CIV INTRODUCTION
pour exprimer l’imparfait : la formule Av ddoxwv est donc parfaitement grecque en elle-même, mais elle est facilement suspecte d'influence araméenne : on la rencontre dans Mc. quinze fois (1).
Je ne crois pas qu’on la rencontre dans Jo. sans qu’elle indique une nuance. Par exemple #v... Bartiuwv (1, 28) ne signifie pas seulement que Jean baptisait, mais qu’il se trouvait dans tel endroit et ÿ baptisait. Dans àv odros xaxdv mov (xvint, 30), le participe et son régime équivalent à un adjectif, xuxowoidç (variante) (2).
IT. Liaison des phrases.
Quelquefois, les phrases ne sont pas liées entre elles. C’est assez souvent le cas en latin, comme on peut le constater par la grande inscription d'Ancyre. Le grec ya naturellement suivi le latin, mais ordinairement il aimait à lier les phrases, sauf dans le style familier et pour donner l'impression de la rapidité, comme dans la comédie. Au contraire l’'araméen met volontiers les phrases bout à bout. C’est, ce me semble, l'argument le plus fort de M. Burney (3) qui a bien montré combien en cela l’araméen de Daniel diffère de l’hébreu, et à quel point Jean néglige de lier ses phrases. Il faut, en toute hypothèse, reconnaître là l'indice d’une habitude empruntée à la pratique de l’araméen, favorisée par ce laisser aller qui nous a paru un des caractères de l’évangéliste : les choses se présentent à son souvenir comme s’il les voyait se produire sous ses yeux : il note leur succession sans noter toujours leur enchaînement.
Mais l'empreinte sémitique est surtout marquée par l'usage de àrexotôn employé dcuvôérus 65 fois (au singulier ou au pluriel), tandis qu'il ne se trouve ainsi qu'une fois dans le N. T. (Mc. xn1, 29). Les synoptiques ont coutume de mettre ce verbe au participe (éroxpidetc) le plus souvent avec ô£, de façon à lier à ce qui précède et à ce qui suit. Dans Jo., surles 63 cas où la liaison fait défaut avec ce qui précède, il y en a 38 où elle manque encore après. Le reste du temps (26 fois, plus &rexptôn Xéywv, 1, 26), àrexpin est suivi de xai eirev. Ce dernier emploi surtout rappelle très exactement Théodotion, qui a traduit émexptôn.… xa eîrev la tournure araméenne MONT... AY.
On ne sait comment échapper à cet argument, si ce n’est peut-être en faisant remarquer qu'il prouve trop. Si la tournure araméenne était à la base, le traducteur, ainsi que Théodotion (sauf une fois), aurait dû toujours ajouter xot eixev, tandis qu’on ne le troyve dans Jo. que dans le moindre nombre des cas. Le traducteur eût donc été plus asyndète que
(1) Cf. Comm. Mt. p. xcr.
(2) Pour x, 9. cf. Comm.
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l'original lui-même ? Alors on incline à reconnaître plutôt dans ce fait le phénomène le plus saillant de la tendance à ne pas lier dans le détail, qui. ferait décidément partie du tempérament de l'auteur.
Onexpliquerait de la même manière les 70 fois (1) où Xéyer (ou le pluriel) se présente sans liaison, contre 34 cas avec des particules (2). Mais il faut conclure à tout le moins sans hésiter que ce tempérament a reçu l'impression de l’araméen parlé sinon écrit.
Lorsque Jean lie, il s’en faut que ce soit pour aboutir à la période classique. Cette période, construite sur l'opposition de uév et de &, est un procédé d’art qui n'est pas sans artifice. C'est le fait de l’atticisme, qui s'est imposé dans une mesure plus ou moins large, mais qui n'a pu s'étendre à des façons de parler ou même d'écrire plus familières, où l'on remplace la coordination des particules par une simple soudure au moyen de et.
Jean a essayé très rarement des périodes un peu longues : il a réussi dans x111, 1-5 (3), mais moins bien dans vi, 22-25.
Aussi bien n’a-t-il employé uév que 8 fois, deux fois de plus que Mc. (Le. 10 fois, Mt. 20 fois), et ࣠176 fois (contre Mc. 156, Mt. 496; Lc. 508), moins que Mc., proportion gardée.
Il n’a employé y que 66 fois (Mc, 67; Mt. 195; Le. 101). M. Burney suppose que beaucoup de ces yép représentent des copules araméennes ou suppléent à l'absence de liaison : mais c’est une pure conjecture. Jean n’est pas du tout dialecticien : les dogmes sont affirmés, non déduits; les propositions dérivées découlent plutôt d’un rapprochement que d’un raisonnement formel ; nous en avons donné plus haut (4) un exemple.
C’est parce qu'il est très peu porté à coordonner que Jo. emploie peu de participes pour exprimer l'action antérieure au verbe : nous avons dit qu'il n’écrit pas gmoxpudelc cinev, mais dmexpiôn nai eimey. M. Burney a calculé que la proportion pour cette tournure est : Jo. 4, Le. 4 1/2, Mt. 5 et Mc. 5 1/2. Sur ce point Jo. s'éloigne le plus de Mc. qui est cependant très sémitisant.
Les génitifs absolus sont une autre manière de lier en évitant la simple juxtaposition au moyen de la copule. On en trouve seulement 16 dans Jo. (3), contre 36 dans Mc. 48 dans Mt., 59 dans Le. Burney a conjecturé
(1) Burney, P. 54.
(2) Cf. Comm. MI. p. xCH.
(3) Wellhausen (p. 134) ne manque pas d'attribuer celte période à la rédaction; elle est cependant dans le style du reste par l'emploi de îvx, x60yoç, etc.
(4) P. xovu.
(5) M. Burney donne le chiffre de 17, peut-être en tenant compte de vir, 82, où nous ne voyons qu'un génitif régime. Nous n'avons su en relever que 15 (ou 16 si l'on admet celui de 11, 3) répandus partout sauf dans les discours de Jésus : 1V, 51; v, 13; VI, 18.23; vit, 14; vin, 30; XU, 37: xm, 2 (Dis); xx, 1.19 (bis). 26; xxx, 4.11. Wellhausen (p. 140)
que l’on eût pu mettre le génitif absolu où le texte présente êre qui |
représenterait 72.
Mais Jo. n’a jamais placé le génitif absolu dans la bouche du Christ, |
ce qui restreint le nombre des cas possibles. Et il l'emploie d'une façon plus classique. Le nom auquel se rapporte le participe ne revient pas dans la même phrase comme sujet, et ne revient comme régime que dans trois cas (1) : vurr, 30 (eiç adrôv), x1t, 37 (idem); dans le troisième cas {1v, 51) le triple emploi de «èré donne bien à la phrase une apparence sémitique, mais si le texte original portait 7>, c'était bien le cas de le transcrire par êre!
L'usage de l’asyndeton est cause que Jo. n’a pas employé xt très souvent : moins de 400 fois tandis que Mt. 250, Le. 380, Mc. 400.
Et cependant dans certains cas il le multiplie (parataxe). Mais on sait que tout style populaire en est là et les papyrus en offrent de nombreux exemples.
Milligan qui en cite (v° xxi) ajoute cependant : « Nonobstant cet usage de xat dans le grec de basse époque, il est impossible de nier que l'usage de xat dans les LXX pour rendre l'hébreu waw a influencé l'usage johannique. » Comme l'influence des LXX sur Jo. est très peu sensible, on conclurait plutôt à une influence araméenne.
M. Burney a recours à une argumentation plus précise, et cite les cas où, après une affirmation, une question est introduite par xat. Par exemple (nr, 10) : Zb el 6 Giddaxædoc voù ’Ispahà xat rabre où yvboxets: et tout à fait de même dans 11, 20; vin, 57; 1x, 34; xt, 8. |
Or il est incontestable que cette tournure est hébraïque et tout aussi bien araméenne. Mais Burney a omis de citer xI1, 34 : fueiç Axoÿoauev êx 700 vouou..… xat müç héyets ou...; Dans ce cas la tournure est parfaitement grecque, et ce passage nous donne la clef des autres. Le grec admettait très bien la phrase interrogative commençant par xat, cf. Eur. Médée, 1398 : xämeur” xaveç; Dans ce cas le xat est souvent ironique, mais ila en somme le sens de « et cependant » qui est souvent le sien.
Burney (p. 66) a dressé une liste de xai qu'on doit traduire en anglais « and yel, où « but », à rapprocher du waw adversatif. Mais presque tous ces cas exigent seulement « et cependant, and yet », ce qui n’a besoin d'aucune apologie. Le sens vraiment adversatif de « mais, but, » ne s'impose que pour 1, 5, xai À oxotix aûrd où xat£laBev et xvir, 41 (non cité par Burney). Mais en grec on trouve aussi le sens pleinement adversatif, ordinairement avec où (K.-G., 11, p. 248), mais aussi sans où : bpäté
propose de regarder les génitifs absolus comme étrangers à l'écrit fondamental. Mais il n'en compte que 11. (1) On sait d’ailleurs que la règle n’était pas observée en toute rigueur : äxoBvhoxovroc
aÜtoù (SC. KÜpou) révrec oi mepl aütoy qéhot énéBavov uxyéwevor drèp Küpou (NEN. An. I, 9, 31).
dei 15m Lolutiditi {el
Fe ANS
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u’, &oxep v meplhentos Bporoïs.… xal pe’ dpeihe0” À rüyn (EUR. Her. f. 509). Dans Jo. 1v, 20, l'opposition est accentuée par fuüv... üueis. Si au contraire le xat semble exprimer une conséquence « en suite de
quoi », Z466axôv éotuv, mat oùx Eeariv cou... (V, 10), Cf. vI, 57, cet usage n’est
pas non plus étranger au grec : «si deux angles d’un triangle sont égaux entre eux, il s'ensuit que (xai) les côtés opposés » etc. (Zucl. IV, 6, cité par Bailly). Le sens de « et alors » xal éheucovrat ot ‘Poyaïor (x1, 48, cf. XIV, 16) est déjà dans Platon (Phaed. 59 e) : xal Hrouev xat huiv é6el0ov 6 Gvowpôs dire.
Ce dernier usage de xai n’est pas très éloigné de celui qui marque une relation ou un état. À propos de Mt. nous y avons vu un indice assez sérieux de traduction d’après l’araméen (1). Mais nous ne l'avons rencontré dans Jo. avec cette netteté que dans xv, 22. Il est vrai que Burney (p. 95) a cité comme exemples du xat de conséquence 1, 39 dpyeohe xat decôe, XVI, 24 aireire xal Afubecte, « venez afin de voir, demandez
afin de recevoir », mais ces tournures signifient « venez et alors vous
verrez », etc.
Ce qui serait plus significatif, c'est le xat qui indique la circonstance après un participe, le verbe fini remplaçant un second participe : rebéapar rù nvedua xarabaivor.… xal Éuervev êr” aùrév (1, 32); cf. v, 44, tournure fréquente dans l’Apocalypse. Mais outre qu’elle est plutôt hébraïque qu’araméenne, elle se trouve aussi en grec (Thuc. 1, 51) : Érpaocev Ëc TE TAV Auxedaiuova méurwv... xal rod Koptvôlous œposemoutro (K.-G. 11, p. 100).
Jusqu'à présent nous avons vu Jo. incliner très sensiblement vers l'asyndeton ou la parataxe. Un phénomène en apparence contraire est l'usage très fréquent de oùv, 200 fois contre Mc. 6, Le. 31, Mt. 51.
La différence est surtout énorme avec Mc., et, en effet, Le. et Mt. ont ajouté des oùv dans onze cas parallèles où il ne se trouve pas dans Mc. (2), Le. supplée onze fois, Mt. ne le fait que dans quatre cas. Burney en déduit que oùv a été introduit par le traducteur du Jo. araméen à la place de l'asyndeton ou d’un « et » araméen.
C’est une pure conjecture, et le syriaque étant souvent revenu au « et » comme suffisant, on ne voit pas pourquoi le traducteur s’en serait écarté. D'autant que Jo. emploie où d’une facon très grecque pour revenir au thème principal après une parenthèse (3), par exemple : beta BÙ «ke Bt Autpuc.….. Bre oùv Hadev (1, 43-45); cf. vr, 24. On peut comparer XÉN. An. I, 5, 14 6 dà ITpdkevos (Éruye yp borepog...] ebOVE où.
Dans ce cas, le sujet principal rentre en scène; le plus souvent il y
(1) Comm. Mt. xc, S.
(2) ABsorr, Jo. Gr. p. 165 : les cas de Mc. sont : 1v, 24.30; 1x, 50; xx, 9; x, 10. 20.