‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 75 sur 326 · CXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXII INTRODUCTION

ment. qualifiés pour représenter le peuple et pouvaient en porter le nom.

« Les Juifs » sont donc le nom national, devenu très souvent l'appellation d’une secte ou plutôt de ses chefs, tandis qu'Israël demeure le nom du peuple choisi par Dieu (r, 31, 49; 111, 10; xx, 43), de sorte que c'est un éloge que d'être vraiment Israélite (1, 47).

Les Juifs hostiles à Jésus sont les grands prêtres et les Pharisiens. Jo. ne nomme jamais les scribes (ypxumareis) (1), ni par conséquent « les scribes et les Pharisiens », locution familière aux trois synoptiques. M ne nomme pas non plus les Sadducéens, que Mt. nomme assez vaguement dans rt, 7; XVI, 1. 6. 41. 12, mais qui n'apparaissent dans Mc. et Le. qu’à propos de la résurrection des morts (Mc. xx, 18; Le. xx, 27; Mt. xxnr, 23-34). Les anciens (mpecévrepu), c’est-à-dire l'aristocratie du pays, ne paraissent pas non plus, et ils ne sont pas remplacés comme terme propre par les doyovres, qui s'entendent des dirigeants en général (vu, 26.48; x11, 42), plutôt cependant des grands prêtres ou d’autres que des Pharisiens. Ni sénateur (Boureuris, Mc., Le.) ni gouverneur (ñyeucv Mt., Le.), ni tétrarque, ni un Hérode ou des Hérodiens ne figurent sur la scène. Aucun roi d'aucune sorte n’atténue l'effet produit par cette alternative : ou le vrai roi d'Israël ou César.

Il y a donc là une réduction, qui serait fort regrettable dans un tableau historique, qui est irréprochable quant à ses éléments positifs et justifiée dans ses lacunes, parce que Jo. ne voulait mettre en scène que les deux grands partis qui machinèrent la mort de Jésus. Les Anciens faisaient partie du Sanhédrin, et plusieurs sans doute la votèrent : mais ils ne la poursuivirent pas, et Jo. ne parle explicitement que d’une réunion de sanhédrites (ouvédpov x1, 47), laquelle ne fut probablement pas officielle.

La distinction des Pharisiens et des grands prêtres est parfaitement conforme à l’histoire en ceci que ce sont les grands prêtres, représentants officiels de la nation, qui interviennent auprès de Pilate (xvrxr, 35; xx, 6. 15.21). Les Pharisiens ne sont pas nommés dans la Passion (2), si ce n’est pour avoir fourni des agents lors de l’arrestation (xvur, 3).

Situés comme un ilot entre la Judée-et la Galilée, les Samaritains sont l'objet de la haine et du mépris des Juifs {1v, 9; vint, 48), ce qui est parfaitement conforme aux faits (Eccli. 1, 25 s., ete.).

Au-dessus des Juifs, et représentant le pouvoir de Rome, Pilate, auquel Jo. n'a donné aucun titre : il est l'hôte du prétoire (tparrwptoy, Mt., Mc.). En revanche Jo. est seul à nous dire nettement que le droit de vie et de mort (xvur, 31) n’appartenait plus qu’à Pilate avec le pouvoir

(4) Si ce n’est dans vu, 3.

(2) Non plus que dans les synoptiques sauf Mt. xxvrr, 62, mais il y a les scribes.

CRITIQUE HISTORIQUE.: CXXXJII

d’absoudre aussi bien que condamner (xx, 40). Il devait se placer sur . une estrade (Bñux) pour juger (xx, 13), comme Mit. (xxvit, 19) avait déjà dit. Le titre d’ami de César, la terreur que devait inspirer une dénonciation de tiédeur à son service, sont des notes excellentes (x1x, 42), ainsi que le lieu du supplice proche de la ville (xx, 20), le javelot (booss qu'il faut lire x1x, 29), le crurifragium (xx, 31 s.). Pilate avait sous ses ordres des soldats. Jo. est seul à mentionner le tribun (xriap4os, XVIIT, 125 la cohorte (oxeïpæ, XVII, 3, 12) est connue de Mt. et de Mc., mais c’est dans Jo. seul que les Romains prennent part à l'arrestation de Jésus : de la part des grands prêtres c'était prudence sous un pareil gouverneur.

B. — Jsraël sous la Loi : usages et opinions.

La Loi de Moïse règle toute la vie religieuse et sociale des Juifs; quelques opinions ou usages se sont développés qui sont censés rentrer dans son cadre. Jo. connaît la fête de Pâque, comme les synoptiques, mais il est seul à nommer la fête des Tabernacles (oxnvornyiæ, VI, 2) dont le dernier jour était très solennel (vir, 37), et la fête de la Dédicace (évxalwx), qui avait lieu l'hiver (x, 22), et qui était venue se joindre aux fêtes légales. Une autre fête qui n'est pas nommée (v, 1) doit être la Pentecôte.

Il est question des purifications (1x, 6; 1, 25) qui avaient pris une si grande importance chez les Juifs, spécialement de leur nécessité avant de manger la Pâque (x, 55; XVII, 28). Il y avait une préparation spéciale pour la Pâque (xx, 14); cf. synoptiques.

La Loi imposait certaines règles pour l'audition des témoins (v, 31 ss.) et quant aux droits de l'accusé (vu, 50 ss.). Les Pharisiens méprisaient la foule, peu soucieuse de pratiquer les prescriptions dites légales (vir, 49), et, en cas de révolte contre leur autorité, ils pouvaient procéder à l'excommunication (1x, 22. 34; xu, 42; xvi, 2). Si la faute allait jusqu’au blasphème (xx, 7), on pouvait procéder par zèle à la lapidation (var, 59; x, 31). Mais ce n'était pas violer la Loi que de pratiquer la circoncision le sabbat (vir, 22).

La Loi interdisait de laisser les corps des suppliciés sur le gibet (xx, 31). Pour la sépulture, les Juifs avaient leurs usages (xIx, 40) que l'auteur connait bien : la toilette du mort (x1, 44), l'usage des épices (aux, 40) et de l'huile parfumée (x, 7); les tombeaux étaient creusés dans Je roc et fermés par une pierre (xt, 38).

C’est à la Loi qu’on rattachait l'attente du Messie, sous le nom du prophète annoncé par Moïse, du moins dans le peuple de Galilée (vi, 44 .), car les gens compétents de Jérusalem distinguaient ces deux personnalités (1, 20 s.). On savait que le Messie devait être originaire de Bethléem (vir, 42), mais que cependant son origine devait avoir quelque

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