XVI INTRODUCTION
l'autre disciple de xvinr, 15, car ses relations avec le grand prêtre seraient très naturelles. Habitant Jérusalem, il aurait été mieux au courant du ministère de Jésus dans cette ville, ministère qui occupe tant de place dans Jean.
Ces raisons ont entraîné MM. Delff, Bousset, von Soden, cités par M. Lepin (1), et naguère encore M. Swete, critique si modéré, peu de temps avant sa mort (1947) (2). $
En fait, cependant, les Actes des Apôtres tranchent la question en faveur de Jean, fils de Zébédée, car les Actes ont noté l'intimité de Pierre et de Jean (3), correspondant exactement, quoique sans la moindre affectation, à leur situation dans Jo., l'initiative étant toujours le fait de Pierre, ainsi que le premier rang. Cette intimité se manifeste à la Cène et se poursuit dans les récits de la Passion et de la Résurrection; mais elle semble, nous l'avons vu, être née déjà dans la compagnie du Baptiste.
Nous retenons cependant ce fait que l’auteur de l'évangile avait des relations à Jérusalem. Qu'un pêcheur du lac de Tibériade ait eu des accointances avec le grand prêtre, cela n’a rien d'étonnant pour qui s’est rendu compte du sincère esprit démocratique des Orientaux et de leur extrême facilité à se déplacer et à contracter des alliances au loin. Les docteurs de la Loi aimaient à exercer un métier manuel. Zébédée avait des mercenaires (Mc. 1, 20) ce qui n’est pas dit de Pierre. Jean pouvait être de meilleure famille, et si Pierre était le chef par la volonté de Jésus, sans parler du très probable prestige de l’âge (xx, 8), peut-être lui arrivait-il de faire un cas spécial des relations et des intuitions de son jeune ami. Dans la Cène il semble s’en rapporter à son tact, et pour entrer chez le grand prêtre il a recours à lui.
Ce sont des indices légers, mais précieux pour nous révéler dans Jean une nature plus délicate, un esprit plus cultivé, avec un tempérament non moins ardent, un zèle non moins passionné (Mc. 1x, 38; Le. 1x, 49.54).
Nous concluons donc que le témoignage du quatrième évangile suffit à lui seul à indiquer que l’auteur est bien Jean, fils de Zébédée. C'est ce qu'il a voulu dire, et c’est à ce titre que son œuvre a été produite et reçue dans les Églises. Jusqu'à présent les critiques semblent avoir compris qu'il serait trop osé de lui reprocher d’avoir pris un masque dans le dessein de tromper. On préfère, d’un accord unanime parmi les plus radicaux, supposer que les passages relatifs au disciple bien-aimé ont été ajoutés par ceux qui voulaient donner du crédit à l’évangile.
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(1) L'origine…, p. 388.
(2) The Journ. of. th. St. 1916, p. 371 ss.
(8) Act. ur, 1. 3. 11; 1v, 13. 19 ; VInx, 14.
L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. : XVII
Il ya bien une fraude, mais on ne l’impute pas à un génie religieux de première grandeur.
Nous répondons que cette négation ne s'appuie sur rien, si ce n’est qu'on la croit nécessaire à une négation plus générale, et nous attendons des preuves.
Celui qui aurait ajouté cet indice positif de reconnaissance devait
naturellement être enclin à mettre un nom. Il ne l’a pas fait. Mais il a suggéré Jean, fils de Zébédée. Pourquoi? Et comment se fait-il que cet indice positif coïncide avec l'indice négatif du silence sur tout ce qui regarde la famille de Zébédée?Il faudrait donc que l’arrangeur ait enlevé les noms de Jean et de Jacques, et que, pour suggérer Jean, il ait commencé par le rayer de l’évangile!
Enfin, la conjecture « critique » est parfaitement contradictoire avec le système de ces radicaux qui ne nient pas tout à fait l'unité. Ils soutiennent volontiers que le quatrième évangile se donne comme spirituel, comme supérieur aux autres; l’auteur se mettait sans hésiter au-dessus de la tradition des synoptiques : il ne voulait pas les compléter, mais les supplanter. Il lui fallait, pour y réussir, placer son autorité au-dessus de celle de Pierre. Comment pouvait-il se mettre au-dessus de Pierre sans rien insinuer sur sa propre personne? Et comment essayer de supplanter les évangiles synoptiques sans s’autoriser d'aucun apôtre pour une entreprise aussi hasardeuse?
Les adversaires de l’unité admettent volontiers qu’une seconde rédaction a concilié le quatrième évangile avec les synoptiques, et c'est à ce moment qu'on aurait ajouté le disciple bien-aimé. Mais il était alors beaucoup moins indispensable. Si l’on suppose que c’est le dernier rédacteur qui à eu cette initiative hardie, comment se fait-il que dans le ch. xx1 qu'on lui attribue il ait donné si nettement la supériorité à Pierre dans le gouvernement et par le privilège du martyre?
Il est vrai que M. Heitmüller (4) a cru tout arranger en distinguant trois stades : pas de disciple bien-aimé; un disciple bien-aimé supérieur à Pierre et qu’on donne comme témoin; un disciple bien-aimé égal à Pierre et qu'on donne comme écrivain. Mais les critiques habitués à traiter les textes avec quelque méthode ne peuvent reconnaître dans ce système qu'une manière d'échapper au témoignage que se rend l'auteur. Encore une fois, c’est dès le début qu’il a dû se mettre en scène, et il eût été contradictoire de défier la tradition synoptique en se plaçant au-dessus de Pierre au moment où l’on voulait se concilier ses partisans.
Nous argumentons, il est vrai, ad hominem. Mais, en mettant les
(1) Die Johannes-Tradilion dans ZnW 1914, p. 105. Nous ferons plus d’une fois allusion à cette critique récente de la tradition johannique. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN. b