‹ Evangile selon saint LucChapitre 172 sur 300 · MaRTHE ET Marie · texte numérisé non relu

MaRTHE ET Marie

Le sens du récit est assez clair : Quand on a le bonheur de recevoir Jésus, l'écouter devait être le soin principal, passant même avant celui de se préoccuper de ses besoins. Cette morale ne résulte pas d'un récit fictif, mais d’un fait réel. En le plaçant ici, Luc a-t-il voulu montrer qu'il y avait encore quelque chose de supérieur aux œuvres de miséricorde? C’est possible, mais il se pourrait aussi que cet épisode se soit passé au moment où il en était de son récit. Ἡ ne dit rien du lieu, dans son peu de souci de la géographie, mais il nomme les deux sœurs. Elles nous sont connues par Jo. x1, 1; ΧΠ, À ss: avec une coïncidence des caractères réelle, mais trop peu apparente pour avoir été cherchée; or leur demeure était à Béthanie. Jésus se trouvait donc alors près de Jérusalem, ce qui est en harmonie avec la parabole du chemin de Jéricho.

L'importance d'écouter la parole conduirait naturellement à l'importance de la foi. Mais Luc a laissé à Paul le soin de développer ce point. M. Loisy insinue, sans trop insister, qu'il a eu une arrière-pensée, « les deux sœurs figurant les deux fractions de l'Église primitive, le judéochristianisme et l'hellénochristianisme » (11, 404). — On dirait plus justement qu’il a voulu mettre les apôtres au-dessus des diacres (Act. vi, 2)! Puis nous lisons successivement que « le vague des données fait qu’il serait impossible de réfuter péremptoirement celui qui y verrait un pur symbole » et que « les noms propres, au lieu d’être un argument contre cette hypothèse, la confirmeraient plutôt » (α, 108). Alors : comment faire? Cruelle énigme posée par les critiques aux historiens. D'ailleurs

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8 0r, comme ils étaient en route, il entra dans un certain bourg; une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. ὃν Elle avait une sœur, nommée Marie, quis'était même assise aux pieds du Seigneur, et écoutait sa parolé. 4 Or Marthe était distraite par Les soins nombreux du service, lorsqu'{enfin] s'étant présentée elle dit : « Seigneur, tu n’es pas en peine que ma sœur me laissait seule

la réalité n'empêche pas le symbolisme, et l'Église a très justement vu dans les deux sœurs les types de la vie active et de La vie contemplative.

38) πορεύεσθαι peut être entendu d'un voyage déterminé ou des courses du Sauveur. Au surplus, d’après Le. lui-même (x, 1), son programme était moins un voyage en ligne droite que des courses dans le pays. Ἡ semble d’abord entrer chez Marthe pour la première fois, mais quand? Lc. n'indique rien de précis, si ce n'est que dans sa pensée nous ne sommes pas en Galilée, et s’il avait voulu opposer l’hospitalité de Marthe au refus des Samaritains (x, 53), il l'aurait racontée plus tôt. Marthe est NN, nom propre masculin chez les Nabatéens, mais féminin sur un ossuaire hébraïque de Clermont-Ganneau, Rev. arch. 1883,

1, p. 261 n° 7; masculin et féminin dans le Talmud. Le sens du féminin est « maîtresse » (héb. nn). H n'était pas tellement commun que plusieurs couples de sœurs se soient appelées Marthe et Marie dans la première communauté chrétienne. Marthe était évidemment la maîtresse de maison, peut-être simplement parce qu'elle était l’aînée. Si elle eût été mariée, c'est son mari qui eût reçu. ;

39) καὶ ride (au lieu de ταύτῃ) style des LXX; cf. Gen. xxv, 24: xxxvur, 27 (Debr. $ 289). Luc présente ici Marie, sœur de Marthe, comme une personne dont il n’a jamais parlé : ce n’est ni la pécheresse, ni Marie, surnommée Magdeleine (ντι, 2); ici son nom est même présenté à la façon d’un surnom (vi, 15). La fille de Boéthos est nommée Martha (b. Gif 562), mais aussi Mariam dans un midrach. Les deux noms commençant par Mar (donc l’hébreu était Mariam, non Miriam) semblaient s'appeler l’un l’autre (Levy, Weuhebr.… Wôrterbuch 5. v.). — καὶ signifie même. Non seulement elle écoutait le Maïtre, mais elle était si captivée par ses paroles, que, pour n’en rien perdre, elle s'était assise à ses pieds (Mald. B. Weiss, Holtz.); cf. x, 30.

παρακαθεσθεῖσα est un aor. 4er de forme passive dé παρακαθέζοµαι; cf. Jos. Ant. VI χι, 9. Cependant on n’est pas encore à table. Le Sauveur, fatigué de la route, semble s'être assis; il annonce aussitôt la parole de Dieu à ceux qui étaient là. Marie n'était pas seule auprès de lui, comme la représentent les images, mais elle se montrait plus attentive que personne, dans l'attitude d'un disciple (Act. xxrr, 3). . |

40) περισπάω signifie « attirer, détourner l'attention » et non s'occuper (Vg. satagebat). Marthe se laissait distraire. Elle aussi avait donc essayé d'écouter, . mais on venait lui demander des ordres, elle sortait pour s'occuper de la réception. Cette nuance lui est très favorable; d’après la Ve. on dirait qu'elle ne s'est jamais occupée que des choses matérielles. Marie écoutait le Seigneur ἀπερισπάστως (1 Cor. vir, 35). La διακονία étant πολλή n'est pas le service de la

λειπεν διακονεῖν; εἰπὲ οὖν αὐτῇ ἵνα µοι συναντιλάβηται. 4! ἀποχριθεὶς δὲ εἶπεν αὐτῇ à κύριος Μάρθα Μάρθα, μεριμνᾷς nat θορυβάζη περὶ πολλά,

Al

ὀλίγων δέ ἐστιν χρεία À ἑνὸς' Mapia γὰρ τὴν ἀγαθὴν μερίδα ἐξελέξατο

42. ολιγων — ενος (H) plulôt que ενος δε εστιν χρεια (T V), mais non om. n ενος (5), ni om. tout, D etc. |

table (cf. Jo. χα, 2) mais tous les préparatifs pour l'hospitalité, surtout, à vrai dire, la préparation du repas. — ἐπιστᾶσα, non pas comme dans τι, 9. 38 « étant survenue » (Schanz), car elle allait οἱ venait, mais au sens ordinaire de s’arrêter en face de quelqu'un, τν, 39 etc. Elle interrompt ses allées et venues et se plante en face du Seigneur pour lui dire ce qu'elle a sur le cœur. — où μέλει σοι (cf. Μο. 1v, 39) est très familier et indiquerait une intimité déjà commencée. — κατέλειπεν, l'imparf. indique que cela dure dès le début : Marie n'a pas abandonné (reliquit) sa sœur; elle ne l'a pas aidée dans cette circonstance où Marthe avait besoin de secours. Gellc-ci sait qu’un mot de Jésus sera promptement écouté de Marie, ce qui aussi suppose des relations déjà établies.

ἆλ) µεριµνάω indique une préoccupation de l’âme, une division (µερίς partie) entre différents (πολλά) objets qui la tiraillent, d'où résulte le trouble, même extérieur : θορυθάζοµαι comme θορυθοῦμαι. Tant que Marthe n’a pas pris sa sœur à partie, le Seigneur ne lui a pas fait de reproches. D’après la parabole du bon Samaritain, sa sœur devrait l'aider si elle avait besoin d'elle. Maïs en réalité elle crée sans nécessité cette situation; son trouble n’est pas justifié.

42) Critique textuelle. Quatre leçons : 1) la plus complète ὀλίγων δὲ ἐστιν χρεία À ἑνός (H) d'après N B (χρεία ἐστίν), 1, 4. 33 boh. Or. Bas. Jér. 2) la plus courte, qui omet tout D syrsin. latt. (a b ce ff à 1) Amb. 3) ὀλίγων δέ ἐστι χρεία (5) d’après 38 un ms. boh. syrpal. 4) vos δέ ἐστι χρεία (T) À 4 6 etc. latt. (f g q) vg. syrcur. pes. Aug. etc.

La troisième lecon est dénuée d’appuis sérieux; il est étrange que Soden l'ait préférée.

La deuxième est trop uniquement latine, sauf syrsin. qui abrège beaucoup. Tout s'explique si la leçon complète est originale. Elle est difficile, et on a échappé à la difficulté, soit en omettant tout, soit en omettant à ἕνός soit en omettant ὀλίγων, attesté d’ailleurs par la troisième leçon. Si la quatrième eût ) été primitive, comme elle donne un sens très satisfaisant, on n’aurait rien omis ni rien ajouté.

C'est cette première lecon qui nous paraît critiquement la plus sûre.

La quatrième, la plus répandue, met en opposition les préoccupations de la terre, et l’unique nécessaire qui est d'écouter (et de pratiquer) la parole de Dieu. C'est un enscignement admirable, ct c'est bicn celui de Jésus (x, 24 etc.). Loisy préfère l’omission complète en note, mais dans le texte la leçon reçue lui parait préférable, parce qu'elle à « l'avantage de contenir sous une forme intelligible, ce qui est certainement la morale du récit » ία, 107). Cependant le

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pour faire le service? Dis-lui donc de venir à mon aide. » # Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu te troubles en vue de beaucoup de choses, ® alors qu'il n’en faut que peu ou [même] une seule! Car Marie à choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. »

sens de l'épisode n’est pas de comparer les biens de la terre à l'unique bien céleste, mais de préférer Marie, qui écoute la parole de Dieu, à Marthe qui s’en distrait en s’occupant de trop de choses. C’est pour cela qu'elle est embarrassée et qu’elle a tort de déranger sa sœur, n'ayant pas droit-à son secours pour procurer ce superflu. La variante difficile et dite compliquée est seule en situation; elle est dite avec beaucoup de courtoisie et de grâce. Au lieu de rappeler Marthe au grand principe de toute vie religieuse, lé Sauveur lui reproche aimablement de se donner trop de peine, tandis que peu de chose ou même une seule chose suffit. Cette seule chose ce n’est pas encore la vie éternelle, car à ne signifie pas « ou plutôt ». Le contraste n’est pas entre peu et une seule chose, mais entre beaucoup de choses et peu ou un. Si c'était déjà l'unique nécessaire, il suffirait de dire que Marie l’a choisi. Ἡ y a une pause après ἑνός, Alors la pensée s’élève : Marie a choisi la bonne, c’est-à-dire l’excellente part. Ἡ y a donc une opposition à peine esquissée entre cette part, et celles qui devaient revenir aux hôtes; wepls a les deux sens : portion dans un repas. (Gen. Σπ, 345; 1 Regn. 1, #4; 1x, 23; Néh. vit, 19), part prise et choisie dans la conduite de la vie : Den.-Hazic. Ané. vi, 30 : ἐξὸν γὰρ ἑλέσθαι τὴν κρείτιω µερίδα, τὴν χείρονα εἵλου, οἱ surtout ps. xv, 5 : Βόριος à μερὶς τῆς κληρονοµίας pou. — On peut voir dans Kn. les nombreux Pères qui ont compris ainsi cette opposition. Si on Lit évos δὲ ἐστιν χρεία, il nous semble impossible d'entendre cette seule chose du repas, le sens est évidemment spirituel. Et c'est précisément la raison qui à amené la variante, comme on le voit par saint Basile. Quand il cite (M. xxxr, 973) le texte complet, il commente : ὀλίγων μὲν, δηλονότι τῶν πρὸς παρασχευήν, ἑνὸς δὲ τοῦ σκοποῦ, ὥστε τὴν χρείαν ἐκπληρωβθῆναι, quand il développe l’opposition entre les deux sœurs de façon systématique, il fait dire à Jésus : ἑνὸς δέ ἔστι χρεία, au sens spirituel.

— Dans 42b’la lecon Μαρία γάρ (οἱ non δέ ou om.) est certaine, mais difficile. Elle ne s'explique qu'en prenant toute la réponse de Jésus en bloc jusqu'à Marie : tu as tort de t'inquiéter (et de vouloir déranger ta sœur), car Marie a choisi. Si l’on entend ἕνός au sens spirituel (avec ou sans ὀλίγων), il fallait δέ, comme l'ont mis les mss. qui déterminaient ce sens par l’omission de ὀλίγων, un δέ explicatif plutôt qu'adversatif : « Or le seul nécessaire c’est la part de Marie », l'omission pure et simple de γάρ avait le même avantage.

— frs « qui précisément pour cela », plutôt que « qui est de nature à ne pas lui être enlevée » (PE. Kn.) qui force la note. Marie ne sera pas empêchée d’entendre la parole de Jésus. On peut en conclure qu’elle demeurera unie au Seigneur dans l'éternité, mais ce n’est pas dans le texte.

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