‹ Evangile selon saint LucChapitre 134 sur 300 · Œ SV · texte numérisé non relu

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surgi dans l'esprit de Jean, étonné que l’œuvre du Messie ressemblât si peu à ce qu’il espérait qu’elle füt. Jean se demanderait, comme disait Tertullien, si Jésus était celui qu'il avait annoncé, venant pour nettoyer l’aire du Seigneur, ou si ce rôle définitif étant réservé à quelque autre, il n’était qu'une sorte d’Élie préeurseur. Mais les évangélistes, qui le tenaient pour le précurseur, ont-ils imaginé qu’il ne connaissait pas son propre rôle? Même dans cette opinion d'ailleurs, Jean douterait moins de la mission surnaturelle de Jésus que de la nature propre de cette mission, ce qui revient à dire qu’il ne comprend pas la manière de Jésus et qu'il perd patience. Sans parler de la sécurité que Jean tenait de la lumière divine, on ne comprendrait pas que son doute se produisit précisément quand les miracles opérés par Jésus confirmaient ses propres révélations. Mais d'autre part, plus les miracles se multipliaient, plus l'âme ardente de Jean devait souffrir que Jésus, qui le pouvait, ne se mit pas plus earrément à l’œuvre du nettoyage. Il faut convenir que les termes mêmes de Jean n'imposent pas cette interprétation, mais Jésus y répond précisément comme 5 Ἠ5 avaient ce sens : « Agissant comme tu agis, es-tu bien celui qui vient, ou faut-il que nous reportions nos espérances sur un autre »? Sorte de mise en demeure assurément très hardie, et qui suppose chez Jean une lumière incomplète, peut-être une faute psychologique, mais plutôt par une extrême tension de la volonté que par les hésitations du doute, dans le sens où Moïse et Élie eux-mêmes ont excédé (Schanz), car Jean n'était point un roseau agité par le vent. Με" Le Camus a parlé de même d’une « sorte de sommation » (Vie... 6e éd. p. 451 note); Jean était impatient : « Si sa forme est hardie et saintement familière, c'est que le caractère du Baptiste ne pouvait guère la dicter autrement » (p. 452).

Ce qui prouve bien que Jean n'a pas positivement douté, c'est que Jésus lui donne comme preuve les miracles dont il avait déjà eu la nouvelle. C'était insinuer qu'il n’en avait pas bien compris la portée par rapport au rôle du Messie. Il risquait donc de s'y méprendre de quelque façon, et c'est à quoi Jésus a pourvu. Nous avons ici une lecon sur la difficulté — toujours actuelle — de comprendre l'œuvre de Jésus.

20 5.) Ces deux versets sont en plus dans Luc; le v. 20 est un simple dévelop-

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, Vil, 22. 215

tu celui qui vient, ou en attendrons-nous un autre? » Arrivés auprès de lui, ces hommes dirent.: « Jean le Baptiste nous a envoyés près de toi pour te dire : Es-tu celui qui vient, ou en atten-

. drons-nous un autre? » # Α ce même moment, il guérit beaucoup de personnes faffligées] de maladies, et d'infirmités οἱ d’esprits malins, et il accorda de voir à plusieurs aveugles. ?Et il leur répondit : « Allez, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient clair, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont

pement qui serait d’un style un peu redondant s'il ne préparait le v. οἱ. Luc, selon sa manière concrète (Schanz), a choisi un cadre qui mettait plus en relief les paroles de Jésus. On ne peut le lui reprocher, car ces scènes de miracles étaient presque quotidiennes (Me. 1, 343 1, 10 — Le. 1v, 40 s.; vi, 48), quoiqu'il n’ait pas été encore question expressément d'aveugles guéris. — Sr µάστιξ cf. Me. nr, 10.

22) Ἡ n'y a guère d'incertitude sérieuse sur le texte, malgré les remarques ‘ de Merx. Quelques textes (syrsin. Ephrem de Mœæs.) mettent les morts ressuscités à la fin de la période, d’autres les ont omis, 4 a omis les pauvres évangélisés. La transposition s'explique parce que la résurrection à pu paraître le miracle suprême, et elle a pu causer l’omission.

Les paroles de Jésus ne sont pas une citation déterminée des Septante, mais une caractéristique des temps du salut d’après Isaïe. Is. xx1x, 18 5. parle des sourds, des aveugles et des pauvres, très probablement au sens spirituel, et c’est certainement ainsi que l’entendait le Targum, de même que Is. xxxv, 5 8. qui parle des aveugles, des sourds, des boiteux et des muets, plus probablement dans le sens physique. Is. xr, 4 est le passage cité par Jésus à Nazareth (τν, 48) sur l'évangélisation des pauvres. Le même prophète avait fait allusion à la résurrection des morts (xxvi, 19). Jésus ne dit rien que les disciples de Jean n'aient pu constater dans le moment même (εἴδετε) ou qu'ils n'aient entendu dire (ἠκούσατε) auparavant par des témoins dignes de foi. Mais il 16 dit en des termes consacrés par la prophétie relative au temps du salut, de sorte qu'il est évident, par la simple application des termes traditionnels aux circonstances présentes, que le salut est déjà commencé. Par conséquent l'impatience de Jean n'est pas justifiée. S'il ne reconnaît pas dans l'œuvre de Jésus une œuvre messianique, c'est qu'il n'a point assez pénétré le mystère du salut. Qui s’en étonnerait, quand un Pierre, vivant dans l'intimité de Jésus, a été si lent à le comprendre? Aussi bien, il est certain que les documents du temps et même postérieurs ne comptent pas les miracles parmi les œuvres du Messie. En eux-mêmes ils ne dépassaient pas le pouvoir des prophètes. Mais désormais ‘ils sont multipliés, et, ce qui est décisif, ordonnés à la prédication de la bonne nouvelle. | |

Les critiques radicaux (Holtz. Merx, Loisy, etc.) entendent la réponse de Jésus au sens purement spirituel. « Que Jésus, à un moment quelconque de

λισθῇ ἐν ἐμιοί. Ἡὲ Απελθόντων δὲ τῶν ἀγγέλων Ἰωάνου ἤρξατο - x a 1 sh νὰ 3 τ λέγειν πρὸς τοὺς ὄχλους περὶ Ἱ]ωάνιυ Τί ἐξήλθατε εἰς τὴν ἔρημον θεάσοσθαι;

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