CLXIV INTRODUCTION
par le baptême, et qui est par conséquent celui que Jésus a établi sur la terre, et le sien propre (xvir, 36) qui n’est pas de ce monde, c'est-à-dire qui est d'une nature spirituelle, et dont il est déjà le roi. Des deux modes de la Buouelx, Jo. a donc choisi, dans l’usage très restreint qu’il en fait, celui qui prévalait déjà dans saint Paul, et qui remontait certainement à Jésus lui-même.
Mais les synoptiques avaient une autre manière de désigner le royaume de Dieu de l'au-delà : c'était la vie (Mt. va, 14; xvnr, 8; x1x, 17; Mc. gux, 43), ou la vie éternelle (Mt. xix, 46; Mc. x, 17; Le. x, 25; xvirr, 18.30), les deux termes ayant le même sens. Sauf une allusion de Le. xv, 32, les synoptiques ne parlent pas d’une vie éternelle commencée, et cette différence avec Jo. est en somme plus notable que son abstention presque totale relativement au royaume. Leur prédication s’adressait surtout aux fidèles réunis idéalement, après avoir été groupés pour la catéchèse; peut-. être ont-ils pensé que la notion du royaume, qui se transformait aisémenten celle d’Église, suffisait aux premiers besoins. Le « royaume », impliquant quelque chose de visible, était peu propre à exprimer un don intérieur (1),et la vie était exclusivement entendue dans le sens de vie éternelle. Il est difficile de contester le fait, à moins de donner une portée spéciale à la parole citée par Jésus (Mt. 1v, 4; Le. 1v, 4) du Deutéronome (vin, 3) : « l'homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Est-ce une raison pour prétendre que la vie spirituelle sur la terre est une invention de Jean? En réalité elle a déjà dans l'A. T. des bases solides. Le Dieu d'Israël était le Dieu vivant, et la source de la vie était auprès de lui (Ps. xxxv, 9) : rap oo mnyà Cwñc. Il va sans dire que le plus souvent les Israélites lui demandaient de prolonger leur vie et de couler des jours heureux. Mais Isaïe (Lx, 1-5) parle certainement d’une boisson et d’une nourriture de l’ordre religieux et intérieur : « Ô vous tous qui avez soif venez aux eaux... Écoutez-moi et mangez ce qui est bon. Écoutez et que votre âme vive. » Le pieux Israélite, admis à la table de Iahvé, aspirait à mener avec lui une vie commune et qui n'aurait pas de terme. La foi en l'immortalité bienheureuse semble avoir eu pour base chez des fidèles aimants le désir de ne pas se séparer de leur Dieu : « Tu ne permettras pas que ton dévot voie la corruption », dit le psalmiste (xvr, 10; cf. LxxnI, 23); « Le sage suit un sentier de vie qui mène en haut, pour se détourner du séjour des morts qui est en bas » {Prov. xv, 24). On ne devait donc pas s'étonner d'entendre Jésus dire aux Juifs : « Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort» (Jo. vi, 51), si ce n’est que l'envoyé de Dieu ne parlait plus de 19 Loi, mais de sa parole. Ce qu'il ya ici de nouveau, c’est qu'il est lui-même la source de la vie. Il l’est, non
(1) Aussi ne l’avons-nous pas admis pour Le. xvn, 21.