III. — LE FILS DE DIEU, PRÉEXISTANT, UN AVEC SON PÈRE
C'est ici le point le plus délicat de la théologie johannique. Loin de tious la pensée d’affaiblir la force des déclarations de Jésus sur sa personne. Il en résulte bien qu'il possède la nature divine : il est un avec son Père, c’est-à-dire la même chose que lui, touten demeurant distinct de lui. C'est le point essentiel. Mais ja manière de le dire n'est pas indifférente. Les anciens n'hésitaient point à mettre leur personnalité en avant. La modestie en parlant de soi est devenue la règle des honnêtes gens, et comme ils la tiennent des exemples d'humilité donnés par Jésus, nous ne nous attendons pas à voir le Christ johannique attirer l'attention à plaisir sur les prérogatives de sa nature humaine.
Quant à la nature divine, il lui est propre de rayonner. L'homme qui cherche à se faire valoir aux yeux des autres confesse par là même son indigence. La divinité, en se révélant, ne fait que laisser voir par bonté quelque chose de sa grandeur infinie. Pourtant la situation du Fils incarné en Jésus exigeait quelques tempéraments. Il apparaissait comme homme, avec toutes les réalités de la nature humaine, sauf le péché, parmi les serviteurs d’un Dieu qui était son Père, et dont il consommait l'œuvre depuis longtemps ébauchée. Le premier article de la foi d'Israël, presque le seul dans un isolement solennel, c'était l'unité de Dieu à qui seul était dû le culte et l'amour. Jésus n’aurait-il pas rompu la chaîne des préparations divines en se donnant simplement comme Dieu dès sa manifestation à Israël? Il importait bien plutôt de préparer les esprits à cette vérité salutaire, mais étonnante, inouïe. Le plus pressé était d'établir sa mission comme envoyé de Dieu, venu pour faire son œuvre, une œuvre qui devait être toute à sa gloire. Cet envoyé était bien un envoyé, c'est-à-dire qu’il existait avant d’être envoyé, et comme un être divin, distinct cependant de celui qu'on nommait le Père, et qu'il avait un droit spécial à nommer son Père. Il était donc son Fils, ayant, comme un véritable fils, la nature de son Père.
C'est ainsi que Jésus s'est révélé peu à peu. Il le devait à la gloire de son Père, mais il y était engagé surtout par l'intérêt de ceux qu'il venait sauver. On ose dire qu'il le devait à son propre honneur — selon notre manière de concevoir, — car elle nous paraît bien peu digne de Lui cette manière de s’étaler que tant de critiques rationalistes attribuent au Verbe incarné, véritable caricature de la manière très noble mais très délicate de saint Jean !
Etd'abord Jésus ne dit jamais : « Je suis Dieu ». Ce n'est pas que c’eût été difficile ou sans exemple. Dans le paganisme, cela n'avait pas grande importance. Le divin était partout, Dieu nulle part. Quelqu'un se présentait pour recevoir les hommages qu'on ne refusait à aucun dieu. Pour
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