‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 74 sur 326 · III. — LE MILIEU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

III. — LE MILIEU HISTORIQUE

Nous ne prétendons pas faire de Jean ce qu'il n’a pas voulu être, un historien qui écrit l’histoire pour elle-même, qui se complaît à faire revivre le passé, en décrivant les institutions et le théâtre où s’est exercé le jeu des partis. Il nous suffira de constater qu'il ne parle jamais qu'à bon escient des circonstances dans lesquelles le Verbe incarné a apparu et a accompli sa mission. Et en somme il a fourni plus d’un renseignement que nous ne connaissons que par lui.

À. — Juifs et Romains.

Jo. met en présence les Juifs et aussi les Romains (xr1, 48) que les

synoptiques ne nomment pas; il nous apprend incidemment (xx, 20)

que la Palestine était un pays où il y avait trois langues officielles, le latin, le grec et l’hébreu ou plutôt l’araméen.

D'abord les Juifs entre eux. La population indigène qui suivait la loi de Moïse et prétendait se rattacher à l’ancien Israël, surtout à la tribu de Juda, était nommée par les autres of ’louaio (Mt. 11, 2; xxvit, 11, etc.; Mc. xv, 2, etc.; Le. xxit, 3, etc.); d’ailleurs eux-mêmes se donnaient ce nom (1), et il est employé par les synoptiques (Mt. xxvi11, 15; Mc. vir, 3; Le. vu, 3) du point de vue de la Galilée. On le retrouve aussi dans Jo., en Galilée (1, 6). Ge qui lui est propre, c’est de donner le nom de of ’IouSaïo spécialement à ceux qui mènent la guerre

contre Jésus, c’est-à-dire aux chefs de la nation, par où il entend

surtout les grands prêtres et les Pharisiens. Cela commence à Jérusalem (mr, 18), c'est aussi l'expression pour des Galiléens hostiles (vr, 41). Il semble bien que Jo. ait forgé cette nuance du mot pour ne pas répéter « les grands prêtres et les Pharisiens ».

Il est assez naturel qu'elle lui ait été inspirée par l'attitude prise par les chefs de la nation envers Jésus, et non pas seulement par l'attitude prise par les Juifs envers les chrétiens (2); les chefs religieux et politiques chargés du culte et zélateurs de la Loi, étaient parfaite-

(1) Dans Néhémie, Esther, les papyrus d'Éléphantine, etc.

(2) Comme dans saint Paul, Gal. n, 13, etc. Les deux cas (xr, 8 ct xur, 33) ‘qu on serai tenté de mettre dans cette catégorie s'expliquent dans l’horizon du temps ancien d'autant micux que la conversation se tient entre Galiléens.

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