I. — Jérusalem et Galilée
On sait que le théâtre principal de l’apostolat de Jésus est en Galilée d’après les synoptiques, à Jérusalem d’après Jean. Mais on sait aussi que Jo. n'exclut pas la Galilée d’où Jésus est venu, étant de Nazareth, et où il est retourné après les deux premiers témoignages du Baptiste (1, 43), après la première Pâque (iv, 43), après le miracle de Bezatha (vx, À ou vir, 1), et où il a prêché (vi, 59) après la multiplication des pains. Jo. coïncide aussi avec les synoptiques quant à un séjour dans la Pérée (x, 40 ss.). Mais, d’après les synoptiques, il ne serait venu à Jérusalem que lors de la Pâque de la Passion. Pour Mc. et Mt. il est en effet très clair qu'ils ne parlent que d'un voyage à Jérusalem. Gela n’est pas aussi certain pour Luc. D'après Renan (2) : « Luc semble ici avoir une
(1) Un des essais les plus récents et l’un des plus ingénieux est celui de M. Lévesque, dans Nos quatre évangiles, p. 91-205. Mais il suppose gratuitement trois ans et demi de ministère.
(2) Vie de Jésus, p. 487.
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CXXXVIIT INTRODUCTION.
secrète harmonie avec notre écrivain, ou plutôt flotter entre deux systèmes opposés. » Plus précisément, Luc, décidé à ne pas rompre le cadre de Mc., qui était celui de la catéchèse, et qui se retrouve aussi dans Mt., a rangé sous la rubrique du dernier voyage (1x, 51 ss.) tout ce qu'il avait recueilli pour enrichir son récit propre : or, parmi ces faits, il en est qui supposent le séjour près de Jérusalem, puisque le bourg innomé de Le. x, 38-42 ne peut être que Béthanie. Si bien que Le. lui-même fait allusion à des voyages à Jérusalem (xt, 22; xvut, 41), l'un d'eux (x1n1, 22) pouvant très bien coïncider avec la situation de Jo. x, 22. Nous avons donc dans Lc. une tradition flottante, que le cadre qu'il a choisi semble restreindre et comprimer, et dont les éléments reprennent leur individualité sous la plume de Jean. D'ailleurs Mt. (xx, 37), parallèle à Le. (xx, 34), suppose lui aussi de fréquentes prédications du Christ à Jérusalem : « Combien de fois ai-je voulu réunir tes enfants! » On peut même dire que le récit de la Passion d’après les trois synoptiques se comprend beaucoup mieux si Jésus avait des accointances à Jérusalem (Mc. x1, 2-3; Mt. xxx, 2-3; Le. x1x, 30 s., Me. xiv, 43 s.; Mt. xxvi, 48 s., Le. xx11, 10 s.). Renan déclare que ces séjours à Jérusalem constituent pour notre évangile « un triomphe décisif (4) ». Sans cela il serait impossible d'expliquer comment le christianisme est sorti de Jérusalem et non point de Galilée.
De sorte que cette difliculté dont on a fait tant de bruit n’en est pas une. Ce qu’il y a d'étonnant, ce n’est pas qu'il se soit trouvé un écrivain pour mettre ce point en relief, c’est que jusqu'à lui le mode adopté par la catéchèse se soit imposé même à Luc.
Il. — Le temps du ministère.
Pour placer tous les voyages à Jérusalem dont a parlé Jo., il faut supposer un ministère de plus d’un an. Mais c'est aussi ce que Jo. a noté expressément. Si l’on va au fond des choses, les synoptiques ne sont point contraires.
Le gazon dont parle Mc. (vi, 32-44 et parall.) à Ja multiplication des pains indique le printemps, ou, comme dit Jo., l'approche de Pâque. Or longtemps auparavant Mc. (11, 23-928 et parall.) a parlé des épis déjà mûrs froissés par les disciples. Le ministère durait donc depuis près d’un an au moins, lors de la Pâque de la multiplication des pains, ellemême antérieure d’un an au moins à la dernière. Il est vrai que Mc. ne suit pas une chronologie très stricte : cependant les disputes avec les
Pharisiens ne durent pas tarder après que Jésus eût commencé son ministère.