CRITIQUE HISTORIQUE. CXXV
aisément, et ce nombre augmente avec les recherches en Palestine.
C’est un fait qu'on a découvert à Jérusalem, près de la porte probatique,
une piscine dont l'agencement avec cinq portiques correspond exacte-
ment au texte de Jo. Le nom de Bezatha, accepté par plusieurs critiques
modernes, rend compte de sa situation et se rattache à Josèphe. On a
retrouvé de même la piscine hérodienne de Siloé. Cest un fait qu'un
puits profond de 32 mètres, un des plus profonds assurément de Pales-
tine, se trouve précisément au point si bien vu par Jo., près du Garizim,
d’un lieu nommé Askar, à l'entrée d’une plaine fertile. Le lieu où Jean
baptisait, près d’Ænon et de Salim a été repéré en toute certitude dès. 48992 (4). Cana, entre Nazareth et Capharnaum, est très bien représenté
par Kefr-Kenna. Ephraïm a perdu son nom ancien, mais était encore
connu au 1v° siècle. Tibériade fut fondée par Hérode Antipas, et donnait son nom au lac (Jos. Bell. III, nr, 8) : À rpès Tiéepuidt Auvn. Le portique de
Salomon est connu par les Actes (v, 12) et par Josèphe (Ant. XX, 1x, 1).
Ces résultats sont de nature à inspirer confiance pour le tout.
Cet ensemble de faits est décisif dans la question du caractère réaliste de Jo. La critique hostile affirme couramment qu'il ne contient aucun autre élément réel que ce qu'il a emprunté aux synoptiques, directement ou par des combinaisons. On lui répond : quod gratis asseritur, gratis negatur. Mais la réalité des faits ne peut toujours se prouver directement. Ici l’on touche du doigt que Jo. a des éléments propres très réels et nombreux, qui ne sont pas empruntés aux synoptiques. Son indé= pendance se manifeste même jusqu’à donner des renseignements complémentaires qui auraient l'apparence de la contradiction si précisément ils- n'étaient pas complémentaires. La notation d’un jardin, comme lieu de l'arrestation et de la sépulture, n'apporte qu’un double détail de plus. En place de Gethsémani, Jo. dit : « de l’autre côté du Cédron » : cela peut encore passer pour une désignation supplémentaire du même lieu. Mais il place nettement l’activité du Baptiste ailleurs qu’au Jourdain : à Béthanie, qui est au-delà, d’après le texte, et ensuite près de Salim qui peut être assez éloigné. Il ne dit pas que Jésus n’a pas été baptisé dans le Jourdain puisqu'il ne raconte pas son baptême; mais il cite d’autres endroits où le Baptiste baptisait. Il fallait être bien sûr de son fait pour prendre cette attitude en face de la tradition. Et cette allégation est très plausible. Sans parler du danger de baptiser des foules nombreuses dans Je Jourdain, torrent rapide, il y a des époques de l’année où il est impossible de l’aborder à cause des inondations, surtout aux lieux où le baptême serait plus facile.
A cette évidence de la sûreté topographique de Jo. on à opposé une échappatoire assez misérable : on ne refuse pas d'admettre qu'un éphé-
(1) RB. 1892, p. 274.