‹ Evangile selon saint LucChapitre 11 sur 300 · L'AUTEUR DU TROISIÈME ÉVANGILE. DATE ΡΕ LA COMPOSITION. XXI · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU TROISIÈME ÉVANGILE. DATE ΡΕ LA COMPOSITION. XXI

étaient des ouvrages de conciliation entre les tendances de Pierre et celles de Paul, leur assignait une date quelconque après l’an 100. Cette opinion parait être complètement abandonnée.

Une opinion très répandue aujourd'hui parmi les critiques indépendants, c’est que Luc a écrit vers l’an 80. Chose étrange, et qui n’est pas . à l'honneur de la critique, cette date est une simple moyenne, une opinion de critiques qui ne veulent être ni trop radicaux, ni trop conservateurs ; elle ne peut s'appuyer sur aucun argument; c’est dans toute la force du terme, une cote mal taillée.

Les critiques, très nombreux, qui placent la composition de Luc de 95 à 100 allèguent une raison, c’est que l'auteur des Actes a connu les Antiquilés juives de Josèphe, composées vers l'an 94. Nous verrons que cet argument est parfaitement caduc. Pour rencontrer une autre raison, il faut descendre jusqu’au siège de Jérusalem. D'après les termes qu’il emploie, Luc aurait écrit peu avant ou peu après. C’est l'opinion de Schanz, et c’est celle qui longtemps m'a paru la plus probable. Nous Υ reviendrons aussi. Donc à tout le moins, si l'on admet que l'auteur est Luc, le compagnon de Paul, si l’auteur du prologue ne nous a pas trompés, il n’y a aucune raison pour descendre plus bas que les environs de l’an 70. On nous demande le temps nécessaire pour qu’on ait écrit beaucoup sur le Christ. Pour cela une trentaine d'années suffisent. Luc a fait son enquête vers ce temps au plus tard, comme nous venons de le dire. On ne voit pas pourquoi il aurait tenu son ouvrage en portefeuille.

D'ailleurs il y a des raisons positives en faveur d’une date plus haute.

Les catholiques admettent généralement que l’évangile et les Actes étaient terminés vers l’an 64, et c’est l’opinion qui nous paraît aujourd’hui la plus probable, d’une très solide probabilité.

Il faut encore reconnaître à M. Harnack le mérite d’avoir réagi, d'abord avéc hésitation, puis très nettement, contre les opinions régnantes dans son milieu, si bien qu’en 1911 il avait le courage — il en fallait — de placer les deux ouvrages de Luc avant l’issue du premier procès de Paul à Rome. | |

La principale raison qu'il donne, c'est que l’auteur, bon écrivain et qui sait composer, n'aurait pas terminé son livre en laissant le lecteur en suspens sur la destinée de Paul, après l'avoir si vivement intéressé à des péripéties beaucoup moins graves. Tout paraissait converger vers ce point. Si l’auteur n’a pas donné satisfaction, ne füt-ce que par quelques lignes, à une curiosité bien légitime, c'est qu'il ne savait pas encore ce qui allait advenir. Il a écrit à un moment où l’apôtre avait quitté son domicile surveillé en attendant le jugement; peut-être était-il déjà dans le prétoire (4).

° (1) Neue Untersuchungen…. p. 66. C'est précisément ce que proposait au même temps M. Ἡ. Koch : Die Abfassungszeit des lukanischen Geschichiswerkes, Leipzig, 1911, p. 28.

XXII INTRODUCTION

Entendu de cette manière, l'argument pourrait facilement être retourné. Conçoit-on que Luc, si vraiment il avait conscience d'avoir proyoqué l'intérêt de ses lecteurs à la cause de Paul, eût livré son livre au public précisément avant de pouvoir le satisfaire? Il serait moins étrange qu’écrivant quelques dix ans après ik n’ait rien dit de l'issue d’un procès que tout le monde connaissait.

H nous semble que Luc à dit le nécessaire en employant l’aoriste ἐνέμεινεν. Harnack y voit avec raison un changement de situation. Mais changer de prison n'était point un moment qui terminât une période, surtout à la veille d'un événement décisif comme l’acquittement ou la condamnation. Luc a discrètement indiqué l’acquittement au plutôt une sorte de non-lieu sans les formalités d’une comparution devant un tribuπο]. En réalité nous n'avons jamais été bien inquiets sur l'issue du procès. Les Romains qui l'ont examiné en première instance, Félix ίακττε, 24 ss.) et Festus (xxvr, 80) non plus qu'Agrippa n’ont pas jugé le cas bien grave. Paul arrive à Rome, on le consigne chez lui, où on le laisse libre de recevoir qui il veut. Quand Lue nous dit que cela dura deux ans, il insinue qu'après cela F’Apôtre reprit sa pleine liberté. Pourquoi ne l'a-t-il pas dit? Parce que d'ordinaire (xx, 26; ανα, 141: x1x, 8. 10; xxiv, 27) ces indications du temps de séjour précédaient d’autres ‘histoires, et que Luc a résolu de s’en tenir là.

Peut-être ne voulait-il pas attirer l’attention sur les nouvelles manifestations de l’arderte activité de Paul. On ne l'avait sans doute élargi qu'en ‘ Jui enjoignant de se tenir tranquille désormais.

Si nous ne nous trompons, cette manière de comprendre la fin des Actes donne toute sa valeur à F’argument qu'on en tire pour leur date. On ne comprendrait vraiment pas, si Luc avait éerit après le martyre de Paul, qu'il eût terminé son livre de cette façon. L'autorité romaine y paraît vraiment bénigne; elle ne fait obstacle qu'indirectement à la prédication du règne de Dieu. Le dernier mot de Luc est même ἀχολύτως, sans empêchement. Après la persécution de Néron, pouvait-on s'exprimer de la sorte?

Il faudrait supposer que Luc préparait un second livre pour décrire ce contraste. Mais de quoi eût été fait ce livre? Les Actes avaient pour objet de porter l'évangile jusque dans la capitale des gentils; cet objet était atteint. Ni la destinée de Pierre, ni celle de Paul n'étaient le thème central. La suite de l'apostolat de Paul fut sans doute d’un intérêt passionnant. Mais les épisodes n'étaient-ils pas dans le même cadre? L'essentiel eût été de parler du martyre des deux apôtres. On ne saurait prétendre que cette mort était un échec pour le christianisme dans la pensée de Luc, qui a écrit avec tant d'enthousiasme le martyre de saint Étienne, dont il a fait le point de départ de la prédication (Act. ντ, 4). Écrivant après le martyre de Pierre et de Paul, Luc n’eût

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