‹ Evangile selon saint LucChapitre 104 sur 300 · τον Αμιναδαό (T 5 V) ou om. (A · texte numérisé non relu

τον Αμιναδαό (T 5 V) ou om. (A

tion récente. Il a seulement montré que ces mots ont été traduits de différentes façons, mais ils ne manquent dans aucun ms. ni du grec ni des versions.

Blass à mis, ὡς ἐνομίζετο, entre deux virgules, après τριάκοντα, de façon qu'il puisse ‘se rapporter à ce qui précède : « Trente ans, comme on pensait », parce que c ff? ont quod putabatur esse et g quod videbatur esse. Maïs les Latins, n'ayant pas ce participe, ont dû transposer esse qui y répondait, et leur pensée est bien celle du grec. D'ailleurs set indique déjà que l’âge n’est pas emprunté à un document officiel, mais à l'opinion; ajouter ὡς ἐνομίζετο serait un pléonasme, tandis que ces mots sont tout à fait opportuns, dans tout le contexte de Luc, pour rappeler la véritable origine de Jésus (ce que Blass reconnaît à la fin). Toutes ces arguties ne font que mettre en évidence le parti pris de certains critiques.

D'ailleurs pour tout le monde Joseph avait été le père de Jésus, et il méritait ce titre pour l'avoir élevé, étant uni à Marie par un véritable mariage, sans détriment de sa virginité. Lightfoot cite Chemoth Rabba, fol. 160, 4 : une orpheline fut élevée par un intendant, homme bon et fidèle. Il voulut la marier. On appelle un scribe, pour rédiger le contrat de sa dot... Il lui demande le nom de son père. Elle se tait. Son intendant lui dit : « Pourquoi te tais-tu? » Elle : « Parce que je ne connais d'autre père que toi, car c’est celui qui élève qui est appelé père, non celui qui a engendré : 55497 νὈ] 5x ΝΤΩ5 Lnw.

— ‘Luc est le seul nom qui n’a pas d'article, mais cela est tout à fait naturel; le τοῦ qui précède les autres noms indique le rapport généalogique entre ces noms et les précédents, rapport suffisamment marqué par υἱός entre Jésus οἱ Joseph. — τοῦ ‘HAst, cf. Ἀαιλάμειν Afodvou τοῦ Μοχίμου τοῦ Αἰράνου τοῦ Μαθθᾶ, à Palmyre, ue s. ap. J.-C. (Wadd. 2586). D'après ceux qui veulent que la généalogie aboutisse à Jésus par Marie, τοῦ "Ἠλεί dépend de ἦν, tout le reste étant une parenthèse. Jésus serait fils d’Héli. Mais, outre que l’omission du nom de Marie ne s'explique guère, ἦν est déterminé par ἀρχόμενος; aussi, pour donner quelque vraisemblance à son système, Heer est-il obligé de supprimer ce mot, dont FPauthenticité n’est pas douteuse. Lightfoot a supposé d'une facon moins invraisemblable, que viés dominait toute la liste : fils de Joseph, et par conséquent fils d'Héli,.. fils d'Adam, fils de Dieu. Dans ce système, fils de Dieu s’entendrait au sens propre, comme les autres termes de la généalogie. Mais il y a quelque chose de bizarre à rattacher directement Jésus à chacun des ancêtres, alors qu'une généalogie cest comme une chaîne dont tous les anneaux se tiennent.

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, Il, 23. 119

Kosam, fils de Elmadam, fils de Er, fils de Jésus, fils d'Éliézer, fils de Iorim, fils de Maththat, fils de Lévi, fils de Siméon, fils de Iouda, fils de Joseph, fils de Ilonam, fils d'Elacim, 3! fils de Maléa, fils de Menna, fils de Mattatha, fils de Nathan, fils de David, ? fils de Jessé, fils de Iobed, fils de Boos, fils de Sala, fils de Naasson, # (fs d’Aminadab), fils d’Admin, fils d’Arni, fils de Hesron, fils de Pharès,

Lightfoot cite Gen. xxxvi, 2, « Oholibama, fille de ‘Ana, fille de Sibe‘on », où ‘Ana est un homme. Mais, quelle que soit l’explication de cette anomalie, le ‘ Sam., les LXX et la Pes. ont la seconde fois fils au lieu de fille, ce qui prouve à tout le moins que le texte massorétique ne leur a pas paru naturel.

Vogt a argumenté aussi des lecons‘latines, quod (ὁ ο ff? l'a aur.) ou qui (r) devant putabatur ou videbatur. Le traducteur aurait voulu dire que Jésus était personnellement fils d’Héli, et il l’aurait dit, en contradietion avec l'opinion commune, parce quil était tenu par elle pour fils de Joseph. Mais outre que quod et qui ont pu être confondus à cause de l’abréviation, quod putabatur peut être la traduction assez normale de ὡς ἐνομίζετο, avec le sens non pas de « parce que », mais de « selon qu’on croyait qu'il était, fils » etc. Qui peut être 18 traduction de & faussement lu ὅς (eer). La traduction ut putaretur (am et {πα de Vg.) est une anomalie qui montre seulement l'embarras que causait incipiens, surtout aux Latins. Il est impossible de voir dans ces variantes, d’ailleurs aberrantes, l'indice d’une tradition qui eût rattaché Jésus directement à Héli.

Les mss. ne témoignent que d'une tentative pour éviter la contradiction apparente avec Μί. 1, 46, qui donne Jacob et non Héli pour père à Joseph, c'est celle de D (et d), qui remplace la généalogie de Luc par celle de Mt. dans l’ordre inverse : nv δε Insovs ὡς ετων τριαχοντα αργοµενος ως ενοµιζετο ειναι (l'infinitif d'après le latin!) vos [ωσηφ του Ἰαχωθ του Μαθθκν κ. +. £. et qui supplée les quatre noms bibliques omis par Mt.

La pensée de rattacher τοῦ Πλεί à Jésus n'est pas venue non plus à un ancien auteur qui croyait cependant que la généalogie tracée par Luc était celle de Marie. Il s'agit de documents (ΝΕΞΤΙΕ, Exposilory Times, xiv, 567) publiés par de Lagarde (Sepéuaginta Studien, u, p. 26 55.). Le premier, qu'il croit originaire de l’église catholique d'Afrique vers 463, est une sorte de généalogie universelle. On y lit : Redeamus ad Nathan fratrem Salomonis, unde Maria originem trahit. et plus loin : Eli genuët Iosef. Tosef genuit Ioachim. Toachim genuit Mariam hec est Maria anno quadragisimo primo imp. Augusti imperatoris. Un autre document (1. L., p. 41 ss.) rédigé d’après le précédent, et connu par un ms. du vue s. (FRicK, Chronica minora, 133 ss.) écrit : Heli genuît Ioseph. Ioseph genuit Toachim. Joachim genuit Marium matrem Domini lesu Christi. Hanc progeniem secundum Nathan introducit Lucas, et secundum Salomonem Matthaeus, ut cognoscatur ea una radice Jesse, id est David, venire Toseph sive Maria Mater. Ges vieilles pièces montrent que la généalogie de Luc a été regardée comme celle de Marie dès le v® siècle, mais aussi quelles insertions il fallait commettre pour interpréter son texte dans ce sens!

190 ÉVANGILE SELON SAINT LUC, In, 23-38.

me

Mod ᾿Ἰακῶβ. τοῦ ’Ioaëx τοῦ ᾿Αβραὰμ, το

ο) R vo Q“ «Ἰ ο DS μα © es η y»

Σεροὺχ τοῦ Payad τοῦ Φάλεκ τοῦ Ἔβερ τοῦ Cana 36 τοῦ Ιζαινὰν τοῦ ᾿Αρφαξαδ τοῦ Σημ. τοῦ Νῶε τοῦ Λάμεχ 37

La netteté du texte de Luc explique la fermeté de la tradition qui ne voit ici que la généalogie de Joseph. Dans l’autre sens on ne peut citer, — outre les deux documents anonymes ci-dessus — que le commentaire de l'Apocalypse attribué à Victorin de Pettau, dans une recension certainement postérieure (P.L. v, 324), et un commencement d’exégèse de S. Matthieu, faussement attribué à S. Hilaire (Mar, Nova Patr. bibl. 1, 411), puis Annius de Viterbe (en 1490) citant un auteur antérieur qu'il regarde faussement comme S. Jérôme.

Les exégètes catholiques qui voient ici l'arbre généalogique de Marie ne s’écartent donc pas moins de la tradition des Pères que du texte. N'est-ce pas sacrifier les principes normaux de l'interprétation à un désir impérieux d’harmonisation ?

23-38) Nombre des ascendants, critique textuelle. Le nombre des personnes citées devait éveiller l'attention des allégoristes. S. Irénée (ur, 33, 3) en compte soixante-douze : Propter hoc Lucas genealogiam, quae est à generatione Domini nostri usque ad Adam, septuaginta duas generationes habere ostendit; finem contungens initio et significans, quoniam ipse est qui omnes gentes exinde ab Adam dispersas et universas linguas et generationem hominum cum ipso Adam in semetipso recapitulatus est. Unde et a Paulo typus futuri dictus est ipse Adam. Ce chiffre de 72, qu'on avait obtenu en additionnant les peuples dans la Genèse (x), est aussi celui que préfère Clém. d'Al. (Séromates, 1, Ρα. VIII, 877 éd. Berlin, p. 88), les Recognitiones de Clém. n, 42 (P. ἄ., I, 1269) Épiphane (contra hær. lib. I tom. I, v, P. G., Χω, 13% et hæres. xxxix, P. G., XLI, 673) et Augus- . tin (de civit. Dei, XVI, 11, 2) : unde colligilur septuaginta tres, vel potius (quod postea demonstrabitur) septuaginta duas gentes tune fuisse, non homines. D’autres cependant raisonnaient d'après Deut. xxx1r, 8, où 16 nombre des nations est égal au nombre des fils d'Israël, qui était (Gen. xuvi, 27) de soixante-dix d’après l'hébreu et de soixante-quinze d'après les Septante. Le chiffre de soixante-dix est celui de Pseudo-Clém. Hom. xvur, 4 (P. G., II, 408) et de Procope de Gaza (5, G., LXXXVIH, 957). Clément d’Al. (Stromates, ᾖ. L) croyait qu'Éphore avait dit soixante-quinze d'après Gen. xLvi, 27 : Ἔφορος δὲ καὶ ἄλλοι πολλοὶ τῶν ἱστορικῶν. καὶ ἔθνη καὶ γλώσσας πέντε καὶ ἐθδομήκοντα λέγουαιν εἶναι, ἐπακούσαντες τῆς φωνῆς. Μωυσέως λεγούσης ἦσαν δὲ πᾶσαι αἱ φυχαὶ ἐξ ἸΙακὼδ πέντε καὶ ἑθδομήκοντα αἳ εἰς Αἴγυπτον κατελθοῦσαι, Ce chiffre de 75, inscrit en toutes lettres dans la Genèse, et cité par Luc (Act. vi, 14) avail plus de chances de fixer l'attention que l'addition des peuples de Gen. x, pour lesquels d’ailleurs il est plus aist d’aboutir à 70 qu'à 72. Si donc Luc avait cherché un nombre symbolique, il eût pu s'arrêter à 75 aussi bien qu’à 72.

D'ailleurs Augustin n’est pas moins certain d’un autre symbolisme (de cons. evang. Π, 1v, 12) : îpse quoque numerus, quem Lucas exsequitur, certissime pror-

fils de Juda, δὲ fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d'Abraham, fils de Thara, fils de Nachor, fils de Sérouch, fils de Ragau, fils de Phalec, fils d'Éber, fils de Sala, % fils de Caïnan, fils d'Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamech, %’ fils de Mathousala, fils de Hénoch, fils de’ laret, fils de Maleleël, fils de Caïnan, ? 8 fils d'Enos, fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu.

sus abolitionem indicat peccatorum.. ideo in eo numero, qui est penes Lucam, ei ipse Christus, a quo incipit numeratio, et deus, ad quem pervenit, connumerantur et fit numerus septuaginta seplem, quo significatur omnium prorsus remissio el abolitio peccatorum. Si donc Irénée a bien pénétré la raison pour laquelle Luce est remonté à Adam, il est moins certain que le nombre total des personnes ait une valeur symbolique. Mais son manuscrit ne portait-il pas soixante-douze noms seulement?

M. Heer a bien montré qu'il y a trois types de textes : 4) un groupe lalt. très important, e avec α bcira 72 noms, en comptant Jésus et Adam; 2) f°q et la Vg. ont 76, à peu près aulant que le grec (77); 3) le syrsin. a 75 comme on peut en juger avec certitude malgré les lacunes.

Il n’y a donc qu'un groupe qui vise le chiffre 72, et sûrement à dessein, puisque, pour ne pas le dépasser, e a supprimé Malaleël (v. 37) et b Lévi (v. 29); or on peut supposer qu'il a enlevé d’autres noms dans le même but, par exemple Mattathias et Amos (v. 25) qui paraissent bien attestés. Le groupe de latt. qui aboutit à 72 n’a donc pas une très grande autorité, et ne peut passer pour le texte que suivait Irénée. Ἡ aurait plutôt été rédigé d’après le canon posé par Irénée.

Le texte grec α 77 noms, sans compter celui de Dieu, qu'Augustin n’a compté que pour arriver à 77. Son texte n’avait donc que 76 noms, comme celui de la. Vg. Entre Naasson et Esron B n'a que deux noms, et de même plusieurs left. Vg. et Syrsin.; il y a ici un nom à retrancher du grec d’après I Chr. n, 9 s. Et. si le premier groupe a visé au petit nombre, le second n'a-t-il pas grossi le total? Matthat et Lévi reviennent deux fois (v. 24 et v. 29) dans le même ordre. Jules Africain raisonne comme s'il ne les lisait pas 18 première fois : Ἰωσὴφ γὰρ. υἱὸς Ἡλι τοῦ Melxe (Eus. H. E. I, vu, 5); ils sont encore omis par Eusèbe (P.G: XXIT, 896), Ambr. (Heli filium Melchi, Com. πι, 45) et ο. Le Syrsin. n'a que Matthat, plus une lacune qui peut contenir Melchi aussi bien que Lévi. Ces deux noms retranchés, nous serions à 74, en comptant Jésus et Adam.

Il était d'usage en pareil cas de compter les deux derniers termes de la généalogie (Heer), mais peut-être [γόπόθ, dans l'intérêt du symbolisme, s'est-il écarté de cette règle. En tout cas rien absolument n'autorise à rayer Joseph, ni même Caïnan au v. 36. Il est vrai que Syrsin. l'a remplacé par ‘Atlam, parce que Caïnan ne figure à cette place ni dans le texte massorétique, ni dans la peschittâ, mais s'il a cherché un nom dans la Bible, c'était pour remplacer Gaïnan qui figurait donc dans le texte de Luc (de même e fhamon). Il est bien hardi de prétendre (Meræ, Heer) qu'on l’a introduit dans le texte de Luc d’après

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les LXX. C'est Luc qui a naturellement ici suivi les LXX. Or c'est là un indice que la liste a été rédigée dans un milicu hellénistique, ou plutôt par Luc luimême.

On sait que la généalogie de Luc est un des principaux arguments allégués contre la conception surnaturelle de Jésus. Merx exprime brutalement l'opinion de nombreux critiques : « Il n’y à pas à insister, entre personnes compétentes, sur la contradiction intime qu'il y a à dresser l'arbre généalogique d'un père qui n’est pas père en réalité » (p. 211). M. Heer a eu l’imprudence d'accepter ce verdict, pour obliger d'admettre que la généalogie se termine en réalité à Marie. Il faut avoir le courage de dire qu’il est puéril de juger des idées de l'antiquité, . οἱ spécialement des Sémites, d'après les nôtres. Ce qu'il faut concéder, c’est que Luc n'aurait eu aucun prétexte de donner la généalogie de Jésus par Joseph, s’il n'avait passé pour son père. Et c'est précisément pour cela qu'il a eu soin de rappeler que Jésus avait été cru fils de Joseph selon Ja chair. On s'était donc habitué à regarder les ancêtres de Joseph comme ceux de Jésus. Mais ce n'est point ce que veulent les critiques dont nous parlons. Ils prétendent que nul n’a songé à chercher les ancêtres de Jésus avant qu'il n'ait été reconnu comme le Messie, et que ce sont donc des chrétiens qui ont cherché à justifier leur foi en ce messianisme, en prouvant que Jésus descendait de David selon la chair. Pour cela on aurait composé les généalogies, dans un esprit ébionite. Α cela on doit répondre qu’en effet Luc a bien dû puiser ses renseignements quelque part, mais rien ne prouve que sa généalogie ait constitué un document distinct. En tont cas il serait d’origine hellénistique, plutôt que judéo-chrétienne, comme le prouvent et Le nom de Caïnan (v. 36) qui ne se trouve que dans 165 Septante, et la transformation qu'ont subie les noms hébreux. Il est vrai que Luc rencontre le nom de David, mais il n’a pas rattaché Jésus à Salomon, évitant ainsi la lignée royale, qui se serait imposée si lon avait compost artificiellement une généa-, logie dans un intérêt messianique. Ce qu’il faut surtout nier absolument, c’est que les anciens, les Sémites surtout, aient attaché une importance suprème à la descendance physiologique en matière de généalogie.

La connaissance plus approfondie des usages de l'Orient à fait ici pleine lumière, et les critiques pourront se renseigner dans le dictionnaire biblique de M. Vigouroux, au mot généalogie (Art. du R. P. Prat) : « Il ne faudra donc pas être surpris de trouver, dans les tables généalogiques, des peuples et même des pays mèlés à des individus. Il n’y a pas là de mythe; il y a filiation véritable; seulement le nom de l’aïeul oublié est remplacé par le nom ethnique ou géographique » (ο. 169)... « Il faudrait savoir encore si, quand deux familles ou deux maisons faisaient fusion, les ancôtres devenaient communs. Les Arabes ne conçoivent pas autrement la généalogie, et tous les membres d'une tribu ou d’une sous-tribu sont censés descendre du fondateur Cponÿme. Cela simplifie singulièrement les arbres généalogiques. N'yÿ'aurait-il pas eu chez les Israélites une fiction semblable? Ces questions, jusqu'ici négligtes, sont très diffciles; mais elles seraient d'une extrême importance pour résondre bien des divergences et des antilogies » (col. 463}. A l'appui de ces principes, je citerai seulement l'exemple de Caleb qui en dernier lieu épouse Ephrat, qui à pour petit-fils Bethléem (I Chr. 11, 19-50; τν, 4). Toute cette généalogie de Caleb est bourrée de noms de villes, comme Τεφόα, Qiryath-Yearim, ou « cité des bois », qui n’est

sûrement pas un nom de personne. On ne prétend pas ici que la généalogie de Luc contienne des noms de villes; on veut dire seulement qu'avec cette manière de comprendre les généalogies, on pouvait en dresser une sans prétendre aboutir à une descendance charnelle. L'adoption conférait les mêmes droits. On a prétendu (Vogt) que Luc, s'adressant à des Gentils, devait nécessairement leur parler de filiation naturelle. C'est oublier que l'arbre généalogique des Antonins, gravement transcrit avec les titres de fil, nepotes, pronepotes, abnepotes, est un arbre adoptif jusqu'à la cinquième génération. Il serait plus prudent de prétendre que les Juifs ne connaissaient pas l'adoption. Mais alors ils feraient ‘exception parmi les Sémites : W. Roberison Smith a écrit (The religion of the Semites; 2 éd. p. 273): « l’idée que la parenté n'est pas purement une. affaire de naissance, mais peut être acquise, est complètement sortie de notre cercle d'idées; c'était pourtant la conception primitive de parenté », et aujourd’hui encore, parmi les tribus arabes du pays de Moab, l'adoption remplace si complètement la génération que l’adopté devient damawy, fils par le sang, ‘en même temps que SAMU; fils par le nom (Jaussen, Coutumes des Arabes, p. 25).

D'ailleurs, si le lévirat est une preuve positive que Les Juifs admettaient 165 effets de l'adoption, nous n'avons pas 16 droit de dire que c'était la seule forme possible, comme l'a bien compris S. Augustin (de cons. ev, Il, 11) : Antiqua est enim consuetudo adoptandi etiam in tllo populo dei, ut-sibi filios facerent, ques non ëpsi genuissent, ct il le prouve par le fait de Jacob adoptant Ephraïm el Manassé (Gen. xLvin, 5 8.).

On peut encore juger des idées de l'antiquité par S. Ambroise, qui admet certes la conception virginale, mais qui ne saurait comprendre une généalogie

autrement que par Joseph (οπι. τι, 3) : Viri enîm persona quaeritur, qui etiam

in senatu et reliquis curiis civitatum generis asserit dignitutem. Quam deforme autem si relicta viri origine, origo feminae quaereretur, ut videretur patrem non habuisse ille totius mundi populis praedicandus? C'est pour cela que 9. Augustin a pu écrire (de consensu evang. Il, n) : Ac per hoc, eliamsi demonstrare aliquis posselt Mariam ex David nullarm consanguinitatis originem ducere, sat eral secundum istam rationem accipere Christum filium David, qua ratione etiam loseph pater eius recte appellatus est; et dans un texte cité par Schanz (p. 172) : Cum autem Christus ex ea, quae veru uæor Joseph erat, natus sit, ideo potuit Joseph

dici pater Christi et Christus filius David, etiam si beata. Virgo non fuisset ex

David.

Il était donc parfaitement conforme aux idées de l'antiquité, soit juive, soit romaine, de tracer l'arbre généalogique de Jésus, tout en sachant qu'il n’était

. pas le fils naturel de Joseph. Comme l’a très bien vu M. Allen (sur Mt. p. 6),

l’auteur d'une généalogie devait tenir compte d'un double fait traditionnel : Jésus était né de la Vierge Marie, il descendait de David. D'après nos 1665, il eût dû tracer la généalogie de Marie; d’après les idées anciennes, il était plus normal de faire état de la naïssance officielle de Jésus, πό de Marie, mariée à Joseph. C’est ce qu'ont fait Luc et Matthieu, sans entrevoir une eontradiction qui n'existait pas dans les idées anciennes. Cette solution ‘est la seule qui soit critique, puisque rien absolument, — sauf nos préjugés modernes — n'oblige à dire que les généalogies ont été composées artificiellement pour prouver le

messianisme de Jésus par des personnes qui ne connaissaient pas sa conception surnaturelle.

Il faut naturellement adopter le même critérium quand il s’agit d'apprécier la valeur historique de la généalogie de Luc. Il ne l’a point inventée. Pour la par-" tie la plus haute il a pu consulter la Bible; pour les générations plus récentes que David et surtout que Zorobabel, il a dù s’en tenir aux souvenirs de la famille deJoseph. 11 devait regarder l'arbre comme légitime, même s'il avait été conçu d’une façon large, sans qu'on prétendit ne passer aucun chaiñon, ou les aligner dans l'ordre de la filiation naturelle et de primogéniture, de facon que le dernier descendant eût été le seul qui püût revendiquer le trône de David. On peut être certain d'appartenir à une famille sans toujours pouvoir rétablir tous ses ascendants; il 5ο peut que dans tel ou tel cas un oncle remplace un père, ou même qu'on se rattache à.un nom de famille plutôt qu'à un nom d'homme. I n’y à pas lieu d'être plus exigeant pour les temps postérieurs à David que pour les temps les plus reculés, où l’on procédait comme nous venons de le voir. Tout cet ensemble un peu imprécis constituait une possession d'état pour la famille de Joseph.

Dans l’histoire de l'exégèse, le problème s'est posé par la comparaison entre la généalogie de Luc et celle, différente, de Matthieu. Aucun Père ni aucun théologien, avant le xve siècle, même ceux qui affirmaient que Marie descendait de David (cf. sur 1, 36), n'a eu recours à cette solution qui paraît si simple aux modernes, que Luc avait écrit la généalogie de Marie, Quelques-uns ont osé dire que les généalogies étaient symboliques, celle de Mt. représentant la royauté du Christ, celle de Luc, son sacerdoce. C'est l'opinion que Jules Africain nous à fait connaître dans le fragment de la lettre à Aristide négligé par Eusèbe, et publié par Routh (Reliquiae sacrae 11, 228 ss.). Ἡ l’a rejetée avec raison, comme n'étant pas assez objective; si peu précise que soit une généalogie sémitique, elle ne peut être tout entière symbolique. |

La difficulté qui à préoccupé le plus l’Africain, c’est que Joseph est dans Mi. fils de Jacob, dans Luc fils d'Héli. On pourrait la résoudre par l'adoption, Joseph étant par exemple fils naturel de Jacob et fils adoptif d’Héli, ce qui n'oblige pas à rapprocher Jacob et Héli l’un de l’autre. C’est la solution qu'Augustin avait trouvée pour son compte (Cont. Faust. IIL, τάς xxvIn, 3; Sermo Li, 1-24), Mais l'Africain avait préféré la solution du lévirat (Eus. H. 5., I, vu, 8). Jacob et Héli étaient frères utérins, parce que Mathan, descendant de Salomon et Melchi, descendant de Nathan, avaient épousé la même femme, nommée Estha. Héli étant mort sans enfants, Jacob avait épousé sa veuve; son troisième fils, Joseph, était bien son fils selon la nature, mais on l’attribuait à son frère mort. Joseph était donc fils de Jacob et fils d’Héli. Cette combinaison, l'Africain la tenait de la famille du Seigneur, qui en avait conservé le souvenir dans ses archives privées, mais elle se défendait d'en apporter la preuve publique sous . prétexte qu'Hérode le Grand avait fait brûler toutes les généalogies offi- . cielles pour dissimuler la bassesse de sa propre origine. Aussi l’Africain luimême ne regarde sa solution que comme la plus vraisemblable. Saint anges quand il l’eut connue, en fut séduit et l'adopta dans ses Rétractations (1, 7

6}, quoique celte question fût toujours assez obscure pour lui (Quaest. Pa . Heptat. Ἡ, 46). Nous ne sommes point obligés de lui reconnaitre la valeur d'une

véritable tradition. Ce qui parait certain, du point de vue critique, c'est que.Lue et Mt. ont puisé à des sources différentes. Il n’est pas impossible que le même homme ait été connu sous le nom de ben ou bar Ιαᾳοῦ et de ben ou bar Héli. L'un des deux devait être son père, l’autre pouvait être son oncle, ou plutôt, d’après les usages sémitiques, son grand-père ou même un aïcul plus reculé.

Il est un autre point sur lequel Mt. et Luc se rencontrent sur un homme avec des pères différents. C’est le cas de Salathiel, père de Zorobabel dans les deux . listes. Il est impossible que ces personnages ne soient pas les mêmes, apparte-

nant au même temps. D'ailleurs le nom de Zorobabel, fils de Chealtiel (LXX Salathiel), chef de la captivité, s’imposait comme représentant la maison de David au temps de la captivité (Esd. πι, 2; v, 2; Agg. 1, 14.12.14; 11, 2). Mais comment Salathiel est-il dans Luc fils de Néri, dans Mt. fils de Jéchonias?

On peut conjecturer que Luc a précisément voulu éviter ce Jéchonias, nommé Coniah (Jer. xx, 34) et Jehoiachin (Jer. zu, 31; 1 Reg. xxiv, 6; Il Chr. xxxvi, 8, 9), dont Jérémie avait prédit (κση, 30) qu'il serait stérile et qu'aucun de ses descendants ne s’assiérait sur le trône de David. Les LXX ont ἐκκήρυχτον (excommunié) au lieu de stérile, et il est possible que le sens de l’hébreu lui-même refuse à Jéchonias moins des fils selon la nature que des héritiers du trône de David. Mais Luc a pu penser que Jésus étant appelé au trône de David (1, 32), . il y avait inconvénient à le faire descendre de Jéchonias. Au lieu donc de suivre la lignée royale de David par Salomon, il rattache Salathiel à David par Nathan, né de David à Jérusalem et l’ainé de Salomon (I Sam. v, 14; I Chr. 1, 5; xiv, 4). La lignée de Nathan dont parle Zacharie (χα, 12) est probablement celle-là, demeurée célèbre après 16 retour de la captivité. Comme on lisait. (II Sam. vaux, 47) que les fils de David étaient prûtres, et qu'un Nathan, spécialement, avait porté ce titre (1 Reg. 1v, 5), on s'est plu dans l'antiquité à regarder la généalogie de Luc comme sacerdotale, par opposition à la lignée royale de Mt. On pourrait donc regarder Salathiel, fils de Néri, comme succédant à Jéchonias, de la même façon que Henri IV a succédé à Henri ΠΠ; en hébreu, on pouvait très bien nommer Salathiel fils de Jéchonias dans ce sens. Il semble bien qu'entre eux il faut placer Assir (I Chr. πι, 17), que de nombreux exégètes prennent pour un qualificatif de Jéchonias, « le captif ». Si assir est une épithète, Jéchonias aurait eu huit fils. D'ailleurs Assir est attesté comme nom propre (Ex. νι, 24; 1 Chr. vi; 8.22).

Nous ne voudrions pas prétendre qu'Assir ait porté. le nom symbolique de Néri ou Neryah, « la lumière qui ne s’est point éteinte » (If Sam. xxr, 17). Il n’est pas nécessaire d’avoir une précision aussi absolue, d'autant que Zorobabel luimême, d'après le texte massorétique, n'est pas le fils de Chealtiel, mais de son frère Padaïah. Les généalogies bibliques assignent pour enfant à Zorobabel, Mechoullam et Hananiah. Ce qui suit est très obscur. On croit entrevoir la lignée Hananiah, Pelatiah, Jechiah, Arnan, Obadiah, Checaniah. Aucun de ces noms n'a été emprunté ni par Luc, ni par Mi. qui suivent chacun sa voie. Plummer a proposé de regarder Resa « le chef », comme un surnom de Zorobabel, d'iden- . tifier Ἰωανάς de Luc avec Hananiah, et Ἰούδα de Luc avec Ἀθιούδ de Mt. qui pourrait être Hodaviah (1 Chr. πι, 24) lui-même égal à Iouda (cf. Esdr. τα, 9 et Neh. πι, 9 avec Esdr. 1, 40 et [ Chr. 1x, 7). Mais il est difficile de s'orienter dans ce labyrinthe.

Le sens de la généalogie.

Il n'y a aucune raison de penser avec les anciens que Luc a voulu tracer la généalogie sacerdotale du Christ. Le Nathan, qualifié de prêtre, dans un sens énigmatique et sans aucun accent {1 Reg. τν, 5), pourrait bien n'être pas Nathan le fils de David, et Luc n’a nullement attiré l'attention sur lui. Nous avons indiqué un motif plus probable du choix de cette lignée. Sa pensée résulte bien plutôt de ce qu’il a étendu la généalogie jusqu'à Adam, et même jusqu'à Dieu. Par le premier terme, Jésus n'apparait pas seulement comme l'héritier de David, mais comme celui vers lequel converge toute l’histoire. Tous les hommes peuvent se dire ses frères, à meilleur titre même que les Israélites, puisque la parenté remonte au point où tous les hommes viennent de Dieu. En écrivant τοῦ 605, Luc n’a pas voulu dire que Jésus qui passait pour fils de tous les ascendants jusqu'à Adam, était en réalité fils de Dieu, comme si toute la généalogie n’était qu’une immense parenthèse, maïs un Israélite ne pouvait pas non plus conclure du récit de la Genèse qu’Adam était proprement fils de Dieu. On devait comprendre, d’après ce qui précède, que Jésus était un second Adam, bien supérieur au premier. Comme Dieu avait créé le premier em soufflant sur le limon de la terre, l’Esprit-Saint avait produit le corps du second dans le sein de la Vierge, pour sauver toute l'humanité : praeformante Deo primum animalem hominem, videlicet ut a spiritali salvaretur (Ir. IE, xxx, 3). Désormais nous sommes pleinement éclairés sur les origines du Fils de Dieu sur la terre. Il est temps pour lui de commencer son ministère.

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