CXXXVI ‘INTRODUCTION
la critique moderne, avec ses ciseaux et sa farine, qui opère ce recollage de bouts de papier; ce n'est pas ainsi que germe une pensée vivante. . Et en somme l'affirmation de la dépendance absolue aboutit simplement à dire que Jo. n'aurait rien raconté s’il n'avait trouvé dans les synoptiques une amorce pour son inspiration et un point d'appui qui l’autorisât. Mais d’où vient ce canon qui interdit à un auteur subséquent tout recours à une tradition différente? Si Luc ne s’en était pas privé, tout en écrivant dans le cadre de Marc, comment Jo. ne l’aurait-il pas osé, lui qui renouvelait le cadre, bien plus, qui ne prenait pas garde à d'apparentes contradictions dans l’ordre des récits? Il est bien entendu qu'on peut emprunter à un auteur de quoi le contredire : Jo. aurait pu mettre l'expulsion des vendeurs au début et non à la fin de l'évangile, sans en rien savoir que par les synoptiques. L'hypothèse abstraite ne peut être contestée. Mais le même écrivain n'a pu se croire lié absolument à la matière synoptique afin de gagner du crédit, et en même temps se comporter vis-à-vis d'elle avec une entière indépendance. Or l'indépendance de Jo. est un fait qui n’a donné que trop de travail aux concordistes !
Il faudrait donc à tout le moins lui reconnaître le droit d'inventer à sa guise, étant bien entendu d’ailleurs que ces inventions devaient demeurer dans le thème connu de la vie de Jésus.
Mais les additions de Jo. sont-elles des inventions? Les récits sont, nous l'avons dit, solidement bâtis sur le sol; ils sont parfaitement vraisemblables. La vraie difficulté, c’est la difficulté ancienne qui met en présence la tradition de Jo. et celle des synoptiques. Renan (1)a très bien vu que Jean « avait sa tradition à lui, une tradition parallèle à celle des synoptiques, sibien qu'entre les deux on ne peut se décider que par des raisons intrinsèques.. La position de l'écrivain johannique est celle d’un auteur qui n’ignore pas qu'on a déjà écrit sur le sujet qu'il traite, qui approuve bien des choses dans ce que l’on a dit, mais qui croit avoir des renseignements supérieurs, et les donne sans s'inquiéter des autres... Ce n’est nila méthode éclectique et conciliatrice de Tatien et de Marcion, ni l’amplification et le pastiche des Évangiles apocryphes, ni la pleine rêverie arbitraire, sans rien d'historique, de la Posté Sophia. Pour se débarrasser de certaines difficultés dogmatiques, on tombe dans des difficultés d'histoire littéraire tout à fait sans issue ».
Et c'est bien en effet le point. Jamais la critique n'aurait eu recours à celte théorie contradictoire de la dépendance absolue d’un écrivain si indépendant, si elle n'avait vu dans cet assujeltissement fictif la preuve que Jo. n’apportait aucun élément réel nouveau, mais seulement du travesti, car enfin ses récifs ne sont pas ceux des synoptiques. Vaine con-
(1) Vie de Jésus, p. 530 8.
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