εκδιωξουσιν (TS V) plutôt que διωξουσιν (Η
était vrai dans un sens général (Mt.), mais n'était évidemment pas leur intention.
La seule explication plausible est qu'il y a là une ironie (Holtz.). Les docteurs sont censés avoir eu l'intention développée dans Mt. de protester de leur admiration pour les prophètes, de séparer leur cause de celle de leurs meurtriers. Et ce sont les mêmes hommes qui sont encore disposés à tuer le Prophète par excellence! Que vaut donc leur démonstration de piété envers les anciens prophètes? Ils achèvent plutôt l'œuvre des meurtriers en scellant les prophètes dans leur tombe, comme ils vont l’achever envers Jésus. — D'après Loisy, « Jésus feint de croire que les scribes en construisant les tombeaux des prophètes tués par leurs pères, ont l'intention de glorifier les crimes de ceux-ci» (11, 382). Pareille fiction n’eût pu qu'exciter le sourire des scribes.
48) ἄρα cf. v. 20; Act. xt, 18. — µάρτυρές ἐστε, de ce qui précède, et non de ce qui suit. Le zèle des scribes à glorifier les martyrs est un témoignage qui perpétuc et amplifie 16 souvenir des faits. C’est surtout aux environs de Jérusalem qu’on pouvait montrer de semblables monuments. Sur le tombeau dit des Prophètes, RB. 1901, 73 ss., sur celui dit de saint Jacques, RB. 1919, 480 ss.
49-51. Menace du châtiment. Les précédents vue étaient courts et le dernier (ν. 53) l’est aussi. Aussi bien tout ce passage ne fait pas parlie du vae précédent puisqu'il ne s'adresse directement à personne. Ἡ est placé dans Mt. xxur, 34-36 à la suite des vae, et suivi de l’apostrophe à Jérusalem (37-39). Ce dernier morceau ne pouvait vraiment pas être placé à la table du Pharisien, aussi Le. l’a réservé (x, 34. 35), mais il a laissé ici ce qui en est l'introduction, parce que cela suivait bien au vae sur les tueurs de prophètes. L'ordre de Mt. est beaucoup plus naturel; sa situation paraît plus historique.
C'est ce que reconnaissent les critiques radicaux, mais ils font honneur à Le. d'avoir conservé ici le cachet primitif, la citation d’un livre juif, représentant la Sagesse où même intitulé « la Sagesse », citation que Mt. aurait transformée en paroles directes de Jésus (Holtz., Loisy, J. Weiss etc.). 11 nous faut encore admettre que Mt. a micux conservé le texte de la citation par l'envoi de prophètes, de sages et de scribes, landis que Le. a mis des prophètes et des apôtres pour désigner les envoyés du Ν. Τ., de sorte qu'il se serait plus préoccupé d'interpréter de l’évangile un passage auquel il conservait son caractère de
‘citation, que Mt. qui mettait les paroles dans la bouéhe de Jésus. Et cela serait assez étrange. Si bien que Loisy admet : « Il est possible que Luc, en transcrivant la formule introductive, ait penséjque Jésus se désignait lui-même comme la
les ont tués. Donc vous êtes des témoins! et vous donnez votre assentiment aux œuvres de vos pères : car eux les ont tués, mais vous bâtissez!
#C'est pourquoi la Sagesse de Dieu, elle aussi, a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, et ils en tueront et persécuteront, afin qu’on redemande à cette génération le sang de tous
Sagesse incarnée » (x, 384). C'est précisément le principe de la solution. Le langage que Mt. prête à Jésus est exactement celui qui convient à Dieu. Il s'exprime comme faisait le Seigneur dans l'Ancien Testament (Jér. vir, 25 6.). Et cependant il faisait allusion à la mission de ses disciples, dont le meurtre devait combler la mesure. Luc a pensé sans doute qu'il serait plus clair de mettre ces paroles dans la bouche de Jésus comme l'expression de la Sagesse de Dieu. De cette façon tout était concilié, le style de l’A. T. demeurait dans son cadre, et les paroles étaient encore dans la bouche de Jésus, quoique indirectement. C’est bien le caractère de ses changements : respecter le plus possible les termes consacrés des paroles du Maître, sans s’astreindre à conserver le contexte immédiat qu’elles ont ailleurs. Une fois ce parti adopté, il fallait naturellement remplacer l'auditoire proche (πρὸς ὑμᾶς) par un auditoire éloigné (εἰς αὐτούς], ce qui convenait d’ailleurs beaucoup mieux dans l'auditoire restreint des convives qui ne représentaient pas toute la génération, ni surtout les habitants de Jérusalem.
Loisy ajoute une raison qui est la seule objection sérieuse : « Concoit-on que le Sauveur ait pu présenter le meurtre de Zacharie comme le dernier crime des Juifs?.Un écrivain exégète a pu le faire, et d'autant plus facilement qu'il antidatait peut-être son livre, en le plaçant sous 16 patronage de quelque nom célèbre des temps anciens » (nr, 885 s.). Cette dernière conjecture était nécessaire, autrement on pourrait dire de tout autre écrivain comme de Jésus : Conçoit-on etc. D'autre part conçoit-on qu’un apocryphe ait annoncé pour un temps rapproché du meurire de Zacharie le châtiment grandiose dont il est ici question? Si oui, comment le Sauveur pouvait-il appliquer la citation à l'avenir? Les difficultés sont donc -les mêmes, qu’il y ait citation ou non, et c’est les grossir que de parler du dernier crime des Juifs; cf. v. 51. Nous expliquerons donc le texte sans recourir à l'hypothèse d’une citation (B. Weiss, Schanz, Kn. Pl. Hahn, Wellh., même semble-t-il Klost.).
49) La Sagesse de Dieu ne désigne pas directement le Christ. On ne l'eût pas compris dans sa bouche, et le terme de Sagesse pour le Christ n’était pas tellement commun que Le. l’eùl inséré d'après 1115856 de son temps. Mais il est au courant des desseins de Dieu et peut révéler ce que se propose sa sagesse; cf. vil, 85. — εἶπεν, d'après PI. convient moins que λέγει pour des paroles écrites ; l'argument ne tient pas: cf. Act. 11, 22; 1v, 283 ση, 7. — Ἡ y a bien d'ailleurs dans Le. révélation d'un dessein ancien de Dieu à la manière d’un oracle : les prophètes sont ceux de l'A. Τ., les apôtres sont ceux de Jésus. Les Juifs feront ce qu'ils ont déjà fait; cf. Jer. νι 25 8.
50) ἵνα (ME. ὅπως) indique à peine la finalité, car le sens n’est pourtant pas. que
πόσμου ἀπὸ τῆς γενεᾶς ταύτης, 9 ἀπὸ αἵματος Αβελ ἕως αἵματος Ζαχαρίου τοῦ ἀπολομένου μεταξὺ τοῦ θύσιαστηρίου καὶ τοῦ οἴχου' val, λέγω ὑμῖν, ἐκζητηθήσεται ἀπὸ τῆς γενεᾶς ταύτης. ὕξ οὐαὶ ὑμῖν τοῖς νομικοῖς, ὅτι ἤρατε τὴν Ada τῆς Ὑνώσεως' αὐτοὶ οὖκ εἰσήλθατε καὶ τοὺς εἰσεργομένους
3 > … = à mn ἐκωλύσατε. 55 Ἰζάμεῖθεν ἐξελθόντος αὐτοῦ ἤρξαντο of γραμμιατεῖς
Dieu a envoyé des missionnaires dans le but d'avoir à les venger. Il indique plutôt la conséquence du meurtre, qui cependant rentrait dans le plan divin. — ἐκξητέω + Ν, T., rarissime chez les classiques, mais fréquent chez les LXX, spécialement pour traduire 3 avec D, la recherche du sang en vue de la vengeance, Π Regn. τν, 41; cf. l'inscription grecque juive citée sur xvin, 8, qui porte ἐγχέαντας αὐτῆς τὸ ἀναίτιον αἷμα ἀδίχως, avec la prière à Dieu de la rechercher τὸ αἷμα τὸ ἀναίτιον ζητήσῃς (εις).
— ἀπὸ καταθολῆς Κόσμου serait une expression hyperbolique (B. Weiss) si elle n'était limitée. Dieu ne punira pas sur les Juifs tout le sang versé, mais celui des prophètes. Le meurtre d’Abel ne leur est point imputé comme 5118 l’avaient commis, mais, en tant qu’il figure dans leur histoire sacrée, il appartient à leur histoire. C'est de cette facon qu'il est prophète, comme les patriarches l’ont été (Ps. cv, 15) en leur qualité d'amis de Dieu. Toute cette histoire va être terminée. — Et quoique notre sagesse soit à court devant cette sagesse de Dieu, il est clair qu'il ne punit pas toujours les individus ni les peuples dès qu'ils sembleraient le mériter. Puis vient le moment où des calamités irréparables viennent montrer que si Dieu a attendu, il n’a pas été indifférent.
51) Dans Mt. Abel est « juste ». Zacharie, dans Mt. « fils de Barachias », a été tué « par les Juifs ». Ce nom est spécialement bien choisi, parce que le grandprêtre Zacharie a été victime de son zële, dans le sacré parvis, par l’ordre du roi Joas, et qu'il est mort en disant : « Que lahvé voie et fasse justice! » Abel (Gen. 1v, 10) et Zacharie (1 Chr. xxiv, 20-23) sont donc deux cas typiques dans lesquels le sang demande justice, et c’est sans doute pour cela qu'ils sont associés. Zacharie a été tué ἐν αὐλῆῇ οἴκου, c'est-à-dire simplement dans l'enceinte du Temple. Selon les paroles de Jésus c’est entre l'autel et un endroit correspondant qui ne peut être que le sanctuaire, donc ναοῦ (M£.) plutôt que οἴκου qui est plus général. Josèphe dit que Zacharie mourut ἐν τῷ ἱερῷ et que Dieu l'avait désigné pour προφητεύειν, il est done mort comme prophète (Ané£. IX, vur, 3).
Si l’on tient compte des légendes du Talmud sur le sang de Zacharie qui .bouillait encore lors de la prise de Jérusalem par les Babyloniens (Gi. 57; 7. Taan. 1, 693) et dont on montrait encore la irace au temps de saint Jérôme (Comm. Mt.), du souvenir perpétué par le tombeau de Zacharie sous les murs du Temple, on n'aura pas à réserver l'hypothèse d'un autre Zacharie, plus récent, qui ne nous serait pas mieux connu que la tour de Siloé (x, 4). Il ne faut nommer ni Zacharie, père de Jean-Baptiste, avec des rêveries apocryphes
ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XI, 92-53. ο 849
les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, 5! depuis le sang d’Abel jusqu'au sang de Zacharie, mis à mort entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous le dis, il sera redemandé à cette génération. *Malheur à vous, docteurs de la Loi, car vous avez pris la clef de la science; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et vous avez empêché ceux qui entraient. »
83Et lorsqu'il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens commencèrent à être terriblement mécontents et à le faire parler sur diverses choses, 5ilui tendant des embäüches pour surprendre quelque parole de sa bouche.
condamnées par saint Jérôme, ni Zacharie, fils de Baruch, tué au début de la guerre juive (Jos. Bell. IV, v, 4) avec quelques critiques réveurs.
Jésus ne pouvait rappeler un souvenir plus vivant et plus impressionnant que celui de Zacharie, prêtre et prophète. Un nom plus récent, füt-ce celui de Jérémie, aurait fait moins d'effet, surtout à Jérusalem. |
— La fin du v. dans Le. ne retient pour cette génération que l'idée de châtiment, au lieu de ταῦτα πάντα, avec une précision qui n'est pas une preuve d'originalité. On sait comment la prophétie s’est accomplie en l’an 70, avant que ceux qui écoutaient Jésus aient tous disparu.
52) Un dernier vue, qui paraît un peu froid après les pathétiques paroles qui précèdent; nouvelle raison de les croire transposées. Cf. Mt. χιπ, 19 où les ΄ scribes et les Pharisiens ferment le royaume de Dieu. Dans Le. le règne de Dieu n'est que dans la perspective figurée, non dans la métaphore. La clef de la science n'est pas la clef-science (Gen. appositionts, Holtz.), mais la clef qui a pour objet la science (Gen. obiecti, Schanz), comparée à un palais. Les scribes l'ont prise, c'est-à-dire dérobée à l'usage commun. Ils ne permettent à personne qui ne serait pas de leur confrérie d'expliquer l’Écriture, et eux-mêmes n’entrent pas, c’est-à-dire n'en possèdent pas la vraie notion. Le texte ne dit rien de plus en termes clairs. D'ailleurs la vraie connaïssance devait nécessairement amener le règne de Dieu, et, d’après l’ensemble de ces instructions, elle devait. aider à pénétrer le sens de l’action de Jésus. On peut penser aussi que le défaut des scribes était cette casuistique de pureté qui ne leur permettait pas de pénétrer dans le sens profond de l'Écriture, relatif au Christ.