πινων οινον (T H) plutôt que ο. x (SV
(αρ. Hald.). Et en effet l’allégorie est exclue de cette explication de la parabole. -Mais il faut trouver du moins un rapport suffisamment exact entre les deux situations, celle des enfants et celle des Juifs. D'après Schanz, les Juifs ne veulent jamais faire ce que les autres veulent. D’après Loisy : « l’application se ramène à l’analogie de deux enfantillages : celui de vrais enfants que leur natuτο] capricieux empêche de s’accorder sur un jeu quelconque; celui des Juifs, qui, aussi légers d'esprit que ces enfants, se contredisent eux-mêmes dans les jugements qu'ils portent sur Jean et sur Jésus » (Loïsy, I, 677).
Mais ces explications ne sont pas adaptées à la première manière d'entendre la parabole. Si l'on s’en tient au sens d’abord donné dans le texte, les Juifs devront échanger entre eux des récriminations parce qu'ils n'ont pas pu s’entendre, les uns tenant pour Jean, les autres pour Jésus, d’où leurs contradictions οί leurs disputes. Or, en fait, ils sont d'accord pour ne vouloir ni de Jean, ni de Jésus. La comparaison ne doit pas être une allégorie, c est entendu, mais il faut du moins que les situations aient la même caractéristique, ce qui n'est pas le cas dans le système de Schauz, Loisy, Knab. etc.
En fait ceux qui ont expliqué la parabole d'enfants qui veulent jouer οἱ d’autres qui ne veulent pas jouer admettent l’allégorie (même Plum.). On peut faire deux hypothèses. Les anciens Pères, constatant que les propositions étaient venues de Dieu à un peuple indocile ont regardé les enfants qui proposent des jeux comme les prophètes ou Jean et Jésus. Les Juifs refusent de jouer et ils ont tort : si jejunium vobis placet, cur Joannes displicuit? Si saturitas, eur Filius hominis displicuit (Jér. sur Mt. PL. xxvi, 73, et de même, avec différentes modalités, Hil. Amb. Aug.)? Mais si les enfants représentent certaines personnes, si la parabole est une allégorie, il faut que ces personnes soient les Juifs, comme Mt. et Luc le disent expressément. On a donc pensé (depuis Euthym., encore Plum.) que les enfants qui proposent sont 165 Juifs; voyant venir Jean, ils l'ont invité à danser, et voyant venir Jésus, ils l'ont invité à pleurer; et il est sûren effet que les Juifs se sont étonnés que les disciples de Jésus ne jeunâssent pas (v, 33 ss.). — Mais dans cette explication trop subtile, ce sont les Juifs qui prennent l'initiative, ce qui est contraire au sens évident de tout le morceau. . Les premiers Pères avaient bien compris que Jésus blâme ceux qui refusent les avances de Dieu. Les enfants qui proposent des jeux différents font plutôt preuve de bonne volonté (Knab.), aussi cette opinion paraît-elle la plus éloignée de tout l'esprit du morceau.
Il faut conclure que la seconde manière de comprendre la parabole ne se prête pas à une explication allégorique. Mais tandis que dans la première ma-
38 Car Jean le Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain et ne buvant pas de vin, et vous dites : Il est possédé du démon. {Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : Voici un homme glouton et buveur de vin, ami des publicains et des pécheurs. %5 Et tous les enfants de la sagesse lui ont donné raison. »
nière les situations sont trop différentes entre le thème des enfants et l'application aux circonstances, rien n'empêche d'admettre la seconde manière, et de l'interpréter comme une simple comparaison. De même que dans une place il se trouve des enfants auxquels leurs camarades peuvent reprocher de se refuser à tous les jeux, de même les Juifs ont trouvé à redire à toutes les manifestations .du plan divin et se sont refusés à toutes. Les deux situations se correspondent exactement, sans qu’on soit obligé de dire qui représente chaque groupe. On sait que dans 165 paraboles il ne faut point serrer de trop près la formule «telle chose ressemble à telle autre »; car elle équivaut à dire : il en est de ce cas comme de tel autre cas (cf. Mald. RB. 1909, 364). |
Au fond cette exégèse est celle des anciens Pères, en précisant davantage la notion de la parabole, et c’est, je pense, très exactement celle de Maldonat, d'après Hugues de saint Cher. D'ailleurs la parabole n’est pas très éloignée de l’allégorie, et Loisy a dit très bien : « La matière sur laquelle S’exerce le premier enfantillage, jeu triste et jeu gai, est choisie de facon à correspondre à celle sur laquelle s'exerce le second, le genre de vie du Baptiste et du Sauveur; . mais les personnes de ces derniers n’entrent pas dans la Comparaison » {τ, 677), d'autant moins, faudrait-il ajouter, que c'est le jeu gai qui commence dans la pa re ce qui est un trait exquis de naturel.
33) Mt. avait dit : «ne mangeant ni ne buvant », ce qui devait s'entendre de la nourriture des autres hommes. Luc ne fait donc qu ‘interpréter cette formule un peu abrupte en ajoutant ἄρτον et οἴνον. L'absence de ces mots dans D minusc. 7, lait. syrsin. et syreur. arm. éth. s'explique probablement par le désir d’harmoniser avec Mit. et d’insister sur une rude ascèse.
— λέχετε (au lieu de λέγουσιν Mt.) est bien d'accord avec la vive interrogation du v. 24. Comme le discours s'adresse aux foules, il faut supposer qu’à ce moment l'enthousiasme pour Jean s'était beaucoup refroidi, ou bien le v. 30 indique suffisamment que l’apostrophe s'adresse surtout aux Pharisiens et aux scribes. D'ailleurs on peut juger plus en situation 16 λέγουσιν de Mt. — Le jeûne extraordinaire du Baptiste supposait une force plus qu'humaine; au lieu de songer au secours de Dieu, les Juifs préféraient le dire soutenu par un démon. Jésus fut lui aussi accusé de commerce avec les démons (σι, 15; Jo. νπ, 20; vrnr, 48; x, 20).
34) Le Fils de l’homme désigne Jésus qui figure ici comme le Messie, par opposition à Jean; mais cela ne prouve pas que 6 υἱὸς τ. α. soit ici par lui-même un qualificatif du Messie, d'autant qu’il est question de la vie humaine très simple de Jésus. Ces reproches pourraient faire allusion au diner chez Lévi (v, 29 ss.). — Remarquer l'accord de Luc et de Mt. sur un mot aussi rare que φάγος.
35) Au lieu de τῶν. ἔργων (ME), Luc écrit πάντων τῶν τέκνων. ἣ σοφία est une.
personnifcation de Dieu, en Lant qu’auteur de sages desseins (Prov. vi, 8. Sir. sxiv; Sap. vi, 22-1x, 18), et spécialement en tant que manifestée par la mission de Jean et de Jésus. — ἐδικαιώθη est difficile à cause du temps. C’est donc déjà dans le passé que la sagesse de Dieu a été justifiée. Pour Jean cela’ s'entend d'après le v. 29; par rapport à Jésus, ü s’agit de ceux qui se sont déjà résolument mis à sa suite. En ce faisant ils ont donné raison à la sagesse de Dieu, à ce dessein dont il était question aussi au v. 30. Le v. 35 va donc parfaitement bien après 29. 30, mais ce n’est point une preuve que ces versets aient fait partie du discours primitif, puisqu'ils manquent à Mt. On dirait plutôt qu'ils ont été placés ici pour cadrer avec la remarque finale de Mt. et de Luc. Le texte de Luc, τέκνων (que plusieurs regardent aussi comme celui de Mt.) est plus difficile que ἔργων. Dans Μ/., la Sagesse est reconnue comme telle d'après ses œuvres; dans Luc, de la part de ses fils (ἀπό n’est pas tout à fait ὑπό). Mais on peut se demander quels sont ces fils? D’après Chrys. suivi par Mald., ce sont tous les Juifs, croyants ou non. Ceux mêmes qui ont refusé d'adhérer au conseil divin en ont manifesté la sagesse par leurs contradictions. Le verset serait la conclusion de tout ce qui précède. On objecte que les Juifs incroyants ne peuvent être nommés fils de la Sagesse. Mais ils Fétaient avant de se prononcer. La Sagesse est Dieu, et ils étaient Fils de Dieu, puisque c'était le titre d'honneur du peuple d'Israël. Avec ce sens il n'est point nécessaire de donner à καί un sens adversatif et l'adj. πάντων a sa pleine valeur. — On ne peut refuser toute probabilité à cette explication. Cependant Ἡ est plus naturel de regarder comme les fils de la Sagesse ceux qui se sont rendus dignes de ce titre en se montrant dociles à la diposition de Dieu. Outre que Luc emploie volontiers πάντων sans que ce mot ait chez lui beaucoup de portée, on peut dire qu'il s'applique aux deux catégories, ceux qui se sont fait baptiser par Jean et ceux qui ont suivi Jésus, et qui, en ce moment, sont 18 masse du peuple. καί prend alors un sens non point aussi adversalif que ἀλλά, mais celui de : « et cependant » « et néanmoins », qu'il a souvent dans saint Jean (Jo. 1, 5. 10; ax, 41 etc. Plum., Schanz, Knab., Loisy etc.) ι
Il faut noter que soit Mt. par son verbe λέγουσιν à la 8° personne du pluriet (ME. xx, 19) qui fait allusion à des personnes absentes, soit Luc par la distinction des fils de la sagesse et des autres, supposent que les ennemis de Jésus sont : encore en petit nombre; ce sont les Pharisiens et les docteurs de la Loi. Or c'est-bien la situation telle qu’elle ressort de. l'hostilité de ces derniers d’une part (νι, 44) et de l’empressement des foules d’autre part. L'opposition des Pharisiens est ici prise à partie. Ce sont les mêmes qui ont refusé de reconnaître le baptême de Jean... rien ne peut les satisfaire de ce qu'ils n'ont pas eux-mêmes enseigné. Ils veulent que tout marche selon leur idée, mais il y a plus sage qu'eux, cette sagesse de Dieu qui a disposé le baptême de Jean pour le royaume de Dieu inauguré par Jésus, et qui est reconnue par tous ceux qui sont vraiment ses enfants. C’est ainsi que Jésus, en quelques mots très simples, par des comparaisons familières qui ont bien l'empreinte de son caractère, a révélé l'harmonie du plan divin. Avec quelle simplicité, quelle tranquillité, quelle certitude il approuve la mission et les œuvres du plus grand des prophètes, se mettant au-dessus de lui sans hésiter, mais sans emphase, et subordonnant Jean moins à sa personne qu’à l'Église qu'il vient de fonder en faisant
choix des Douze. Quel jugement sur le sens humain du Judaïsme qui s'écarte de sa voie, quel encouragement donné aux humbles! On ne peut méditer celte page difficile sans donner raison à cette sagesse.