‹ Evangile selon saint LucChapitre 167 sur 300 · La RÉVÉLATION DU PÈRE ET Du Εις (M. χι · texte numérisé non relu

La RÉVÉLATION DU PÈRE ET Du Εις (M. χι

Cette péricope importante a élé attaquée en l'an 1907 par MM. Loisy et Harnack. Le motif est le même. Quoique l'interprétation dite métaphysique ne s'impose pas absolument, assure-t-on, elle est cependant possible. Donc la parole ne peut être authentique, elle reflète la foi de La communauté chrétienne qui ne peut avoir été celle de Jésus. Plus radical, Loisy rejette tout : « Il est plus probable que la prière, le symbole et l’exhortation qui la suivent dans Matthieu procèdent d'une inspiration unique, comme ils sont rythmés de même facon. Cantique de sagesse chrétienne, fruit de l'Esprit » (1, 910). Mais pourquoi Jésus n’aurait-il pas eu de lui-même l'opinion qu’on a eue de lui? Et que reste-t-il des évangiles si une parole recueillie en termes presque identiques par Mt. et par Le. est une composition bien postérieure à Jésus, puisqu'il a dù falloir du temps pour établir si bien sa préexistence et en somme pour le mettre sur le même rang que le Père? Aussi Harnack s'est-il efforcé de donner au logion un sens admissible. Ἡ suffit pour cela que la connaissance que le Fils a du Père soit seulement historique, c’est-à-dire que Jésus avait mission de révéler son Père, plus complètement, et comme Père. De plus il faut effacer ce qui est relatif à la connaissance du Fils.

On obtient ainsi le logion suivant : πάντα por παρεδύθη ὑπὸ τοῦ πατρός, καὶ οὐδεὶς ἔγνω τὸν πατέρα [ou : τίς ἐστιν 6 πατήρ] εἰ μὴ ὁ υἱὸς καὶ ᾧ ἂν 6 υἱὸς ἀποκαλύψη. Harnack défend hautement l’authenticité de ces paroles, qui ne lui donnent plus aucun ombrage : il ne voit pas pourquoi Jésus qui se croyait le Messie futur n'aurait pas pris d'avance 16 titre de Fils, non pas certes au sens naturel, mais comme celui qui connaissait le mieux le Père et qui avait le privilège de le révéler (Sprüche…., 189-216).

Nous devons donc aborder d’abord Ia critique textuelle, spécialement quant à la forme ἔγνω, et la suppression de la connaissance du Fils par le Père.

Or γινώσκει est la leçon certaine, changée en ἐπιγινώσκει (d’après Μί. χι, 27) dans quelques mss., mais aucun ms. grec n’a ἔγνω. La lecon ἔγνω est attribuée aux hérétiques par Irénée (Haer. τν, 1) : hi autem qui peritiores apostolis volunt esse, sic describunt : nemo cognovit patrem nisi filius, neque filium nisi pater el cui voluerit filius revelare, et interpretantur, quasi a nullo cognilus sit .verus deus ante domini nostri adventum, et επι deum qui a prophetis sit annunciatus, dicunt non esse patrem Christi. L'allusion à Marcion est évidente, et en effet ἔγνω était la seule leçon qui convint à son système; c'était celle de son texte d'après Adamantius (p. #4 éd. van de Sande). Mais on pouvait aussi préférer ἔγνω pour argumenter contre les Juifs sans aller si à fond que Marcion,

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, x. 21-22. 305:

et c’est le cas de Justin (Apol. 1, 63, bis), où ἔγνω venait d'autant plus aisément sous la plume que le passage suit la citation d'Isaïe 1, 3 : ἔγνω θοῦς κ.τ.λ., tandis que dans le dialogue (ch. C) Justin ‘a ylvwoz. Pour ἔγνω on cite encore Tatien, mais seulement d'après le novit de la traduction de Moesinger (p. 147), tandis que l'explication suppose une connaissance éternelle. On cite encore Clém. ἅΑΙ. qui a aussi l’autre leçon, Origène, et Eusèbe, très constamment, soit qu'il glose, soit qu'il cite (Dem. v, 1).

Tert. a scit (adv. Marc. 1v, 35); cognovit (adv. Marc. n, 27); novif (de praescr. xxi, glose plutôt que citation), avec quelques mss. lait. (ᾳ α b); οἵδε se trouve dans Épiph. et Eusèbe. Au lieu de conclure avec Harnack que ἔγνω est primitif dans Luc et dans sa source, on constate que c’est une variante ancienne, qu’on trouve seulement chez les Pères, et presque jamais uniquement préférée, : elle venait d'elle-même quand on voulait prouver que les Juifs n'avaient pas eu la vraie connaissance de Dieu.

Plus importante est la variante qui place le Père avant le Fils. C'est le cas de Justin, et même d'Irénée (απ, 6, 45 τν, 6, 3, fragm. syr. xv) quoiqu'il l'ait condamnée ({1v, 1). Rien d’ailleurs ne prouve mieux qu’elle venait naturellement sous la plume. Il faut faire un effort quand on cite ce texte pour ne pas placer le Père avant le Fils. Surtout quand on argumentait contre les Juifs, la variante ἔγνω et l’antécédence du Père venaient ensemble. Aussi γινώσχει avec cette antécédence ne se trouve que dans Justin (Dial. C), dans Marcion, d'après Tert. τν, 25, dans le ms. Ὁ {ixe à xe 5.) de Luc, et dans les lapsus memoriae d'Irénée. Dans les autres cas cités par Ἡ., ou bien la citation est incomplète, ou bien il y a οἵδε.

Parmi les latt., seul le ms. b a l’antécédence du Père (avec novit), dans Mt. Chez les Syriens, le seul Tatien (Moes. p. 417), dans Mi.

Donc loin que la lecon ἔγνω (chez les Pères) et l’antécédence du Père (quelques Pères et deux mss., un grec et un latin) se confirment mutuellement, la lecon critique apparaît comme la plus difficile, transformée de plusieurs manières soit par un dessein préconçu des hérétiques, soit par inadvertance, selon l'opportunité du sujet (Cf. Zan, Geschichte des n. Kanons, 1, p. 555; 11,

L'omission relative au Fils dans le seul ms. a de Luc ne peut être qu'un lapsus; après quis est le copiste qui mettait probablement filius le premier a passé immédiatement à la seconde clause : nemo novit quis est [filius nisi pater, neque quis est] pater nisi filius et cuicumque, etc. Enfin, au lieu de καὶ ᾧ ἂν θούληται ὁ υἱὸς ἀποκαλύψαι de tous les mss. et d'Irén. τν, 6, 1, H. préfère comme leçon ancienne καὶ ὦ ἂν ὁ vids ἀποκαλύψῃ, lecon de Marcion, qui n'a l'appui de Justin (ter) qu'en lisant οἷς et non ᾧ. Et c’est une nouvelle preuve de l’indifférence des anciens pour un texte précis. — H lit ἄν avec BD, mais T. S ἐάν avec l'immense majorité; mais ce point est sans importance.

Le texte ainsi maintenu avec les éditeurs critiques contre les fantaisies de Harnack, revenons au contexte.

Il n'est pas le même dans Mt. et dans Le. Dans Mt. le logion vient après l’apostrophe aux villes de Galilée impénitentes, de sorte que l'accent serait sur le rejet des sages et des prudents, tandis qu’il est plutôt sur la révélation faite aux humbles, même d'après ce qui suit dans Mt. D'ailleurs Mt. emploie le vague

3 Ἐν αὐτῇ τῇ ὥρα ἠγαλλιάσατο ἐν τῷ πνεύματι τῷ ἁγίῳ χαὶ εἶπεν ᾿ἜΕξομολογοῦμαίσοι, πάτερ, pie τοῦ οὐρανοῦ καὶ τῆς Ὑῆς, ὅτι ἀπέκρυψας ταῦτα ἀπὸ σοφῶν καὶ συνετῶν, καὶ ἀπεχάλυψας αὐτὰ various" ναί, ὁ πατήρ, ὅτι οὕτως εὐδοχία ἐγένετο ἔμπροσθέν σου. [livre por παρεδόθη ὑπὸ τοῦ πατρός

, en ε κ pou, καὶ οὖδεὶς γινώσχει τίς ἐστυ ὁ υἱὸς εἰ μὴ ὁ πατήρ, καὶ τίς ἐστιν ὁ πατὴρ

21. εν a. τω nv. (T 9) οα om.(H V). — ενδ. εγ. (Η V) ou ey. ενδ. (T 8). 22. om. κάν στραφεις προς τους µαθητας ειπεν (H V) et non add. (T S) α. παντα. — εαν

(1 5 V) plutôt que αν (H).

ἐν ἐκείνῳ τῷ καιρῷ qui rompt plutôt le contexte. Nous préférons donc celui de Luc. Ê

24) ἐν αὐτῇ τῇ ὥρᾳ, particulier à Le. avec quelques variantes (vir, 21; χι, 42; xx, 19: cf. αι, 98; Act. xvri, 48; xxu, 13), marque un moment précis. Et en effet le contraste entre l’impénitence des villes qui vient d’être rappelée, et l'empressement joyeux des disciples étaient de nature à faire naître dans l’âme de Jésus cette louange des desseins du Père. — ἠγαλλιάσατο τῷ πνεύµατι τῷ ἁγίῳ n’est pas dans Mt. L'Esprit-Sainf ne vient pas remplir Jésus, comme Élisabeth (1, 42); si son action est mentionnée, car le datif marque bien sa coopération, c'est qu'il s’agit d'un mouvement extraordinaire (cf. τν, 1), d’une eftusion de l'âme du Sauveur envers son Père, tandis que d'ordinaire il s'adresse aux hommes. — Le., indépendant de Mt. dans l'introduction, va reproduire les paroles de Jésus presque dans les mêmes termes. — ἐξομολογοῦμαι n’est pas dans le sens d’avouer comme Mt. τη, 65 Μο. 1, 5; Act. πας, 48; Jac. v, 16, mais dans le sens biblique (ordinairement pour n°71 à kiph.) de « rendre hommage », surtout dans la prière liturgique. Il est tout naturel que cette explosion de louange débute par le terme consacré dans la prière. Loisy rapproche Eccli cr, 4 ἐξομολογήσομαί σοι, Κύριε θασιλεῦ, qui n’a rien de plus approchant que tant d’autres endroits des Psaumes.

Le texte hébreu : « Je te louerai, Dieu de mon salut, je te rendrai hommage, Dieu de mon père. » Ici, il y a πάτερ qui ne se trouve donc pas dans l’hébreu de Eccli. ur, 4 (contre Loisy), mais seulement 11, 10 sous la forme : ἐπεχαλεσάμην Ἑόριον πατέρα πυρίου µου, en hébreu : « je t'ai exalté, Iahvé, tu es mon père », et avec le motif : « car tu es le héros de mon salut. » — 11 y a de la marge! D'ailleurs il faut remarquer (avec Harnack) que le caractère rythmique — à peine sensible ici — ne saurait être un argument contre l'authenticité. — ἀπέχρυψας (Mt. ἔκρυψας) préféré non comme terme paulinien (Holtz.), mais comme composé, répondant mieux à ἀπεκάλυψας. — ταῦτα et αὐτά sont les mêmes choses, le mystère du règne de Dieu (vus, 40), tout ce que Jésus est venu révéler, et spécialement, d’après la suite, qui est le Père, et qui est Celui qui a seul pouvoir de le révéler. — On peut noter (avec PI.) l’omission de l'article devant σοφῶν et συνετῶν. C'est donc une catégorie de gens instruits qui se croient habiles; car s'ils avaient le désir de la lumière, ils seraient dociles, mais à tout le moins les dons de l'intelligence et l'instruction ne confèrent point un privilège dans

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, X, 22. ο 307

2 À ce moment, il tressaillit de joie dans l'Esprit-Saint, et il dit : ά Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, pour avoir caché ces choses aux sages et aux habiles, et pour les avoir révélées aux petits. Oui, Père, car tel ἃ été ton bon plaisir.

2Tout m'a été transmis par mon Père, et personne ne sait qui est 19 Fils, si ce n’est le Père, et qui est le Père, si ce n’est le Fils,

l'ordre de la révélation; ef. Rom. 1, 22; 1 Cor. 1, 19-31; Ἡ Cor. 1v, 3. 4. — D'ailleurs il faut entendre les paroles du Christ d’après la situation. Il était déjà certain que les savants, c'est-à-dire les docteurs de la Loi, et les prudents, Sadducéens, Hérodiens, étaient décidément hostiles à l'Évangile. Les νήπιοι, esprits simples, que les autres estiment de grands enfants, sont les disciples qui écoutent et font ce qu'on leur dit : Din» signifie des gens simples plutôt

que des enfants; la révélation leur donne la sagesse (Ps. xix, grec xviur, 8). —

ὁ πατήρ, au vocalif, pour ὁ πατέρ, cf. vin, 54; χα, 32; Μο. v, 41; 1x, 25. — ὅτι dépend de ἐξομολογοῦμαι d’après Ρἰ., etc., mais comme la phrase a été inierrompue, il est plutôt dans le sens de « car » (Wg.). — εὐδοχία ἔμπροσθέν σου est un hébraïsme pour dire « ton bon plaisir »; « ta volonté », comme a traduit l'arabe de Tatien; on évitait ainsi d'introduire Dieu trop directement dans la construction de la phrase. εὐδοχία est sujet (Holtz., ete.) et non attribut (Hahn), quoique sans article, car ἔμπροσθέν σου en tient lieu. Le sens est donc : oui, Père, car c’est bien ainsi que s'accomplit ce qui t'agrée.

— Marcion semble avoir écrit εὐχαριστῶ, terme plus clair (ORIGÈNE, de orat. 5 : τό ἐξομολογοῦμαι ἴσον .ἐστὶ τῷ εὐχαριατῶ). IL semble avoir supprimé πατέρ, on ne sait pourquoi, et καὶ τῆς γῆς, parce que le Dieu bon n'est pas créateur de la terre. Il ne devait non plus rien cacher, aussi Marcion écrivait : ὅτι ἅπερ ἦν κρυπτὰ σοφοῖς καὶ συνετοῖς, ἀπεχάλυψας νηπίοις.

Ces variantes se retrouvent cà et 14, surtout dans Tatien et les Homélies clémentines (ZaëN, Geschichte des n. Kanons τι, 469 et Harnack, p. 192). À part la teinte purement marcionite (om. τῆς γῆς), le logion, s’il eût pu être inventé par la communauté chrétienne, aurait dû être écrit de cette façon. -

22) L'addition : καὶ στραφεὶς πρὸς τοὺς μαθητὰς εἶπεν, si elle était authentique α: S entre crochets) n'aurait pas pour but de changer l'auditoire. Le v. 21 était adressé au Père, sans doute le regard levé vers le ciel. Ce qui suit serait adressé aux disciples mais l’omission (H) est fondée sur les meïlleures et les plus anciennes autorités — πάντα est trop général pour être entendu de la connaissance seulement, des choses que Dieu a révélées (Holtz. Harn, Wellh. etc. Loisy avec réserves), d'autant que si παραδίδωµι a le sens de transmettre une doctrine, toutes les fois qu'il est employé dans ce sens, c’est avec l’adjonction de termes qui précisent la pensée : Me. ντ, 43; Le..r, 2; Act. νι, 44; xvi, 4; Rom. vi, 17; 1 Cor. xt, 2; αν, ὃς II Pet. 1, 21; Jude 3. Ici παρεδόθη est dans le sens de Le.1v, 6. Les πάντα sont-ils seulement ce qui est nécessaire à l'accomplissement de la fonction messianique (Schanz)? Ce point dépend du sens de ce qui suit, messianique ou transcendant au sens métaphysique. — Le sens messia-

εἰ ph ὁ υἱὸς καὶ ᾧ ἐὰν βούληται ὁ υἷὸς ἀποχαλύφαι. "ὃ Καὶ στραφεὶς πρὸς

τοὺς μαθητὰς κατ ἰδίαν εἶπεν Ἰαχάριοι οἱ ὀφθαλμοὶ où βλέποντες .ἃ βλέῄ ù 6

+ » η ο Fo 4 2 as «4 a η 3 LA URLELS βλέπετε καὶ OUR ELCOY, και αχουσαι α ακονετε Ἆαὶ OUX Πλουσαν.

nique (Holtz., Loisy 1° loco etc. Harn. Β αἱ J. Weiss) n'admet de filiation que dans l’ordre de la connaissance. Jésus est Fils, parce que Dieu l’a choisi comme Messie et comme révélateur. Dieu est son Père, parce qu'il connaît ce Père mieux que personne, et c'est en cela que consiste sa conscience messianique. — C'est le coup de pouce de l’exégèse libérale, car il faut dire avec Loisy : « Il n'en est pas moins vrai que ces assertions comportent par elles-mêmes une signification plus absolue » (1, 909). Sans même insister sur 19 présent yivwoxe qui fait abstraction du passé, le Fils et le Père sont deux notions absolues, et c’est le Père qui d’abord connaît le Fils. Seul chacun des deux sait quel est l’autre, ils se compénêtrent également, ils sont égaux. On peut seulement objecter que cette connaissance n'est pas tellement transcendante, puisque le Fils peut la révéler. Titus de Bosra (Caten. in Luc.) a répondu d'avance : « La révélation est la communication de la connaissance selon la mesure de chaque nature et de chaque faculté, et, où la nature est semblable, la connaissance existe sans enseignement : dans l’autre cas, la connaissance s’acquiert par révélation, donc il a noté ici ce qui est par grâce, là ce qui est par nature. » D'autant que les propositions : qui est le Fils, qui est le Père ne forment qu’un tout (Loisy); la connaissance réciproque du Père et du Fils est une chose inaccessible aux hommes, et que le Fils seul peut révéler, comme une révélation peut faire connaître de telles choses. « En supprimant la première (proposition), on détruit l’économie de la strophe » (Loisy 1, 909 contre Wellh. et Harn.).

"με texte qui écrit ἔγνω et met le Père avant le Fils est condamné, nous l’avons vu, par la tradition manuscrite. Π est de plus mal conçu car il sous-entend ou exprime ἔγνω aussi pour le Fils. Or si l’on peut dire que personne n’a connu le Père, « on ne peut dire que personne n'a connu le Fils, que celui auquel le Fils le révèlerait actuellement ». Ἡ faut de toute nécessité que le verbe soit au présent, même s’il devait être entendu du rôle messianique de Jésus. Α. moins d'introduire ensuite un présent comme les témoins qui lisent οἶδε, au moins à propos du Fils, ou comme le Marcionite d’Adamantius : οὐδεὶς ἔγνω τὸν πατέρα ei μὴ ὁ υἴὸς, οὐδὲ τὸν υἱόν τις γινώσκει εἰ μὴ ὁ πατήρ (p. 44). Mais quel éditeur oserait préférer cette manipulation du texte?

Ἡ faut donc simplement constater que ce texte des synoptiques est d'accord avec la doctrine de saint Jean sur la divinité de Jésus, Jo. ur, 35; γι, 46; vu, 49; x, 15, xiv, 9, xvi, 45; xvrt, 6, 10 (PL.) et s'étonner des subterfuges auxquels a recours la critique non croyante pour éluder cette conclusion.

23-24. La RÉVÉLATION ATTENDUE EST ACCORDÉE AUX DISCIPLES (Cf. Μί, χιπ, 46. 47).

Le contexte de Mi. n'est pas le même. Il vient de parler des Juifs qui n’ont ni yeux pour voir, ni oreilles pour entendre. Pour les disciples il en est autrement (ν. 16). Le v. 17 suit comme dans Le. Cet ordre est très satisfaisant. Cependant

et celui à qui le Fils voudrait le révéler. » 35 Et s'étant tourné vers ses disciples, il leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! 3 Je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et πο [1] ont pas vu, et entendre ce que vous entendez, etils ne [l’] ont pas entendu. »

le contexte de Luc donne plus de profondeur aux paroles de Jésus. Ce qu'ils voient, ce ne sont pas seulement des miracles, c'est le secret du Fils, révélé à qui il veut, qui est placé sous leurs yeux, et c’est vers ce mystère que convergeait toute l’histoire d'Israël.

23) Les paroles qui précèdent étaient bien adressées aux disciples, mais peutêtre d’autres personnes y assistaient. L'accent est ici sur κατ ἰδίαν. Jésus prend ses disciples à part, puisqu'il s’agit d’un privilège, du moins momentané. Il n’est pas encore question des oreilles, comme dans Mt., parce que la révélation (v. 21. 22) est surtout relative à la vue; & se rapporte à ταῦτα (v. 21) pour le sens. Les disciples sont donc précisément ces enfants auxquels un mystère a été révélé, et ils doivent entendre que c’est la connaissance du Père et du Fils, manifestée par les actes et les paroles de Jésus. |

24) Comme Μί., sauf « les rois » au lieu des « justes », « ont voulu » au lieu de « ont désiré ». Les rois sont en premier lieu David, auquel a été faite la promesse de la lignée royale, et ceux qui crurent plus docilement qu’Achaz à l’oracle messianique d'Isaïe (vir). Sur la pensée, cf. Eph. mm, 2, texte qu'il faut méditer avant d'interpréter l'Ancien Testament comme s'il contenait déjà la lumière de l'Évangile.

Tout l’ensemble depuis le v. 1 est vraiment décisif contre l’avènement soudain, réservé à l'avenir, d’un messianisme d’innocence et de bonheur absolu. Jésus envoie ses disciples annoncer que le règne de Dieu est proche, Il est même commencé, puisque leur prédication amène la chute de Satan. Cependant le Maître confirme expressément leur pouvoir, parce qu'ils en auront besoin dans leur lutte contre les puissances du mal, avant d’être admis dans le ciel. Puis il remercie le Père d'avoir révélé son secret aux humbles, secret qui n’est pas le jour du grand avènement, mais la connaissance mutuelle du Père et du Fils, révélée à ceux que 16 Fils choisit, et qui sont précisément ses disciples. Ils voient donc, ils entendent dès à présent ce que les prophètes ont tant désiré de voir et d'entendre, c'est-à-dire que le messianisme est inauguré et mis en acte par Jésus et par ses disciples. Dès à présent le Fils est là. La glorification du Fils de l’homme ne peut rien ajouter à ce qu'est le Fils par rapport au Père, puisqu'il a déjà tout reçu. C’est vraiment la théologie de l’Incarnation, rattachée à l’attente d'Israël, désormais réalisée. Théologie, mais sans expressions métaphysiques, telle qu'elle pouvait être enseignée aux « enfants ».

Marcion a naturellement supprimé ce qui regardait l'attente des prophètes. Dans Tert. (adv. Mare, τν, 25) : beati oculi, qui vident quae videtis; dico enim vobis quia prophetae non viderunt quae vos videtis.

25-29. QUESTION D'UN ‘DOCTEUR DE LA Lor (cf. Μο. x, 28-34; Mt. xxir, 34-40).

Les textes de Μο. et de Mt, sont d'accord sur la circonstance : après que

25 Kat ἰδοὺ νομικός τις ἀνέστη ἐχπειράζων αὐτὸν λέγων Διδάσκαλε, τί ποιήσας ζωὴν αἰώνιον Χληρονομήσω; /δὸ δὲ εἶπεν πρὸς αὐτόν Ἐν τῷ

πήσεις Küpuoy τὸν θεὀν σου ἐξ ὅλης καρδίας σου καὶ ἐν ὅλῃ τῇ φυχῇ σου καὶ

ἐν ὃλῃ τῇ ἰσχύι σου χαὶ ἐν ὃλῃ τῇ διανοίᾳ σου; καὶ τὸν πλησίον σου ὡς 9 ο 3 , ms

σεαυτὀν. Beimey δὲ αὐτῷ ᾿Ορθῶς ἀπεχρίθης' τοῦτο ποίει καὶ ζήσῃ.

3 Ὁ δὲ θέλων δικαιῶσαι ἑαυτὸν εἶπεν πρὸς τὸν ]ησοῦν Kai τίς ἐστίν pou

Jésus a fermé la bouche aux Sadducéens, un docteur l’interroge sur Ja Loi. Ici 16 docteur interroge sur la vie élernelle, dans une autre circonstance et sans que la connexité des matières ni rien de semblable ait motivé un déplatement. Ce n’est donc pas le même cas (Schanz, Hahn, contre Holtz. B. Weiss, Loisy etc.). Il n’est pas étonnant que Jésus ait fait la même réponse aux deux questions. C'est bien le moins que sa doctrine n'ait pas varié sur le point capital. Quant au (jeune) riche, Μο. x, 17-22; Mt. xx, 16-22, Luc l’a en détail xvur, 18-23.

25) Καὶ ἰδού doit être très vague dans la pensée de Le., car l'entretien particulier avec les disciples est à tout le moins terminé. Ici, à cause de ἀνέστη, il semble que nous soyons dans une synagogue (B. Weiss, Holtz.). — νομικός est un terme de Luc {encore cinq fois), tandis que Mt. ne l’emploie que dans xx, 35 (avec Tit. m1, 44 +). Il est possible que le Mt. grec ait fait ici un emprunt à Luc; de même pour son πειράζων (ici ἐχπειράζων) qui doit être entendu dans Mi. d’une façon très atténuée pour correspondre avec le récit de Mc., où le scribe a bonne volonté. — Ces expressions ne prouvent donc pas que Le. et Mt. avaient la même source et qu'il n’y a jamais eu qu'un νομικός dans la tradition évangélique. B. Weiss et Holtz. imaginent que Lc. a changé la question parce que la Loi n'intéressait pas les gentils. Mais alors pourquoi la citation qui suit? On pouvait très bien alors interroger sur la vie éternelle; cf. Μο. x, 17, ce qui ne veut pas dire que Le. a « pris » son texte dans Me. (Loisy, 11, 350) qu'il ne retrouvera qu'à xvi, 18. — La question étant d'ordre pratique, le docteur semble avoir eu l'intention d'embarrasser le Maitre, plutôt que de-le mettre dans un mauvais cas vis-à-vis de l’autorité doctrinale. D'après ce: qui suit, il croyait en savoir plus long que celui qu'il interrogeait. — ἐκπειράζειν n’est que biblique; Paul (11 Cor. x, 9) l’emploie dans le même sens que πειράζειν.

26) Très naturellement Jésus le renvoie à la Loi, dont les commandements règlent la conduite, et très finement il le prie de répondre lui-même. « Comment lis-tu? » Πρ ny est la formule rabbinique qui précède les citations bibliques, où encore 2n27 *Kÿ, « qu'est-ce qu'il y a d'écrit? » Même K7p « lire », signifiait à lui tout seul « lire le Chmd ». Sans insister sur ce point, …l est peu probable que Luc ait composé à son gré et pour les gentils cette introduction.

27) Il n’est pas étonnant que le docteur réponde en citant Dt. vi, 5, qui est au début du Chmä, prière ou plutôt confession de foi, composée de Dt. νι, 4-9; χι, 43-21 ; Num. xv, 37-41, que les Juifs doivent réciter deux fois chaque jour, et qui éxistait déjà au temps de Jésus. L’étonnant est qu’il ajoute l'amour du

% Et voici qu'un docteur de la Loi se leva, disant afin de l’éprouver : « Maitre, que dois-je faire pour posséder la vie éternelle? » 25 1 lui dit : «ΟΥ a-t-il d’écrit dans la Loi? Qu'’y lis-tu? »

ΠΠ répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » 351 lui dit : « Tu as bien répondu; fais cela et tu vivras. » *Mais lui, voulant se justifier,

prochain d'après Τόν. xx, 48, qui n’a jamais trouvé place dans le Chmä. L’Ancien Testament recommandait fort l'amour du prochain, même de l'étranger Lév. xix, 34; Dt. x, 19. La charité de miséricorde était le moyen d’être agréable à Dieu (Is. rvur, 6 ss.). Les textes sont très nombreux (Cf. Dizcmann, Handbuch der Alft. Theologie, p. 433 ss.); mais ils attiraient peu les regards des docteurs. On a cité un mot de Hillel : « Aime les créatures et conduis-les à la Thora » (Aboth. 1, 12). Aqiba aurait indiqué le même passage que notre docteur, Τόν. xx, 18, comme le principe fondamental de la Thora; mais nous ne le savons que par le Sifra Qedechim (ad h.1.). Les œuvres de miséricorde étaient recommandées comme le complément (Aboth. à, 2) ou le principal de la Loi (b. Sota 142), C’est à peu près tout ce que M. Perles a pu trouver pour répondre à M. Bousset (Bousset’s Religion des Judentums im neut. Zeitalter kritisch untersucht, Berlin 1903). Quelques citations de plus, ce ne serait guère en comparaison de l'expansion de charité du N. Τ. {ef. sur Me. χη, 31) débordant l’exclusivisme nationaliste des Juifs. De sorte que la réponse du scribe pourrait bien n'être en effet que l'écho de la prédication de Jésus lui-même. Ἡ a pu l’entendre et lui servir sa propre doctrine, se réservant de l'embarrasser sur le point de savoir qui est le prochain. Ou bien on peut admettre que pour conduire sa narration au point voulu, Luc à attribué au docteur ce qui était l'enseignement du Maître. Ou enfin ce docteur avait mieux pénétré que le commun des autres l'esprit de la révélation ancienne. — Quant au texte du premier commandement, Le. énumère comme Μο. xx, 30 quatre facultés, une de plus que le DE. vr, 5, καρδία étant probablement une traduction plus littérale de 39, ajoutée à la traduction exacte διανοία. 11 y en a peut-être un indice dans le fait que Le. dit à... καρδίας, et ensuite met trois fois ἐν, tandis que Me. n’emploie que ἐκ et Mi. xx, 37 que ἐν.

28) Jésus approuve la réponse, et ajoute quelques mots qui répondent exactement à la question posée. Ce n'est donc point une citation du Lévitique xvr, B': καὶ ποιήσετε αὐτά. ἆ ποιήσας ἄνθρωπος ζήσεται ἐν αὐτοῖς. Jésus se place il est vrai sur le terrain de la Loi, mais sa réponse a une valeur éternelle, car le commandement de la charité demeure et c’est même toute la Loi nouvelle d'après sain{ Paul (Gal. v, 14). Si Paul prend à partie le texte du Lév., c'est en insistant sur ἐν αὐτοῖς, comme si la vie découlait de l'observation des multiples commandements, en tant que commandements.

39) δικαιώσαι au sens de justifier sa conduite, cf. xvi, 45, d’après Jülicher {rr, 594) et Loisy (η, 353) : « Le scribe veut dire que la recommandation d'ob-

, . A] » μα « πλησίον; ὑπολαβὼν ὁ ᾿ησοὺς εἶπεν ᾿Ανθρωπός τις κατέβαινεν ἀπὸ Ἱερουσαλὴμ, εἰς Ἱεριχὼ καὶ λησταῖς περιέπεσεν, οἳ καὶ ἐχδύσαντες αὐτὸν no!

πληγὰς ἐπιθέντες ἀπῆλθον ἀφέντες ἡμιθανῆ. 3ἱ κατὰ συγχυρίαν DE ἱερεύς

Page 1