CRITIQUE HISTORIQUE. CXXXV
s'il y avait entre eux harmonie ou contradiction. Mais la critique moderne a soulevé une question préalable.
I. — Dépendan:e absolue des synoptiques ou tradition indépendante ?
Au premier abord, il semble que Jo. ne se préoccupe pas des synoptiques. On a même soutenu qu'il suivait son chemin sans en tenir compte, et que peut-être il ne les avait pas connus. Renan est hésitant. D'après certains critiques plus récents, ce n'est là qu'une apparence. En réalité Jo. s'appuie constamment sur les synoptiques et uniquement sur eux. Son art, qu’il faudrait bien nommer un artifice destiné à abuser le lecteur, serait de s’en servir tout en les transformant pour son but, de façon à ce que tantôt l’on puisse reconnaître l'emprunt, tantôt qu'il soit méconnaissable. Nous avons déjà parlé à propos du plan des endroits manifestement parallèles à ceux des synoptiques; on peut y rattacher la Passion et la résurrection. La difficulté soulevée porte sur les autres parties où Jo. paraît tout à fait indépendant. Voici comment M. Loisy explique sommairement, mais avec précision, ce procédé de démarquage (1) : « Tous les artifices de la composition ne peuvent être marqués en détail que dans le commentaire. On y verra que les noces de Cana dépendent des paroles synoptiques sur le baptême d’eau et sur le vin nouveau de l'Évangile; le second témoignage de Jean-Baptiste, de la démarche faite par les disciples du Précurseur pour s'informer si Jésus est le Messie: l’histoire de la Samaritaine, de ce qu'on lit au sujet des Samaritains dans Luc et dans les Actes; le paralytique de Béthesda, du paralytique de Capharnaüm; l'aveugle-né, de l’aveugle de Bethsaïde et dc l'aveugle de Jéricho; Lazare, de la parabole du riche, de la résurrection de la fille de Jaïre et de celle du jeune homme de Naïn; le lavement des pieds et le discours après la cène, de l'institution eucharistique ».…
Nous aussi devons renvoyer au commentaire pour les détails. Cependant le lecteur voit bien du premier coup d'œil que jamais les points visés des synoptiques n'auraient pu donner naissance aux récits de Jo. L'apostolat des Samaritains par Jésus n'aurait pu être que l’occasion de composer le dialogue avec la Samaritaine. Peut-être qu’en effet un écrivain n’aurait pas osé attribuer une résurrection à Jésus s’il n’en avait lu dans les synoptiques; mais la fille de Jaïre et le jeune homme de Naïn ne sont pas un premier canevas de la résurrection du mort de Béthanie, même en s’aidant, pour trouver un nom connu, de la parabole du mauvais riche, — dans laquelle on ne ressuscite pas, — comme Si l'emprunt du nom avait pour but de souligner la contradiction! C'est
(1) 1° éd. p. 60.