JEAN LE THÉOLOGIEN. CLIIE
propos de Mc. (1) : « Lorsque Jésus se nomme Fils de l’homme, il entend simplement « l’homme que je suis » pour attirer l'attention sur sa personne, sans prendre ouvertement, et pour ainsi dire officiellement le titre de Messie. Il va sans dire que, par le fait même, les plus glorieuses prérogatives messianiques peuvent s’accorder avec ce titre. Mais aussi ce nom si modeste, et qui met si bien en relief sa nature humaine. est admirablement en harmonie avec l'annonce de sa passion douloureuse (vin, 31 ; 1x, 12. 31; x, 33)... … Quand Jésus voulut faire allusion à son triomphe, il put très naturellement associer le texte de Daniel à celui du psaume ex, deux passages qui manifestaient chacun à sa façon un personnage associé à la gloire de Dieu... fils de l’homme n’était point un titre: messianique courant. »
Cela n'était écrit qu’en vue des synoptiques et spécialement de Marc; il semble que cela résulte aussi de Jean.
Fils de l’homme est si peu un titre courant que la foule ne le comprend pas ‘xn, 34) et cependant elle a du moins compris que Jésus l'employait. pour dire « je » (2), avec une nuance particulière. Trois fois Jésus est nommé ainsi quand il annonce sa passion future (nr, 14; VI, 28; x11, 34). Et s’il se sert du mot «être élevé », synonyme de « être crucifié », c'est parce que sa mort, pour ceux qui sauront comprendre, sera le point de départ de sa glorification (LC. xx1v, 26). Mais la passion atteint dans sa chair le Fils de l'homme. Aussi ce terme désigne-t-il bien son humanité. Si c'est le Fils de l'homme qui donne le pain de vie (vi, 27), c’est parce que ce pain est la propre chair du Fils de l’homme (vi, 53). C'est donc aussi de la gloire accordée plus tard à cette humanité qu'il est question dans le même contexte (vi, 62) (3). Le pouvoir de juger les hommes, si haut qu’il soit, est donné au Fils de l’homme (v,27), sans doute pour qu'ils ne puissent récuser le jugement de l’un d’entre eux, choisi par Dieu pour cet office. C'est seulement lorsque la passion est imminente et déjà envisagée dans ses résultats, comme dans les synoptiques (Mc. xiv, 62 et parall.), que Jésus parle de la glorification du Fils de l'homme Qu, 23; xt, 31).
Il reste trois textes (1, 51; Ii, 43; 1x, 30 douteux), difficiles, mais qui ne changent rien à cette image assez nette. On peut dire sans exagération que le sens messianique et, si l’on peut ainsi parler, daniélique, n’est pas plus sensible dans Jean que dans les synoptiques. Si l'on y voit une apparition glorieuse, c’est en vertu de ce préjugé qui exagère le rayonnement de la gloire du Sauveur durant sa vie mortelle.
(1) Comm. p. CXXXVI S.
(2) La foule le déduit de 5Yw6w.
(3) Il n’est pas dit que le pis de l'homme ait préexisté comme tel, mais seulement qu'il était préexistant.. peut-être avant de devenir Fils de l'homme.