JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXV
pas seulement comme chargé de promulguer la véritable loi de Dieu, mais parce qu'il a reçu la vie dans la plénitude qui convient à un principe de vie (v, 26). En effet, c’est par lui que le monde et que chaque homme à la vie.
Laquelle? La vie éternelle de l'au-delà, ou une vie spirituelle déjà présente? Il est clair que Jo. n’a pas renoncé à la conception courante de la vie de l’au-delà. C'était celle des synoptiques, nous l’avons vu, sous la double forme de vie et de vie éternelle. On retrouve exactement le même phénomène dans les Psaumes de Salomon : of dà oo6oümevor xupuv dvacricovro sis Coñv aiwviov (Ir, 16) tout à fait comme dans II Macch. vur, 9 es œiwviov dvablwoty Luis évacthoe. On ne dira pas que dans les Ps.-Sal. la vie éternelle est déjà commencée, car elle. est opposée à la perte définitive (énrwkeu) dans 1x, 9 et xx, 9. L'homme pieux économise déjà de la vie pour soi, mais auprès du Seigneur (ix, 9). Les commandements conduisent à la vie, mais cette vie commencera auprès du Seigneur : of èè ôctot xuotou xAnpovoucoust Cwfv (x1v, 1. 2. 7). Il serait donc bien étrange que Jo. ait employé la vie et la vie éternelle seulement dans un sens différent. Et en effet il a bien en vue le sens normal, surtout lorsqu'il dit Cwn aiwvios. Nous entendons ainsi les textes où, par la foi de Jésus on acquiert la vie éternelle (x, 45; 1v, 86; v, 29.39. 40; vi, 27.40; x, 28; x11, 25). Cela est particulièrement clair dans v, 29 : eiç dvdcraow Cwñc.
Mais il est aussi des textes qui affirment clairement que la vie, et la vie éternelle est déjà commencée en celui qui croit (v, 24) ou qui mange la chair et boit le sang du Fils de l’homme {vr, 54). De sorte que l’on peut être en doute à propos de textes plus vagues, comme 1v, 14; vi, 33. 47.63. 68; x, 10. De plus dans xt, 25 la vie (spirituelle) semble d’abord liée à la résurrection, puis elle se manifeste comme persistante
“en dépit de la mort (temporelle). Ce dernier passage nous prouve que les deux notions se complètent. On prétend que le thème de la résurrection est adventice, et que v, 28-30; vr, 39. 40. 44. 54 sont des additions au texte primitif. — Mais rien ne l'indique. La « vie éternelle » à propos de la vie spirituelle présente ne peut être qu'un mot dérivé et une chose anticipée. Or la vie éternelle chez les Juifs avait pour prélude la résurrection. Les discours, adressés à eux, devaient comprendre ce thème. Il était même exigé par les sujets traités à la piscine et à Capharnaüm. — Dans le premier, Jésus affirme qu’il agit comme son Père. Il a guéri un malade; il peut aussi rendre la vie aux morts. Les deux miracles semblent être du même ordre, mais une résurrection isolée évoque l’image de la résurrection des morts qui n’a point pour terme une vie ordinaire : c’est la vie éternelle. Celui qui la donnera peut déjà la communiquer à ceux qui croient en lui. Dans le second discours, Jésus ne veut pas prouver directement qu’il est supérieur à Moïse parce qu'il donne une nourriture spirituelle, mais parce que ceux qui mangent la nourriture qu'il donne ne
CEXVI INTRODUCTION.
. mourront pas : ils encourront la mort temporelle, mais ils ont déjà le principe de vie lequel sortira son plein effet par la résurrection. Dans les
deux cas, la résurrection est au terme, et c’est ce point fixé par la foi juive qui permet à Jésus de proposer sa doctrine de la vie éternelle déjà
commencée, et surtout d'affirmer qu'il est le principe et de cette vie et de
son épanouissement.
On voit ce qu'il faut penser de l’opposition doctrinale qu’on dit la plus.
signalée entre les synoptiques et Jean. Eux ne pensaient qu'à l’avènement glorieux prochain du Christ. Jean, lui, y aurait renoncé et l'aurait remplacé par un avènement intérieur et spirituel. On ne peut obtenir
.cette opposition qu'en supprimant du quatrième évangile les textes sur la résurrection. Cela n’est pas permis. Et, sans parler d’autres textes
(Jo. xiv, 2s.; xxt, 22), quel droit a-t-on de lui refuser une doctrine expressément professée dans la 1° épître (I Jo. 1v, 17; v, 20) et même avec le terme formel de parousie (I Jo. 11, 28)?
Nous avons donc ici le phénomène souvent constaté. Jean n'insiste pas
sur la doctrine reçue, si souvent inculquée par les synoptiques, mais plutôt sur une doctrine très importante, d’un caractère mystique. Il a soin de conserver le contact avec la tradition sur la résurrection des morts, et affirme avec force qu'elle rentre dans la mission du Christ, ce que les synoptiques n’avaient pas dit.
B. — La personne de Jésus d’après ses entretiens intimes avec ses disciples (XIvV-xXvIr).
La doctrine est bien la même, mais il est aisé de constater qu’elle est plus développée et plus approfondie. N'était-il pas dans l'ordre que Jésus donnât à ses disciples un enseignement plus complet, qu'il leur ft même connaître des notions que la masse, et surtout des adversaires mal disposés, ne pouvaient supporter encore? C'est la position expresse des synoptiques : « Il vous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu; à ceux-ci cela n’est pas donné » (Mt. xnr, 11; Me. 1v, 11; Le. vu, 10). Et cependant les synoptiques citent à peine quelques explications données en particulier aux disciples (Me. 1v, 13 et parall. ; Mt. xu11, 86-43; Me. vu, 17 ss. — Mt. xv, 15 ss., etc.). Jean est donc tout à fait dans leur thème, et il les complète sur les points les plus mystérieux, que la catéchèse n'avait pas d'abord abordés, mais qui étaient bien dans la foi primitive des Apôtres, comme le prouve l’enseignement de saint Paul.
Nous ne faisons ici que signaler rapidement quelques points sur les lignes que nous venons de parcourir.
Jésus ne parle pas à ses disciples de sa qualité de Messie : le mot