prose, tandis que les réponses de Jésus sont coupées comme des vers? Pourquoi xix, 35 est-il coupé en vers plutôt que xx, 30. 31?

Le texte prend ainsi cette apparence d'emphase que certains écrivains affectionnaient naguère, estimant donner plus de poids à leur pensée en la morcelant et en la hérissant de majuscules. Sans doute n’est-on pas fâché d’infliger à Jean cette enflure. Mais le ridicule auquel,on expose l'évangéliste pourrait bien retomber sur le traducteur qu'on croirait dupe de son propre artifice.

Nous laissons donc au bon goût du lecteur le soin de discerner le parallélisme. L’incontestable gravité des discours de Jésus n'empêche pas ses paroles d’être souvent simples et familières.

Y. Gravité surnaturelle. — Ce mélange de simplicité et de gravité, disons, si l'on veut, de solennité, est précisément ce qui caractérise la manière de Jean. Aucune prétention littéraire, nous l'avons vu, et par conséquent nulle emphase, aucune recherche dans l’ordre des mots, pas même de suite dans lesimages. Mais, indifférent au succès littéraire, il est pénétré au plus haut degré de l'importance de son sujet, désireux, on peut dire avec passion, de produire dans les esprits la conviction qui conduit à la foi, qui est déjà la foi. Luc a certes conscience de l'intérêt souverain de la mission de Jésus-Christ et des origines d'une religion qu'il voyait marcher à la conquête du monde, mais il n’attache pas la même portée à chacun des traits qu’il rapporte. Jean, venu le dernier, a fait un choix : il entend ne mettre sous les yeux de ses lecteurs que la révélation de Jésus-Christ, par la parole et par les faits, et l’essence pour ainsi dire de son enseignement, les plus parlants de ses miracles. Jamais il ne perd de vue le but qu'il poursuit, où il reconnaît un but et un plan

divin. Chaque trait manifeste le don de Dieu; le rejeter serait le malheur

suprême. é

$ 6. — La langue.

“fl ne saurait être question de dresser ici un catalogue des formes jobanniques, encore moins de refaire la grammaire de M. Abbott (1). La comparaison de la langue du quatrième évangile et de l’Apocalypse à été faite dans ce recueil d'Études bibliques par le R. P. Allo (2). Nous n'avons donc qu’à noter les points les plus caractéristiques, ce qui revient à examiner dans quelle mesure la langue de Jean est pénétrée de sémitismes, et si même l’évangile ne serait pas traduit de l’araméen. C'est ce qu'a soutenu M. Burney dans une thèse dont la virtuosité est incon-

(1) Johannine Gramegr, by Edwin A. Abbott, in-8° de xxvu-687 pp. London 1906. (2) Saint Jean. L'Apocalypse, p. CXXXV-CLW ; CLXXXII-CLXXXIX.

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