‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 83 sur 326 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

i JEAN LE THÉOLOGIEN.

La tradition chrétienne s’est complue à donner à Jean le nom de théologien, parce qu'il est, beaucoup plus que les trois synoptiques, | une source inépuisable de conceptions théologiques. Loin que la critique moderne ait rejeté ce jueement, elle a plutôt enchéri : le quatrième évangile n’est pour elle qu’un thème théologique développé sous l'apparence de l'histoire. Tous les critiques négatifs sont ici d’aceord. . Ceux qui admettent l’unité de composition attribuent à l’auteur le dessein d'imposer la théologie nouvelle du Fils de Dieu, vraiment Dieu, en la rattachant à l’histoire de Jésus de Nazareth afin de mieux supplanter les synoptiques et le culte qu'ils représentaient ; d’autres supposent un premier écrit dont les spéculations mystiques « s’exprimaient soit en forme de narration symbolique dont une sentence théologique fournissait la clef, soit dans la forme plus didactique d’un discours plus étendu » (1), et qui aurait été ensuite rapproché par des additions de la doctrine courante et des faits racontés dans les synoptiques. Ce va-etvient peut être mis au compte d’une critique embarrassée ; malgré tout l'écart avec les synoptiques demeure assez grand, même dans la rédaction dernière, celle que nous possédons, et c'est de cet écart que naît l’objection si souvent proposée : La preuve que la théologie de Jean est nouvelle, c’est qu’elle ne coïncide pas avec celle des synoptiques, c'est qu'elle ne répond pas, telle que Jean la prête à Jésus, aux circonstances du temps de Jésus, mais bien à la foi de la fin du r'siècle; c’est surtout que la physionomie de Jésus comme docteur n’est pas la même que celle du Maître des paraboles et du prédicateur du règne de Dieu. Le Jésus des synoptiques ne parlait que de Dieu, celui de Jean prend la place de Dieu.

Ce premier point résolu à sa façon, la critique négative devait s’informer des sources de cette théologie. Durant très longtemps on regarda vers Philon : on cherche plutôt maintenant du côté des religions du paganisme bellénistique.

Sur la théologie de Jean et sur ses origines, il y aurait un gros volume

(1) Loisy, 2° éd. p. 56.

à écrire. C'est une tâche que nous ne pouvons entreprendre ici {1

Nous indiquons seulement les traits essentiels du thème principal,

du Fils de Dieu avec les notions connexes, pour lequel il a paru indis: pensable de grouper les textes dont l'explication est tentée dans le Commentaire (2).

S 1%. — La théologie du Fils de Dieu.

Le thème de l'évolution d'après les radicaux est bien connu : Jésus a paru comme un prophète, prèchant le prochain règne de Dieu. La pensée ardente de Paul le transforma en un Christ-Esprit préexistant: Dans les communautés hellénistiques, cette figure s’isola du milieu juif où Paul la retenait encore sans se soucier d'ailleurs des faits de la vie terrestre du Messie d'Israël. Sous l'influence des idées paiennes, e on ajoute depuis peu, d'après l’analogie des faux prophètes dont chacun” se disait Dieu ou fils de Dieu, les chrétiens d'Asie en étaient venus. à ne voir en Jésus que le Fils de Dieu, quelques-uns même à ne plus croire à son existence humaine : c'est le docétisme, combattu par saint Ignace. — Le quatrième évangile serait une réaction contre cet excès qui risquait de vaporiser l'objet du culte et le culte lui-même (). affirme fortement la venue du Verbe dans la chair : son Fils de Dieu est” vraiment Dieu, révélateur des secrets de Dieu, et Sauveur parce qu'il est un avec son Père; en cela est la nouveauté. k

Aussi est-ce le thème de la controverse de Jésus avec les Juifs, aussi bien que de ses entretiens avec ses disciples. Et en cela se perçoit le caractère artificiel de l'évangile. La controverse avec les Pharisiens a # roulé authentiquement sur la pratique de la Loi, sur la façon de l'en- “ tendre, sur les additions qu'y avait faites Ia tradition des anciens; dans Jean tout cela a disparu : Jésus veut inculquer aux Juifs le dogme de sa nature divine, et ils se montrent récalcitrants. Il ne suffirait pas" de répondre que Jean n'est pas revenu sur un thème déjà épuisé, et qu'il s'est occupé de ce que les synoptiques avaient laissé dans l'ombre. Ë On demanderaïit pourquoi les synoptiques auraient négligé l'essentiel? É C'est donc plutôt que Jean a en vue une controverse plus récente, engagée entre les chrétiens hellénisés et les judéo-Chrétiens, et trans- À portée au temps de Jésus pour donner aux affirmations du disciple l'autorité du Maitre. :

(1) Résumé excellent dans un article de M. Venard (Dictionnaire de théologie … catholique, fase. Lx-Eu, p. 559 ss.)

(2! Pour les points quai reviennent moins souvent, l'index du Commentaire indiquera les passages.

(3) Telle est en particulier la thèse de Bousset, Ayrios Chrisios. 1913, B. 186 ss.

ne si

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