‹ Evangile selon saint LucChapitre 173 sur 300 · L'oRaIsoN DominicALE (cf. Mt. νι · texte numérisé non relu

L'oRaIsoN DominicALE (cf. Mt. νι

Luc à une introduction qui lui est propre. C’est un des disciples qui demande à Jésus de leur apprendre à prier, comme Jean a fait pour ses disciples. Ce trait est respecté par la critique comme authentique. Et cela dispose bien en faveur du temps marqué par Le. Car Mt. α sûrement inséré le Pater dans le discours sur la montagne, comme d’autres morceaux, pour compléter son enscignement sur la prière. Le Puter est donc relativement tardif et quand Jésus avait quitté la Galilée. Où se trouvait-il? Le voisinage de Béthanie est suggéré par le récit précédent, et aussi par l’allusion de Μο., près du même lieu, à la prière au Père qui est dans les cieux en vue de la rémission des péchés (Me. χι, 26). La tradition n'était donc pas mal inspirée en plaçant l’enseignement du Pater au lieu où depuis Constantin la basilique de l'Éléona consacrait le souvenir du discours eschatologique; cette tradition est expresse à partir du ixe siècle. Le Pater latin y fut gravé sur du marbre à une époque inconnue (cf. Vincent et ABez, Jérusalem, Ἡ p. 375-397).

Le texte grec de Le..a été plus ou moins encombré d’additions; les critiques sont d'accord pour le réduire à cinq demandes. Ce ne fut jamais une question pour les catholiques latins, car tel est Je texte de la Vulgate. Mais on s’est demandé si le Pater de Mt., qui contient deux demandes de plus et diverses modificalions, a une origine distincte. Et certes Jésus aurait pu enseigner deux fois à prier, mais à supposer qu'il ait indiqué deux fois la même prière, aurait-il varié Ia forme? Quoi qu'il en soit, il est assez peu vraisemblable, d'après ce que nous savons de la tradition, que ces deux rédactions aient été conservées telles quelles. Augustin (Enchirid. 116) admettait que Luc a pu changer la forme. On pouvait aussi bien dire avec Cajetan que c'est Mt. qui a développé explicitement ce qui était déjà en substance dans Luc : parvi refert

1 Et il advint, comme | Jésus] était en prière dans un certain lieu, lorsqu'il eutachevé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean a enseigné à ses disciples. »? Or il leur dit : « Lorsque vous prierez, dites : Père, que ton nom soit

quoniam tertia petitio tacita in praecedentibus duabus quodammodo continetur, Et similiter ultima continetur in praecedentibus. On pouvait admettre aussi que chacun a suivi sa tradition; fieri potuit ut ipsa quoque oratio dominica duplicem. in traditione induerit formam (Knab.).

La forme de Mt. semble être la forme liturgique usitée chez les chrétiens, mais on ne saurait en cônclure (Loisy) que ce qu’elle a de plus n’est pas authentique, car la liturgie est très tenace dans ses formules (cf. Didachè, van, 2). Harnack (Sprüche.. p. 41 et 94) fait commencer la prière au pain quotidien; spécialement le plus de Mt. serait une création judéo-chrétienne! Mais n'est-ce : pas y apprécier une couleur juive qui répond très bien à toute l'attitude: de Jésus? Luc a pu croire que ces mots qui n’ajoutaient rien de substantiel étaient moins nécessaires aux gentils (Schanz). D'autant que dans son texte on reconnaît sa main : τὸ καθ” ἡμέραν, αὗτοί, παντί. Son texte paraît moins primitif: s’il a donné à son original sa couleur propre, ne pourrait-il pas aussi l'avoir abrégé? C’est ce qui nous paraît le plus probable. En tout cas il y a eu à : l'origine un texte commun et en grec.

Dans Le. les cinq demandes se divisent en deux parties. Les deux premières élèvent l'âme vers Dieu, ses attributs et son dessein; les trois autres sont des pétitions qui regardent ce qui est nécessaire à la vie, la paix avec Dieu, la persévérance : c'est-à-dire le présent, le passé et l'avenir.

4) Encore un « certain endroit » que nous voudrions bien connaître; mais cette fois ce n’est pas un lieu dit, c'est une place quelconque. Déjà nous avons vu Jésus prier près de ses disciples (τε, 18). On dirait en ce moment que c’est sa manière de prier qui leur fait envie; il serait si bon de prier comme Lui! Du moins Jean a appris à ses disciples! Début d’un naturel exquis. Ce disciple est peut-être un des Apôtres, car on est dans un cercle assez restreint. — Style de Lc. καὶ ἐγένετο — ἐν τῷ εἶναι — προσευχόµενον (1, 10; Πε 21; v, 46; 1x, 48; Act, x, 30; χι, 5; χι, 12); ὡς ἐπαύσατο (v, 4).

2) Déjà dans l'A. Τ., les Israélites avaient le sentiment du Dieu Père non seulement parce qu "Israël était son fils, mais par une relation filiale individuelle; ou pour les membres du peuple de Dieu (Tobie απ, &#; Il Macch. νι, 3), ou parce que la Paternité était l’attribut du Dieu créateur ou du Dieu Providence (Sap. n, 46; xiv, 3; Eccli. αχ, 1. &; τα, 10).

On sait que les religions grecques et romainés avaient développé ce sentiment. Jésus avait Dieu pour Père d’une autre façon (x, 22) et dans sa prière il disait seulement Père, x, 21; xxmr, 46; Me. xv, 36; c’est aussi 11ηγοcation des premiers chrétiens (Rom. vur, 15; Gal. τν, 6), sous la forme araméenne, abba, à laquelle ils ajoutaient le grec πάτερ, C'était indiquer qu'ils ‘se disaient fils en union avec le Fils. Dans une communauté on dut naturellement

τ prov ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δίδου ἡμῖν τὸ καθ) ἡμέραν' 4 Y [κ à . ὅ / lan x ; ; 3 οί, V3 / καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν, καὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφίομεν παντὶ ὀφείλοντι

dire : Notre Père (cf. Mt. πάτερ Ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς). La première demande a pour objet l'honneur du Père.

Le nom de Dieu doit être sanctifié, ἁγιασθήτω, le seul cas du Ν. T. où le passif se dise de Dieu. Quel que soit le sens primitif de la racine ἅγιος et du concept de la sainteté, au temps de Jésus et depuis bien des siècles, les choses saintes étaient les choses consacrées à Dieu, d'où le concept de sa sainteté absolue, de sa pureté, nous dirions de sa transcendance. Maïs. parce quil exigeait la pratique de la loi morale, la pratique de la vertu était la condition de cette consécration. À cause de son souverain pouvoir, c'était Dieu qui sanctifiait les hommes : ἅγιος ἐγὼ κύριος 6 ἁγιάζων αὐτούς (Lev. xxr, 8). Comment donc l’homme peut-il sanctifier Dieu? précisément lorsque, étant consacré à Dieu, il donne l'exemple d’une vie morale; c’est dans ce sens que « étre sanctifié » se dit de Dieu dans VA. T. (Lev. xxxr, 32; Eccli. xxxur, 4). On ne le sanctifie pas, mais on fait reconnaître sa sainteté par les autres. Les Juifs ont ains; confisqué pour ainsi dire la sainteté de Dieu (cf. Le Messianisme.. 148). La pensée de Jésus s'élève au-dessus de ce particularisme. Le premier devoir des disciples est de reconnaître la sainteté de Dieu ; ils doivent désirer qu’elle soit reconnue des autres, et 16 demander au. Père. I faudrait que tous les hommes disent comme les Séraphins : « Saint, saint, saint » (Is. νι, 3). Car s’il ne saurait être réellement sanctifié, il importe qu'il soit loué comme saint, que son nom, C'est-à-dire le nom qu'on lui donne, soit celui de saint, à l'encontre de tant d'hommes qui méconnaissent sa nature, ses exigences morales, et par suite profanent son nom.

— ἐλθάτω à δασιλεία σου. Il faut traduire règne (même Loisy) et non royaume, car un royaume ne vient pas. La sanctificalion de Dieu par les hommes, c’est Faccomplissement de ses préceptes, et lui obéir c'est reconnaître son droit de maître, son autorité de roi. Il est bien évident que la demande regarde l'avenir. D'après Loisy : « S'il s'agissait du règne spirituel de l'Évangile et de la régénération morale de l'humanité, on ne dirait pas que le règne arrive, mais qu'il s'accroisse. Ce qu'on demande directement est donc l'avènement du règne glorieux, et la sanctification des hommes ne peut ëtre visée qu'implicitement. » (r, 603). D'après les conceptions du temps, c'est précisément l'inverse. Car le règne de Dieu était reconnu par tous les Juifs comme présent, ct cependant ils l’attendent encore (cf. Le Messianisme.… 148 ss.). Si Jésus a marqué plus fortement que personne l'avenir, c'est qu’en effet le règne de Dieu allait entrer dans une phase nouvelle. La troisième demande de Matthieu est un commentaire authentique, qui explique le règne de la volonté de Dieu accomplie au ciel, et sur la terre. — Le ms. D ajoute ἐφ᾽ ἡμᾶς, après ὄνομά σου, mais qui vraisemblablement s'applique à ce qui suit, addition semblable à celle qui se glisse dans certains pays : « que votre règne nous arrive. » Au lieu de ἡ θασιλεία σου, saint Grégoire de Nysse lisait dans Luc : τὸ ἅγιον πνεῦμα σου -ἐφ᾽ ἡμᾶς καὶ καθαρισάτω ἡμᾶς (de oral. dom., M. x1iv, 1157) el de même saint Maxime (sur Mt. vr, 10, P. G. xc, 840, sans citer Le.) et deux mss. de Le.

sanctifié; que ton règne arrive; #donne-nous chaque jour notre pain quotidien, “et remets-nous nos péchés, car nous-mèmes

dans Soden. Ce changement vient probablement de Marcion, qui aurait remplacé l'idée biblique du règne par celle de l'Esprit. Cependant, d'après Tertullien (αᾶυ. Marc. τν, 26), dans le Luc de Marcion l'Esprit aurait plutôt remplacé la sanctification du nom.

3) Plusieurs anciens ont cru qu’il s'agissait du pain spirituel, ainsi Origène (de Oratione xxvu, 7) et Cyprien (de orat. 18. 19); de même Marcion qui lisait: τὸν ἄρτον σου (Zanx, Ges:h…. 11, 472). Mais c’est encore reconnaître le domaine de Dieu et avoir confiance en sa bonté que de lui demander le vrai pain de blé, dont plusieurs savants naturalistes pensent que c'est l’aliment le plus convenable si l’on devait s’en tenir à un seul. La formule de Le. δίδου « donne constamment » et καθ’- ἡμέραν (propre à Lc., xix, 47 et Act. xvir, 14) convient mieux pour une prière à dire une fois. L’aor. dés, « donne une fois », et σήμερον « aujourd'hui » de Mt. conviennent mieux pour une prière liturgique à dire chaque jour. — ἐπιούσιον commun aux deux est difficile.

Origène (de orat. Χκνπ, 7) ne le connaît ni dans la langue littéraire ni dans le parler populaire. Il en est encore de même, et il faut, comme lui, recourir à ‘étymologie.

a) Si le tofu de ἐπί a été élidé, le mot vient de ἐπιέναι, comme à ἐποῦσα (Act. αντ, 14) « le jour qui vient »; c'est donc le pain qui vient (sak.) ou le pain de demain (604.) (Drissmann, ᾿Επιούσιος dans les Mélanges à Heinrici, p. 145 ss.) b) Si le iota n'est pas élidé, ce qui est possible dans Ia koiné (Deb. & 124), on peut songer à ἐπί composé avec οὐσία, els τὴν οὐσίαν (Orig.), le pain nécessaire à la subsistance, sens très bon, où supersubstantialis (Jér. Com. sur. Mt. νι, 11 et Vg.), qui s’écarte du sens propre. C'est peut-être aussi à quoi ont pensé syrsin. et cur., le pain «assuré » et pes. le pain « dont on a besoin ». c) Mais on peut songer aussi (Deb. $ 123) à ἐπὶ τὴν oùcav (ἡμέραν), le pain du jour présent, de ἐπεῖναι, et c’est 16 sens du latin quotidianum, ce qui est très naturel. Avec la formule de Le., il serait étrange de demander d'avance pour chaque jour le pain du lendemain. De toutes façons Ia demande est modeste, et ne vise qu'à cette suffisance que le Père ne refuse pas à ses pauvres. Cf. Τήλο. 1, 2 : τῆς τε καθ) ἡμέραν ἀναγχαίου τροφῆς πανταχοῦ ἂν ἡγούμενοι ἐπικρατεῖν.

Dans un texte encore peu connu (D. Germain Morin, Anecdota Maredsolana. Il, τι, p. 262), Jérôme dit : Si non enim quis duritiam suam convertat, et fiat mollis, non potest escam accipere, et panem qui de caelo descendit, uf possit dicere : « Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie » hoc est, qui est de tu« substantia. In hebruico evangelio secundum Matthaeum Μία habet : « Panem nostrum crastinum da nobis hodie » hoc est, panem quem daturus es nobis in regno: tuo, da nobis hodie. — Passage qui doit être bien vu des eschatologistes, mais il est clair que Jérôme veut absolument donner au pain un sens céleste, même en lisant crastinum. |

4) τὰς ἁμαρτίας est un terme plus précis de l'homme à Dieu (v, 20; σα, ἀπ) απο: les dettes, ὀφειλήματα de Mt., et Le. confesse son changement en lisant ὀφείλοντι.. — oi γὰρ αὗτοί est de Le. (cf. Act. χχιν; 43; xxvir, 36), moins naturel que ὡς καὶ

, ἡμῖν καὶ μὴ εἰσενέγκης ἡμᾶς εἰς πειρασμὀν. ὃ Kai εἶπεν πρὸς αὐτούς Τίς ἐξ ὑμῶν ἕξει φίλον καὶ πορεύσεται πρὸς αὐτὸν μεσονυκτίου καὶ εἴπῃ αὐτῷ Φίλε, χρῆσόν por τρεῖς ἄρτους, 6 ἐπειδὴ φίλος pou παρεγένετο ἐξ ὁδοῦ πρὸς µε nat οὐχ ἔχω ὃ παραθήσω αὐτῷ Ἰκἀκεῖνος ἔσώθεν ἄποκριθεὶς εἴπῃ ἸΜή por κόπους πάρεχε᾽ ἤδη ἡ θύρα πέκλεισται, καὶ τὰ παιδία μου μετ ἐμοῦ εἰς τὴν κοίτην εἰσίν οὗ δύναµαι ἀναστὰς δοῦναί σοι. δλέγω

- 2 ο = 4 EN μα ὑμῖν, εἰ καὶ οὐ δώσει αὐτῷ ἀγαστᾶς διὰ τὸ εἶναι φίλον αὐτοῦ, διά Ύε τὴν

ἡμεῖς, est peul-être plus expressif, par le γάρ: « Nous-mêmes, étant ce que nous sommes, nous pardonnons; Combien plus Dieu ne pardonnera-t-il pas! » — ἀφίομεν (de ἀφίω cf. Mc. 1, 3%); la forme est celle du présent répondant plus exactement au thème que ἀφήκαμεν, aoriste dans le sens du passé. — παντί, style de Le. vi, 30; vu, 35; 1x, 43. Le syrcur. : « remets-nous, et nous remettrons! »

— Cinquième demande. Le mot tentation en français indique une .suggestion au mal, d'où la nécessité de changer la formule et de dire : «ne nous laissez pas succomber à la tentation », car Dieu ne tente personne dans ce sens (Jac. 1, 13). Mais πειρασμός signifie simplement épreuve. D’après le même saint Jacques (1, 9), réjouissez-vous ὅταν πειρασμοῖς περιπέσητε ποικίλοις, mais ce sont des épreuves d’un genre particulier, plutôt extérieures, dont un serviteur de Dieu peut tirer grand profit. Quelles qu’elles soient, il faut les affronter avec courage, mais l'homme qui a le sentiment de sa faiblesse demandera à Dieu de n'être pas engagé par es circonstances qu’il gouverne et met en œuvre dans une situation dangereuse pour. sa fidélité. Un exemple est le cas des disciples à Gethsémani, aussi Jésus leur recommandait de prier μὴ εἰσελθεῖν εἰς πειρασµόν (ασ, 40. 46). Dieu est cause de tout : nous pouvons, d’après les lois générales de sa Providence, être mis en péril; nous lui demandons une faveur spéciale. C’est ce qui étonne les rationalistes, et qui est cependant supposé par tous ceux qui prient, c’est-àdire qui demandent quelque chose à Dieu, füt-ce seulement leur salut. |

Le πειρασμός n’est donc pas la tentation diabolique. Ce n’est pas non plus la grande épreuve messianique (Schweitzer), car la demande est très générale, et le πειρασμός sans article ne peut signifier une épreuve déterminée. Sur les diffé-

rentes formules employées même dans la récitation de l’oraison dominicale pour éviter d'attribuer à Dieu la tentation, cf. Caase, The Lord’'s prayer in the early church (Texts and studies, L, 118). Luc n’a pas reproduit la dernière demande de Mt., « mais délivre-nous du mal », soit qu'elle ait fait défaut dans sa source, soit qu'il l'ait jugée contenue dans la précédente, uf intelligeremus ad illud superius quod de tentatione dictum est pertinere (Aue. Enchir. 116).

5-8) L'amr rmrorrun. Cette parabole manque à Mt. Elle n’est pas rattachée très étroitement à ce qui précède, mais l'instruction sur l'efficacité de la prière persévérante se place assez naturellement après l'instruction sur ce qu’il faut demander. La parabole fait couple, mais de loin, avec celle de la veuve et du juge (xvmr, 1-8). Elle n’a rien d’une allégorie. C'est un exemple de ce qui se passe parmi 165 hommes, qui sont loin d'être parfaits. Si une prière per-

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XI, 5-8. ο ος 825

remettons à tous ceux qui nous doivent, et ne nous induis pas en tentation. »

$ Et 1] leur dit : « Si quelqu'un d'entre vous avait un ami, et qu'il vint le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : « Ami, prête-moi trois pains, fear un de mes amis m'est arrivé de voyage, et je n’ai rien à lui offrir, » 7et que celui-là réponde de l’intérieur : « Ne me fais pas d’ennuis ; la porte est déjà fermée, et mes enfants sont au lit avec moi; je ne puis me lever pour te donner. » ὃ Je vous 19 dis, fût-il [résolu] à ne pas se lever pour lui donner à cause qu'il est son ami; à cause de son importunité il se lèvera pour lui donner

sévérante a raison de leur égoïsme, que ne peut-on pas attendre du Père?

5) τίς ἐξ ὑμῶν (cf. χι, 25; xiv, 38” xv, 4: xvur, 7 et Mt, vi, 27; vi, 9) a l’avantage de poser la petite histoire dans l'horizon des auditeurs. Pareille chose pourrait leur arriver! Cette fois la construction est embarrassée parce que l'hypothèse ayant abouti à une demande, la réponse (v. 7) forme une fausse apodose qui prend la place de la solution. Elle n'apparait donc qu'au v. 8 sous forme de conclusion. Tout est d'ailleurs parfaitement clair. La situation est posée par les futurs ἕξει, πορεύσεται, la question par le subjonctif εἴπῃ, qui introduit l'hypothèse principale, celle de la prière.

— χρῆσον impér. aor. de κίχρηµι, L'emprunteur ne peut parler qu'à travers la fente de la porte; il expose son affaire en peu de mots qui vont droit au but, non sans employer le terme poli d’ami. Il demande trois pains parce qu'une seule de ces galettes plates ne suffit pas pour une personne. Ce sont de ces petits services qu'on se rend volontiers entre pauvres gens qui n’ont pas de grosses provisions. | \

6) Lui-même a été dérangé, mais il lui en coûte seulement de n'avoir rien à offrir. Quoique son attitude ne décide pas du sens de la parabole, elle s'oppose heureusement à celle de l’égoïste voisin. — παρατίθηµι, cf. x, 8.

7) La réponse est moins qu'engageante, et presque brutale. Selon l'usage actuel, les matelas, roulés durant le jour, sont la nuit étendus un peu partout; les enfants y reposent. Le père de famille ne peut se lever pour aller ouvrir la porte et donner les pains sans tout déranger. — κόπους παρέχειν, cf. Comm. Gal. vi, 17. — εἰς τὴν κοίτη», au lieu de ἐν et du datif, selon les tendances de la koinè, dont Mt. seul est exempt ο, $ 205); noter aussi le pluriel avec un neutre de personnes.

8) La parabole tourne court. On suppose que l’emprunteur a insisté jusqu'à refuser de quitter la place et à faire tant de bruit qu’il n’y avait plus rien à ménager à l'intérieur. C'est ce qu'explique la Vg. en ajoutant : Et si ille perseveravit pulsans. Ce n’est pas le type d’une prière importune à cause du temps mal choisi (Schanz), car cette circonstance n'est pas de nature à amener le Succès, mais d’une prière obstinée qu'un premier refus, si positif qu'il soit, ne décourage pas. -

Dieu aussi semble refuser quand les choses prennent un cours contraire à à nos

ἀναιδείαν αὐτοῦ ἐγερθεὶς δώσει αὐτῷ ἔσων χρήζει. TKéyo ὑμῖν λέγω,

ἀνοιγήσεται. 3 τίνα δὲ ἐξ ὑμῶν τὸν πατέρα αἰτήσει ὁ υἱὸς ἄρτον, ph

# ο À HN # A 3 . 2, πα .

11. τινα (TH V) αἱ non τις (8) — ο νιος (T Ἡ V) et non om. (5) — αρτον.,.,. η (T 5 V) et non om. (H), — “ar p. n (T) et non om. (9 V). 12. un (T S V) plutôt que om. (H).

désirs. Combien plus aisément il se laissera persuader que cet homme obligé

de vaincre ou une inquiétude justifiée pour ses enfants, ou plutôt sa paresse! Il

n'est pas dit ici que l’objet de la prière doive être bon; mais cela résulte des

termes de l'oraison dominicale. — Le sens n’est pas que le prêteur donnera pour

l’un fdes deux motifs, car alors. il eût fallu écrire : ἐὰν καὶ μὴ δῷ, le premier cas

demeurant incertain. Luc veut dire qu'il ne donnera certainement pas parce que

l’autre est son ami, et καί porte donc sur quelque chose de réel. Mais il donnera

à cause de son impudence, c’est-à-dire pour se débarrasser de lui. Même tour-

nure xvin, 5. — γε sans autre particule après διά n'est pas « du moins » (8. ᾽ Weiss), mais « certes. »

Cela indique moins la persévérance, qui suppose qu’on revient à la charge pendant longtemps, que l’insistance, sans craindre de paraître importun. Ce n'est pas le type de la prière qui demande à Dieu la même grâce pendant des années, mais de celle qui dit à Dieu : « Je ne me retirerai pas que vous ne m'ayez exaucé.

‘La parabole ς se termine sans application expresse à Dieu. ce qui suit en lient lieu.

9-13, NÉCESSITÉ ET EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE (Mt. νπ, 7-41). Ce passage est composé de paroles du Seigneur, sous la même forme dans Le. et dans Mt. Il se lie à ce qui précède plus naturellement dans Luc. L’invitation à prier est exprimée de plusieurs manières pour affirmer son efficacité, garantie par la comparaison entre le Père du ciel et les pères dans l'humanité.

9) Κάγώ indique déjà plus qu'une simple conclusion de la parabole. Jésus parle en son nom et engage son autorité. I n’affirme pas seulement que la prière sera exaucée; il invite à prier parce que c’est la condition pour recevoir le don de Dieu. D'ordinaire on ne reçoit qu'à la condition de demander, on ne trouve qu’en cherchant, on n’est admis dans une maison qu'après avoir frappé à la porte. Il ne faudrait pas chercher là des allusions allégoriques aux efforts de l’homme par la parole, par le cœur, et par l’action, ni déduire du troisième mode que l'on demande l'entrée du royaume de Dieu (Hahn.). Ce sont trois manières d'obtenir quelque chose qui paraissent bien suggérées par la parabole de l'ami importun; si elles ne réussissent pas toujours dans l’ordre humain, elles réussissent auprès de Dieu. Les disciples sont invités à en faire l’expé-

tout ce dont il a besoin. Et moi je vous dis : Demandez, et on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et on vous 6uvrira. 10 Car quiconque demande, reçoit, et celui qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. !! Si le fils d'un d’entre vous demande à son père du pain, lui donnera-t-il une pierre? Ou si fil demande] un poisson, lui donnera-t-il un serpent à la place du poisson? θα s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion?

rience. ἆ 1515 ne fait aucune distinction d’après l’objet de la prière, car il a été indiqu dans le Pater.

10) D'après Godet, c'est une confirmation par l'expérience journalière. Mais elle serait bien décevante et ne saurait confirmer la parole du Maître. Au risque de paraître se répéter, il affirme de nouveau ce qui se passe dans l’ordre divin. Néanmoins la forme employée est adaptée aux circonstances humaines. C’est sans doute pour cela que ἀνοιγήσεται est au futur, car ce passif est impersonnel, et le sujet réel de l’action est la personne qui va venir ouvrir, ce qui suppose un. intervalle de temps. Ἡ n'y a pas lieu de voir là une allusion à la parousie (Hahn). Le leçon ἀνοίγεται est donc une correction à trop bon marché.

44) Sur la leçon : Nous maintenons ἄρτον, μὴ λίθον ἐπιδωσει αὐτῷ; ἢ (xal), après αἰτήσει, omis par H, admis par T 5 avec tous sauf B laét. (ff à ὃ sah. syrsin. arm. Or. Le texte de Le. n’est pas moins encombré que celui de Mt., parce que la personne mise en scène (cf. sur v. 5) doit être celle qui exauce 18 prière, et qu'il faut faire intervenir celui qui demande, ici le fils. Mt. ayant écrit comme il est naturel τίς ἐξ ὑμῶν a rétabli la situation avec ὃν αἰτήσει. Luc ayant mis dès le début τίνα à l'accusatif, sa phrase est plus directe, mais elle est alourdie par τὸν πατέρα, introduit pour la clarté. Si 18 personne interpellée fait la demande, comme dans La Vg., τίς δὲ ἐξ ὑμῶν τὸν πατέρα αἰτήσει ἄρτον la phrase est plus coulante, mais cela fait l'effet d’une correction, et peu en harmonie avec le contexte, car il n’y a pas d’ appel à sa conscience ou à son expérience; o1 pourrait seulement supposer la réponse d’après les usages connus. — μή parce que l'interrogation, à 18 mode sémitique, a remplacé la coordination. La phrase demeure peu grecque pour : à votre fils vous demandant du pain, donneriez-vous? (Deb. 8 469). Dans ces deux premiers cas, qui sont ceux de ᾽ ΜΙ., ce n’est pas une chose nuisible qui est donnée à la place d’une chose utile; simplement la demande est éludée, et même frustrée par l'octroi décevant d’un objet semblable. Le serpent n’est pas le plus souvent nuisible; il est là pour sa: ressemblance avec certains poissons (Holtz. cite le Clarias Macr acanihus, du lac de Tibériade). ;

19) Le serpent pouvait cependant suggérer l’idée d'un animal dangereux ; il sert de transition, et c'est très nettement le cas du scorpion. C'est en vain qu’on a cherché dans Élien et dans Nicandre un scorpion blanc; le scorpion ne peut être ici que le scorpion noir, si commun en Palestine, et qui ne ressemble pas du tout à un œuf. La pensée a donc évolué dans le sens de l'invraisemblance. Certes aucun père ne donnera un scorpion à son fils. Bien plutôt il donuéra ce

καὶ αἰτήσει ᾠφόν, pi ἐπιδώσει αὐτῷ cxoprlov; 13 εἰ οὖν ὑμεῖς πονηροὶ ὑπάρχοντες οἴδατε δόµάτα ἀγαθὰ διδόναι τοῖς τέχνοις ὑμῶν, πόσῳ μᾶλλον ὁ πατῆρ ὁ ἐξ οὐρανοῦ δώσει πγυεῦμα ἅγιον τοῖς αἰτοῦσιν αὐτόν.

4 Καὶ ἦν ἐκβάλλων δαιµόνιον κωφόν΄ ἐγένετο δὲ τοῦ δαιµιονίου ἐξελθόντος ἐλάλησεν à χωφός, Kat ἐθαύμιασαν οἱ ὄχλοι Ἰδτινὲς δὲ ἐξ αὐτῶν εἶπαν Ἐν ῬΒεελζεβοὺλ τῷ ἄρχοντι, τῶν δαιµονίων ἐκβάλλει τὰ δαιµόνια" Ἰθἕτεροι δὲ πειράξοντες σημεῖον ἐξ οὐρανοῦ ἐζήτουν παρ αὐτοῦ.

15, Βεελ. (T 5 V) et non Βεε. (H); de même v. 18 5.

que l'enfant lui demande, ce qui demeure le point principal. Car on ne se posait pas sans doute la question de savoir si Dieu donnerait des choses nuisibles au lieu des choses utiles demandées. |

13) Argumentation a minore ad maius. ὑπάρχοντες est du style de Luc (ni Μο. ni Jo.; Mt. trois fois, Luc έν. et Actes plus de trente fois). — πονηροί n’est point comme le voulait Bengel un lustre testimonium de peccato originali; « l'antithèse est entre les parents de la terre, imparfaits comme tous les hommes, et le Père céleste, qui est parfait et | parfaitement bon » (Loïsy, 1, 1, 632). — ἐξ οὐρανοῦ ne - peut s'expliquer que comme ραι τὰ ἐκ τῆς οἰχίχς αὐτοῦ Mf. xxiv, 17, parce qu'on pense déjà à faire descendre ou à enlever de tel endroit. Le Père qui est au ciel donnera du ciel. Si donc Luc a en fait éviter de dire le Père qui est aux cieux ce n’est pas que cette locution « sentait l’anthropomorphisme » (Loisy 1, 633), c'est plutôt parce qu'elle était surtout accommodée aux habitudes juives. Il n’a pas non plus ajouté ὑμῶν à πατήρ, peut-être pour mieux marquer que Dieu est le Père de tous. Où Mt. dit ἀγαθά, qui est sans doute primitif comme plus simple, Luc dit πνεῦμα ἅγιον pour mieux accentuer l’objet surnaturel obtenu. Mais on ne voit pas ce qu'il y a là de paulinien (Holfz.) puisque dans Rom. vu, 15. 28 FEsprit-Saint recu (au baptême) est plutôt l'agent de la prière. On rapprochera plutôt Jac. 1, 5.

44-36. Ceux QUI NE RECONNAISSENT PAS, ET CEUX QUI RECONNAISSENT LE RÈGNE DE Dieu Er LE ΕΠΙ DE L'HOMME. À propos de l'expulsion d’un démon v. 44, Luc pose clairement deux catégories d’incroyants, v. 45 et v. 16. Il est répondu au premier groupe de 47 à 23, au second de 29 à 32. Entre les deux, l'épisode des rechutes οἱ la glorification de la mère de Jésus rentrent facilement dans le même thème, comme les vv. 33-36 sur la lumière qui a apparu et sur celle de l'esprit intérieur. L’ensemble est donc parfaitement lié et montre qu'il y à des signes suffisants pour les âmes droites. Les points de contact avec Μο. et Mt. seront indiqués dans chaque péricope.

14-16. ExPuLSION D'UN DÉMON; rmpressions Diverses (cf. Mt. 1x, 32-34; χα, 22-24 ; Μο, var, 11: ME. xvi, 1).

Le v. 14 pose le miracle, le v. 15 dit qu'on l’attribue à Béelzéboul, le v. 16

. que certains demandent un signe. Il ÿ a deux parallèles aux vv. 14 et 15 dans Mt. : 1x, 32-34 οἱ κι, 22-24; Luc ἃ le non de Béelzéboul qui ne parait que dans

19 Si donc Vous, tout méchants que vous êtes, savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus le Père du ciel donnera l'Esprit-Saint à ceux qui Le prient! »

14 Et il chassait un démon muet. Or lorsque le démon fut sorti, le muet parla. Et les foules furent dans l’admiration; 15 mais quelques-uns d’entre eux dirent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il chasse les démons. » 16 D’autres, pour le tenter, lui demandaient un signe [venu] du ciel.

Mi. x, 22-24; mais dans ce second cas fe démoniaque est sourd et aveugle en même temps, et Le. a pu prendre le nom propre à Μο, mt, 22. La demande d’un signe se trouve dans Mc. vus, 11 et Mt. xvi, 1.

44) Le point de départ est très vague. Luc s’est abstenu de donner aucun point de repère chronologique ou topographique. — ἣν ἐκθάλλων est l'imparf. à la façon araméenne. Littéralement c’est le démon qui est muet. Quand il est sorti, l'homme parle; c'est donc que le démon l’empêchait de parler. Mais il ne parlait pas non plus pour son compte à l'inverse du cas de Légion (vin, 30); ainsi le démon pouvait être nommé muet. Dans Mt. 1x, 32 s. cette petite difficulté est évitée : κωφὸν δαιμονιζόμενον. Le résultat de l’expulsion est le même et aussi l'admiration des foules. — καὶ αὐτό style de Le.

15) C'est à ce miracle que Le. rattache sa discussion sur le prince des démons. Dans Mc. elle venait après l’opinion fâcheuse des parents de. Jésus (πι, 24), comme une seconde opinion encore plus insultante. Luc a négligé ce trait qui eût eu besoin d'explications pour ses lecteurs gentils, et une fois quitté le fil de Μο., il a rattaché la discussion au miracle du muet, discussion amorcée dans Mt. τς, 33, amorcée et poursuivie dans Mt. χι, 24 ss., parallèlement à Μο. nr, 22 ss. Mais tandis que les interlocuteurs dans Me. sont les scribes venus de Jérusalem, et dans Mt. des Pharisiens, puis, dans le cas du signe demandé, les Pharisiens (Mc. vi, 14) ou les Pharisiens et les Sadducéens (Mt. xvi, 1), Luc divise ceux qui ne sont pas satisfaits en deux groupes, sans les désigner autrement. Le premier groupe ne nie pas le miracle, mais, sans même en évaluer la portée et la signification, il refuse d’en tenir compte et jette un soupçon atroce sur Jésus en prétendant qu'il agit par l'autorité de Béelzéboul (sur ce nom, cf. Comm. Μο. πι, 22).

16) Le second groupe n’a rien à objecter au miracle, mais sa pensée est sans doute qu’il ne suffit pas pour mettre Jésus tout à fait hors de pair, et il demande un signe venu du ciel pour voir (πειράζοντες, Me.) jusqu'où s'étend son pouvoir miraculeux. ΟΕ. Jo.1r, 18; γι, 30.

Ἡ semble bien que ce groupement des opinions soit littéraire pour faire ‘un tableau des tendances de cette génération mauvaise. La précision de Μα,, qui parle de scribes venus de Jérusalem (en Galilée), garde sa valeur, et la demande d’un signe a probablement été faite dans une autre circonstance, plus tard, mais peut-être encore en Galilée (Me. et Mt.). Luc, en partie à cause de ses lecteurs, se préoccupe plus des questions que de ceux qui les ont

3 + ω -”ο ν τὰ διανοήµιατα εἶπεν αὐτοῖς Ἡᾶσα βασιλεία to

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ς ἐφ᾽ ἑαυτὸν διεµερίσθη, πῶς σταθήσεται ἡ βασιλεία αὐτοῦ; ὅτι λέγετε ἐν Βεελζεβοὺλ ἐκβάλλειν µε τὰ δαιμόνια. εί δὲ ἐγὼ ἐν Βεελζεβοὺλ ἐκβάλλω τὰ δαιμόνια, of viol ὑμῶν ἐν τίνι ἐχβάλλουσιν; διὰ τοῦτο αὐτοὶ

ο ο ” Ἆ . A -ο 1 ὑμῶν χριταὶ ἔσονται. ei δὲ ἐν δαλτύλῳ θεοῦ ἐγώ ἐχβάλλω τὰ δαιμόνια,

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