‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 94 sur 326 · V. — LE CHRIST LUMIÈRE · texte numérisé non relu

V. — LE CHRIST LUMIÈRE

Dans le Prologue, le Verbe est lumière (1, 4. 5. 7.8 (bis). 9). On en a conclu que de ce thème théorique servant de programme, Jo. a tiré les déclarations qu’il a placées, dans la bouche de Jésus, et qui par conséquent ne seraient pas historiques ni appuyées sur la tradition. Mais si l'on prend pour base la critique littéraire, on notera que xt, 19. 20.2 sont des réflexions de Jo., et que xx, 46 est dans un résumé où sa pensée personnelle se reflète plus que dans les discours prononcés par Jésus. Les textes qui restent s’expliquent très bien par les circonstances.

Pour en préciser le sens, il faut tenir compte de la tradition antérieure. Il est fort exagéré de dire que dans tout l'A. T. Dieu est lumière, et ce n’est pas par le Ps. xxxv {xxxvi), 9 qu’onle prouverait; car Zn lumine tuo videbimus lumen « pris dans le contexte du psaume... signifie simplement que le Seigneur comble ses serviteurs, en cette vie même, de précieuses bénédictions » (1). Et il n’eût pas été sans inconvénient, lorsque les cultes astraux étaient florissants chez les Sémites, de dire simplement : « Dieu est la lumière ». Dans Dan. x, 5 (LXX) xat êx méoou «droù gùxc, il y à Comme une précaution pour éviter d'identifier Dieu et la lumière. [Il avait créée (Gen. 1, 3), il en était comme revêtu (Ps. cr, 2), elle se répandait de son visage sur ceux qui recevaient la bénédiction du grand prêtre (Num. vi, 25). Si à l’Exode la nuée lumineuse avait guidé les Israélites (Ex. xnr, 21), Dieu se proposait de plus en plus par sa

lumière de conduire ses fidèles dans la voie du bien : &v +5 ogürt ro5

rposwmou cou mopetcovræ (Ps. LxxxvII, 15), où comme disaient les Ps. de Sal. (11, 16) xat # Con adrév êv qurt xupiou. Dieu était la lumière d’Israël (Is. x, 17), il n’était point encore conçu comme la lumière essentielle. A mesure qu’on s’entendait mieux sur sa nature purement spirituelle, on approchait de ce concept : la sagesse « est un rayonnement de la lumière éternelle » (Sap. vir, 26). Mais on sait que Jean n’a pas employé covix pour désigner le Fils de Dieu. Dieu pouvait communiquer sa lumière aux hommes (Ps. 1v, 6), et même, dans Isaïe, il choisit son serviteur pour être « la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles » (Is. xLI, 6).

Il était tout naturel que cette prophétie fût entendue du Messie et appliquée à Jésus (Le. 11, 32). Il avait apparu sur les bords du lac (Mt. IV, 16) comme la grande lumière prédite ailleurs par Isaïe (1x, 1). Déjà dans Mc. (1v, 21) Jésus comparait sa doctrine à une lampe qu’il convient de placer sur le chandelier ; il nommait ses disciples « la lumière du monde» (Mt. v, 44), il opposait les fils de la lumière aux fils de ce monde (Le. xvx, 8).

(1) FILLION, Comm.

ÉVANCILE S#LON SAINT JEAN. k

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ex INTRODUCTION. Run :

C'est à cette tradition des paroles du Maître que se rattache Jean. Lorsque Jésus déclare : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, maïs il aura la lumière de la vie » (vnr, 12), l'absence de tout contexte explicatif nous laisse dans l'embarras. Mais quelle raison de croire avec Bauer qu'il fait front contre les prétentions de Mithra, ou comme d'autres diront, du Soleil? Il se présente seulement comme le maître de la vérité, celui qui indique la voie qui conduit à la vie, la vérité étant déjà dans l'âme le commencement de la vie spirituelle : pü< Kuptou rvon avôporev (Prov. xx, 27).

Un second texte est plus précis (1x, 5) : « Tant que je suis dans le. monde, je suis la lumière du monde ». C'est donc bien comme envoyé de Dieu qu'il est k lumière du monde; et cela est dit à propos de l'aveuglené, donc très naturellement, et en prévision de la nuit qui mettra un terme à son action. à

C'est tout à fait la même pensée dans le troisième texte (xn, 35 s.). Tant qu'il est là, il est temps de se ranger à sa doctrine : « Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir fils de lumière ». « Fils de lumière », comme dans Le. xvi, 8. Il est vrai que æiozsuers sic rù s&x semble faire de la lumière l'objet de la foi, et par conséquent la révéler comme essentielle. Toutefois on ne saurait faire abstraction de la métaphore développée dans ces deux versets : croire en la lumière, c'est marcher dans la lumière, prendre le Christ pour guide dans la voie de la vérité. Cyrille a reconnu ici une allusion à l’Écriture, c'est-à-dire sans doute à Is. xzui, 6.

Les deux derniers textes offrent une indication pour l'intelligence du premier : il paraît très naturel de voir dans tous trois une allusion à la mission du Christ, envoyé par Dieu pour être la lumière, c'est-à-dire le dispensateur de la vérité. Il était la vérité, et il l'a dit à ses disciples (x1v, 6) mais non pas explicitement aux Juifs; il leur disait cependant la vérité (vrir, 40. 45. 46). Ses paroles, telles que les rapporte Jean, sont dans le courant de la tradition synoptique, mettant, il est vrai, dans tout son jour une ancienne prophétie. Et elles ne semblent pas avoir déchaine spécialement la colère des Juifs. Ce ne serait pas assez pour réaliser en traits d'histoire librement inventés un programme grandiose : c'était assez pour permettre à Jean de dire dans le prologue comment cette lumière qui a brillé dans le temps était une lumière essentielle, étant Dieu, qui est lumière (I Jo. 1, 5); les deux séries de textes de l'A. T. sur la lumière de Dieu et la lumière de son serviteur se rejoignaient ainsi en la personne du Verbe.

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