JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXVI
de Christ est seulement joint à Jésus dans une formule qui a quelque chose d’une profession de foi (xvir, 3).
Le Fils de l’homme apparaît seulement au début du grand entretien (xm, 31).
Jésus ne se dit pas expressément Fils de Dieu, mais on le voit constamment en tête à tête avec son Père, dans la gloire qu’ils se rendent mutuellement {x1v, 43 et xvur, 1). La foi en Lui, déjà exigée, est mise sur le même rang que la foi en Dieu ({x1v, 1) (1). C’est lui qui exauce les prières (x1v, 13.14). Il est en le Père et le Père en lui (x1v, 10), selon la formule qui ne pouvait être dépassée. Sa préexistence avait déjà été affirmée aux Juifs, mais il parle avec plus de netteté de sa mission : venu d’auprès du Père, il retourne auprès du Père (xvr, 28; cf. xvir, 8); il parle avec complaisance de la gloire que le Père lui avait donnée avant que le monde fût (xvir, 5.24). Nous savions déjà que le Père aimait Jésus parce qu'il faisait le sacrifice de sa vie (x, 17); nous apprenons maintenant qu’il l'aime avant la création du monde (xvn, 24). Son origine divine antérieure à l’Incarnation n’est point encore nommée explicitement une filiation, mais c’est le don par le Père, et par conséquent au Fils, de tout ce qui est à lui : le Fils est donc en état d’être une source par rapport à l’Esprit-Saint (xvr, 14 s.): comme son Père doit l'envoyer (xiv, 16.26), il l’enverra aussi (xv, 26; xvi, 7).
Il y a donc dans cet entretien une révélation sur les secrets de la vie divine, dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Cependant le « moi » de Jésus est aussi un moi subordonné, manifestement par suite de la mission qu'il a reçue et qui l’a conduit à prendre une chair d'homme : le Père est plus grand que lui par cela même ({x1v, 28); c’est sa parole que prononce Jésus (xiv, 24), il lui obéit {x1v, 34), il observe ses préceptes (xv, 10).
Jésus ne se sert plus pour se faire connaître de la métaphore de la lumière : mais il est la vérité (x1v, 6).
Il est surtout la vie (x1v, 6) et, parce qu'il vit, ses disciples vivront (x1v, 19). Si cette vie est une vie spirituelle, Jésus leur donnera aussi la vie éternelle (xvir, 2), et il-explique cette fois ce qu'est la vie éternelle, connaître le seul vrai Dieu, et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ. Cette vie est bien celle de l'au-delà, où ils verront la gloire donnée au Fils par le Père {xvur, 24).
Mais si la gloire est l'apanage de la vie future, la vie spirituelle commencée est bien une vie divine, car Jésus en est la sève, comme l'explique la parabole allégorique de la vigne (xv, 1-9), et par le Fils elle touche au Père. Non seulement le Fils viendra, et le Père aussi, pour faire leur résidence dans le disciple aimant : l'unité du disciple
(1) Sur v, 23 qui est du même ordre, cf. Comm.
qui sont l'un dans l’autre (xvn, 21-33, cf. iv, M). L'unité a le de mot, dans la charité : non pas que les rangs soient confondus entre qui était dans la gloire du Père et ceux qu'il est venu Sauver, ImaS, parce que la charité éternelle du Père pour le Fils descend en eux en même temps que le Fils (xrn, 2%).
Ces paroles contiennent un enseignement sublime, qui S'exprimers par le mystère de la Très Sainte Trinité et de la vie de la grèce mau= gurant la vie de la gloire. Elles n'ont rien cependant d'un cours Spétu=" latif, d'une leçon de théologie. Elles sont, si l'on peut dire, dans la note du moment. La foi des disciples va être mise à une rude épreuve, # et cependant l'œuvre de Jésus doit reposer sur eux : il Sut quil aïent foi en lui, le principe et le terme de leur vie religieuse, orientée « vers le seul vrai Dieu; il faut qu'ils se préparent à recevoir V'Esprit- Saint, et qu'ils sachent ce qu'il sera pour eux. C'est pour cela que, dans cette heure suprème, Jésus les instruit de ses relations avec le | Père et avec l'Esprit. Il faut encore qu'ils fondent un groupe de fidèles dont la vie doit être surnaturelle, divine : une, par conséquent, en vertu de la vie divine communiquée par Jésus. Cette unité entre des hommes * et avec Dieu est fondée sur la charité qui découle du Père : de KR l'insis- « tance très particulière dans ces dernières paroles sur là vie mystique des disciples en Jésus-Christ et dans k charité. Et si tout conduit à Dieu dans cette mystique, cependant Jésus-Christ comme Fils incarné en est le médiateur, par sa parole d'ahord, puis par sa présence dans les âmes (1} auxquelles il donne la vie. Cette vérité vient de son cœur, et atteint le cœur des disciples: c'est un adieu.
C. — Le résumé de la prédication de Jésus, les passages où Jean commente ses paroles et le Prologue.
NN va sans dire que dans le Prologue Jean ne s'astreint pas à reproduire des paroles prononcées par Jésus. Nous pensons, avec nombre d'exégètes catholiques, que ce n'est pas non plus le cas dans les passages où, sans avertir expressément, il laisse cependant reconnaître qu'il poursuit à sa façon l'enseignement donné par le Maître (nr, 46-21: 34-36). Enfin, lorsqu'il donne en quelques lignes (xn, 4450) un résumé de k prédication de Jésus, ces paroles, placées en dehors de tonte situation précise dans sa vie, peuvent passer pour l'impression laissée dans l'esprit du fdèle disciple, et marquer ainsi un certain développement (2 (2}-
y Ÿ, pt
, 17 us Re par arlon pas des réflerions de l'éranséliste (ux, 36-43) qui ent peur. objet
| Nous supposons ici que la distinction de ces passages repose sur une itique littéraire solide : le rapport spécial qu'ils ont enfre eux est une
” Le résumé (sn, 14-50..
Croire en Jésus, c'est croire en celui qui Va envoyé; le voir c’est voir celui qui l'a envoyé : cela résulte bien de ce que Jésus a dit à ses ’ disciples {xiv, 9) sous une forme plus compréhensive. Jésus Jumiére est venu dans le monde : il était donc lumière avant d'y être envoyé, ce qui dépasse ce que nous avons vu de l'envoyé de Dieu (1), mais coïncide avec le Prologue (1, Ass.). 1 n’est pas venu pour juger le monde,
mais pour le sauver, ce qui est tout à fait comme la glose des paroles à Nicodème (ur, 17 s.); il y à cependant cette différence que, dans
sx, 48, la doctrine mystique est plus avancée, puisque le jugement est déja prononcé par le discernement des bons et des mauvais, ce que xu, 48 renvoie au dernier jour. Nous avons dans x, 47 s. comme une fusion des deux notions de v, 24 et v, 27-20.
Ayant ainsi gorifié le rôle du Fils, le résumé n'omet pas le point capital de sa dépendance envers le Père dans tout ce qu'il dit comme son envoyé. La lumniére étant au début de son œuvre, la vie en marque Le terme : c'est le commandement divin qui est vie, vie déjà commencée quand on le pratique, et vie éternelle. La parole qui figure ici n’est point ane personne, mais elle est du moins personnifiée, puisque c'est elle qui jugera. Lumière, vie et verbe donnant à ce résumé le caractère d'une réplique du prologue, on plutôt d'une premiére esquisse de ce qui pouvait devenir le prologue.
Premier exposé (1x, 46-21) (2).
L'amour du Pére pour le Fils, répandu sur ses disciples, qui est le dernier mot des confidences de Jésus {xvi1, 33), apparaît ici comme le point de départ du dessein du Père : il a tant aimé le monde! Le Fils unique ( uorrçaihs) est nommé au v. 16 et au v. 18, et seulement encore dans le prologue (1, 44,48). Dans les deux cas il est Fils avant l'Incarnation, ce qui n'est pas dit aussi explicitement dans les discours de Jésus. Le Fils 2 été donné pour que ceux qui croient en Ini aient la vie éfernelle (xx, 31}, car il est venu pour sauver, non pOur juger (cf. xu, 47 s.). Le jugement se produit dès maintenant selon l'accueil qu'on fait 4 la lumière. C'est la doctrine de v, 24 pour ceux qui croient : elle est appli-
le dessein de Dieu dans l'incrédulité d'Israél. On y constaterait aisément que la docirine, appuyée sur deux citations, a un aspect plus évolué que dans les paroles du Saureur sur la grâce nécessaire pour venir à lui : w1, 44.65.
{1} Voir plus haut, p. CI £-
(2) 15° est un versei de transition.
€EXX À INTRODUCTION.
quée à ceux qui ne croient pas par une formule balancée en sens contraire. Enfin l'explication est donnée de cette double attitude en face de | la lumière venue dans le monde {1, 9-11; xu, 48). Tout ce passage est. done comme une réflexion théologique sur quelques-unes des données du prologue, plus avancée dans la recherche des causes que le simple résumé de xn1, 44-50, mais sur le même thème. J
Deurième exposé (nr, 31-36). 8
11 suit les paroles du Baptiste, et c'est sans doute pour cela qu'il s en tient au rôle messianique de Jésus. Celui-ci vient d'en baut, du ciel témoigne de ce qu'il a vu dans le ciel, et prononce les paroles de Dieu On ne voit pas que l'amour de Dieu pour le Fils doive s'entendre avants l'Incarnation; mais cependant il faut croire au Fils pour avoir la view éternelle : c'est le thème de l'évangéliste (xx, 31). La menace de la colère rappelle l'énergique prédication du Baptiste. On dirait non plus d'un résumé de la prédication de Jésus, mais d'une orientation de celle du. Baptiste vers le but de l'évangile.
Le Prologue {1, 1-18).
L'explication en est tentée dans le commentaire. On voudrait seulement répondre ici à la question posée par la critique : Le Prologue est-il une conception théologique qui domine tout l'évangile écrit précisément pour la mettre en lumière? A la question ainsi posée il faudrait répondre négativement. Sans doute le prologue contient les idées principales de l'évangile, mais sous une forme définitive et en quelque manière dérivée. Ce ne sont point cependant des conclusions déduites et par conséquent inférieures aux principes. Ce sont des principes, les principes premiers de la théologie de l'Incarnation. Mais ces principes sont perçus « et énoncés avec une clarté et une ampleur qu'ils n'avaient pas dans l'enseignement de Jésus, surtout dans ses paroles aux Juifs. Ils sont mis dans une lumière nouvelle : il nous est dit, ce que l’évangile ne dit pas - ailleurs, que Jésus est le Logos.
Jean est certes bien convaincu que cette lecon sera très utile à ceux qui liront son évangile; et cependant rien dans les paroles de Jésus ne conduisait clairement à une semblable appellation. C'est donc qu'il n'a ! rien changé à ces paroles dans l'intérêt d’une thèse arrêtée d'avance.
Si le Logos est dans le prologue un point vraiment nouveau, d'autres affirmations qui, celles-là, résultent bien des paroles de Jésus, sont formulées d'une manière plusabstraite, et en des termes plus précis. L'évangile a montré Jésus comme lumière et surtout comme auteur de la vie: ces deux idées ont été rapprochées dans le résumé et dans le premier exposé : nous venons de le voir. Dans le prologue la vie se place en tête, et la lumière est assimilée à la vie (1, 4). La préexistence de cette vie et de cette lumière est celle mème du Logos qui était auprès de Dieu toujours et qui est Dieu (1, 4), donc éternel.