‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 53 sur 326 · CIL \ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CIL \ INTRODUCTION

testable (1). M. Torrey (2) conclut non moins nettement que l’évangile de Jean a été écrit en araméen, probablement en Palestine. Wellhausen a incliné bien davantage vers l'opinion des hellénistes (3), qui sont, comme on sait, fort peu portés à reconnaître des tournures sémitiques, par suite de l'expérience qu'ils ont de la variété prestigieuse et presque déconcertante de la langue grecque.

Peut-on poursuivre cette enquête avec des chances de succès? Il se peut qu'un ouvrage traduit soit désormais tout à fait dans le courant de sa langue empruntée. Qui reconnaîtrait, à lire la Guerre juive de Josèphe, qu’il l'a d’abord publiée dans sa langue maternelle (4)? Dans plus d'un cas on ne saurait affirmer le fait de la traduction sans un témoignage autre que les indices de la critique interne. A propos de Matthieu, si nous avons admis que son évangile était traduit, c’est surtout à cause de l'affirmation traditionnelle, confirmée par des sémitismes, et en particulier par les cas, peu nombreux, mais significatifs, où il. est plus sémitique que Marc, ce qui serait anormal dans l'hypothèse contraire d’un texte grec original (5). Ces deux critères font défaut pour Jean. Personne n’a parlé d’un texte sémitique original, et, s’il s’est inspiré des synoptiques dans les passages que nous avons notés, ce ne fut point pour leur donner une couleur plus sémitique.

Un autre argument, que nous n'avons pas employé pour Matthieu, allègue les cas où le texte actuel, inexplicable en lui-même, devient limpide dans l'hypothèse d'un malentendu de traducteur. M. Burney n'a pas manqué d’alléguer des faits notables, mais le texte grec, quoique difficile, peut s'entendre sans ce recours, et il se révèle ainsi plus original, plus expressif qu'il ne le serait en le corrigeant d’après un prétendu prototype araméen. Comment le traducteur aurait-il alors choisi par mégarde de remplacer un sens clair et un peu banal par un sens plus profond et plus recherché? Nous ne reviendrons donc pas ici sur ces Cas, qui sont relevés dans le commentaire (6)

LA a È $ +

(1) The Aramaic origin of the fourth Gospel, by the Rev. C. F. Burney, 8e de 176 pp. Oxford, 1922.

(2) The aramaie origin of the Gospel of John, par Charles C. Torrey, dans The Harvard theological Review, oct. 1923, p. 305-344; c'est une discussion de la thèse de Burney, que Torrey soutiendra plus tard par des moyens nouveaux. Je dois la connaissance de cet article à l'obligeance de M. Albright, directeur de l’école archéologique américaine à Jérusalem; lui-même a l'impression que les idiotismes araméens sont dus à ce que l'ouvrage a été composé en araméen, mais mis en grec plus tard par l'auteur (Même revue, avril 1924).

(3) Das evangelium Johannis, p. 133-146.

(4) Bell. I, prologue : ‘EX&ôt Yhüoon perabañbv & vois Give Bapédpoic TŸ TATEiD GUV- Tabas &vérenba %. t. À. |

(5) Comm. M£., p. xcr. -

(6) Ce sont 1, 5 et xn, 35; 1, 9; 1, 18; 1, 29; 11, 22; VI, 63; vu, 37 8.; vin, 56: IX) 205

Page 1