JEAN LE THÉOLOGIEN. CXLV
Car Jésus, celui des synoptiques, ne paraît pas du tout s’être soucié
de se donner comme Fils de Dieu et comme Dieu. Il fut le plus grand
des prophètes. Était-il digne de lui de se mettre en avant, à la manière
d’un Simon le Magicien ou d’un Ménandre, de se servir avec tant d’em-
LS ce « moi », haïssable d’après Pascal, qui rappelle les litanies sis?
La stèle de Diodore de Sicile (4) lui fait dire : « Je suis Isis, la reine de toute région, instruite par Hermès, et toutes les lois que j'ai imposées, personne ne peut les abolir. Je suis la fille aînée du plus jeune dieu Kronos. Je suis fille et femme du roi Osiris. Je suis la première qui ait inventé le fruit pour les hommes. Je suis la mère du roi Horus. Je suis celle qui se lève dans l’astre du Chien »…
Même affectation de panégyrique avec êyw en tête de chaque phrase.
dans l'inscription de los (2), où Isis ajoute encore aux louanges qu’elle se donne. 7
Il est vrai qu'Iisis se contente de peu, qu'elle n’invite pas au salut éternel, et que ses relations mythologiques ne semblent qu’une caricature comparées à la sublime élévation des discours du Christ. Néanmoins, ce qui étonne dans le quatrième évangile, c’est précisément ce soin ‘de sa gloire qui paraît si étranger à l'humilité du Jésus synoptique. Est-ce bien le même Jésus qui a éprouvé l'agonie de Gethsémani, et qui cachait avec tant de soin sa qualité de Messie? Est-il digne de Dieu de chercher à éblouir les hommes par des déclarations sur sa propre dignité? Le Fils de Dieu serait-il grandi, s’il avait porté la couronne d’or au lieu de la couronne d’épines? Est-il venu pour souffrir et cela sous la forme d’un esclave, comme nous l’a affirmé saint Paul, ou pour manifester sa gloire à tout propos? Si celte glorification personnelle était vraiment ce que disent les rationalistes, l'âme religieuse en éprouverait un certain malaise, et c'est peut-être ce que n’ont pas senti certains commentateurs (3), qui se sont jetés tête baissée
(1) 1, 27. Diodore est mort après l'an 27 de J.-C.
(2) 2° ou 3°. ap. J.-C., mais se rattachant pour le contenu à celle de Diodore.
(3) Cornely (Introductio spec. II, 254 ss.) et après lui la Bible de Crampon, reconnaissent comme idée dominante de l’évangile la manifestation de la gloire du Christ, soit dans sa vie, soit dans sa mort. Nous ne pensons pas que telle soit la pensée fondamentale de Jo. Sans doute le Christ, durant sa vie, a manifesté sa gloire; cela est indiqué expressément pour deux miracles (x, 11; x1, 4) et l'on peut en dire autant des autres par analogie. Mais le grand principe johannique, c'est que le Christ en s'incarnant a voilé sa gloire (xvu, 5), gloire qui ne doit lui être rendue que le moment venu (vu, 39; xur, 16. 23; xvir, 1). Il est en particulier déplacé de parler de la manifestation de la gloire du Christ dans sa Passion. S'il y apparaît toujours dans sa dignité, c’est bien plutôt l'heure des humiliations : la gloire n’est envisagée (xim, 31) que comme le résultat de son obéissance envers le Père. Le prince du monde n'a aucun droit sur lui (x1v, 30), mais enfin il exerce injustement une tyrannie qui aboutit
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