CXX VIII | INTRODUCTION
dire que Jo. tenait à indiquer le zèle de Jésus à se rendre aux trois fêtes légales? Mais la Dédicace n’en était pas une, et il eût fallu dire que celle de v, 1 en était. Lui fallait-il comme auditoire à Jérusalem un
grand concours du peuple venu de tout le territoire? Il eût suffi de
parler de fêtes en général, et il n’eût pas été nécessaire de noter la Pâque
en Galilée (vr, 4). Jo. semble donc bien avoir voulu dater les grandes
interventions de Jésus, etsurtout ses discours, d’une façon exacte : mais
comme il ne fixe aucune autre date, son souci de précision était donc
satisfait par les indications des autres évangélistes, surtout de Luc, et il
n'avait à intervenir que dans les cas où l’imprécision des textes antérieurs
risquait de mettre le lecteur sur une fausse voie. Nous reviendrons sur la
conciliation positive.
De toute façon, ce peu de dates avait son intérêt pour Jo. Est-ce un indice assuré qu’il a voulu fixer le temps du ministère de Jésus? Nous n'osons l’affirmer trop catégoriquement (1) en l'absence d’une détermination positive. Noter des points fixés par un souvenir certain, - accroché peut-être aux circonstances d’une fête, cela n’équivaut pas à dire qu’ils aient été les seuls.
Cependant, à tout prendre, c’est bien ce qui est suggéré, par les trois Pâques surtout. Il n’y a aucune raison (2) de supposer l'omission d’une Pâque si l’on interprète comme nous 1v, 35 ou si l’on place vi avant v.
A tout le moins le minimum de deux ans et demi pour le ministère est tout à fait certain. Ce point a été fort controversé durant ces dernières années parmi les Allemands catholiques, surtout sous l'influence de M. Belser qui voulait réduire à un an le ministère de Jésus d’après Jo. pour l’harmoniser, pensait-il, avec les synoptiques. Il était obligé de recourir à un changement de texte fort arbitraire, en supprimant vi, 4. Or, non seulement ce verset n’est omis que par un ms. cursif; il coïncide avec les synoptiques et ne fait que dire explicitement ce que leur texte suppose en parlant de foin vert (cf. Comm. Mc. vi, 39). Les Pères de l'Église qui ne parlent que d’une année pour le ministère étaient sans doute sous l’influence des synoptiques et ne peuvent faire autorité comme témoins muets de l’omission de ce texte (3).
On a objecté d'autre part que le petit nombre de faits rapportés par
(1) Même sans tenir compte du doute soulevé sur v, 1.
(2) Le texte de vi, 4 étant inattaquable, M. P. Klug a imaginé de confondre cette Pâque avec celle de 11, 13 (Biblische Zeitschrift, 1906, p. 152-183). M. P. Dausch a répondu dans la même revue, 1906, p. 398-401. On voit ici à quelles témérités peut conduire la manie de la conciliation.
(3) M. Lévesque (Nos quatre évangiles, p. 114) : « Si saint Jean ne dit rien de la Pâque de cette année, c'est que Notre-Seigneur n'ayant pas été à Jérusalem, il n'avait pas à en parler. » Que vaut cette raison en présence de I, 4?