À QUOI S'ENGAGE LE DISCIPLE DE JÉSUS
Luc n'a établi aucune connexion entre 165 propos de. table et la présente exhortation. Il n’ÿ a donc pas lieu d'y voir les raisons pour lesquelles ceux qui étaient invités avaient refusé de venir (Schanz). Mais il a mis quelques mots d'introduction qui ont leur importance. Le lieu du discours n'est pas indiqué;
on voit seulement qu'on est en voyage, et ce voyage n'est pas éloigné de la Passion.
La foule se groupe toujours comme jadis pour entendre le Maitre. Mais de plus elle le suit, probablement parce qu'elle se demande s'il n’est pas le Messie, s'inspirant déjà des sentiments qui seront plus nettement exprimés plus tard (xx, 14). Jésus les met en garde contre un entraînement qui pourrait bien se tromper sur les conditions de l'entreprise (25-27) où n'avoir pas mesuré ses forces (28-33); faute de quoi l'issue serait moins qu'honorable (34-35). Il avait déjà posé pour tous le principe du renoncement (Le. 1x, 23 ss. avec Μο, vint, 34 ss.), et indiqué ce qu’exigeait la vocation de disciple (rx, 57-62); mais cette fois les termes sont tracés encore plus nettement et plus fortement. .Sans doute le Sauveur préférait n'avoir autour de lui que des bonnes volontés conscientes ; ᾿ encore savait-il qu'il ne pouvait compter sur personne. Mais du moins il aurait posé à jamais les lignes du renoncement, imposé surtout à ceux qui veulent par libre choix être ses disciples et le suivre.
Quelques paroles particulièrement accentuées ont des parallèles dans Mt.
25-27. SE DÉTACHER DE TOUT ET PRENDRE LA Croix (cf. Mt. x, 37. 38).
25) συνπορεύοµα:, déjà vir, 41 (cf. Mc. x, 1). Les foules se joignent au Sauveur pour cheminer avec lui (xxiv, 15). Cela est dit ici avec d’autant plus d’accent que Jésus se tourne vers les foules pour leur demander de bien penser à ce qu'elles font en le suivant. Cette introduction remplace le contexte de Mt. x, 36, lequel est excellent, indiquant que dans la dissension générale il faut prendre parti pour Jésus.
26) ἔρχεται πρός µε est général et s'adresse à tous ceux qui veulent embrasser la cause de Jésus, comme ὀπίσω µον ἔρχεσῆαι (v. 97 et 1x, 23), ou même ἀκολονθεῖν (x, 59), car il n’ÿ à pas entre ces mots de différence essentielle (Holtz contre Schanz). Les mêmes conditio 5 sont posées à tous. Le détachement des liens de famille était déjà imposé aux Lévites (Dt. xxx, 9 s.).
Mt. exprime la même pensée sous une forme adoucie : « aimer plus que
25 Comme des foules nombreuses le suivaient, il se tourna et leur dit : 6 « Si quelqu'un vient à moi et [cependant] ne baït pas son père et sa mère, et sa femme et ses enfants, et ses frères et ses sœurs, et même encore sa vie, il ne peut être mon disciple. ? Quiconque ne
moi » au lieu de haïr. Luc ajoute la femme, les frères et sœurs et même la vie. Sa formule α donc quelque chose de plus général, ce qui est dans 565 habitudes, mais on ne saurait dire que cette fois il ait nuancé celle que lui transmettait la tradition. Ces paroles sont de celles qu'on atténue plus volontiers qu’on ne les exagère. Il faut se souvenir d'ailleurs que dans Mt. explicitement et dans Le. implicitement, Jésus a en vue les persécutions ou la grande crise dans laquelle il faudra choisir entre ses parents ou sa vie et la résolution qui assure le salut. Ἡ en est encore de même aujourd'hui où ce détachement de la famille ne s'impose d'ordinaire que dans certaines circonstances solennelles où les proches se trouveraient être un obstacle. C’est alors qu'il faut les « haïr », c'est-à-dire les regarder comme des ennemis de la cause de Dieu; μισεῖν traduit ordinairement l’hébreu νο) employé selon la rigueur sémitique de l'opposition où nous dirions : « dédaigner » Gen. xxix, 31. 33; Dt. xxr, 15-17; Is. 1x, 15; Prov. xxx, 23. — ἔτι τε καί style de Le., Act. xxr, 28. — ψυχή est ici la vie, cf. Jo. χι, 25.
Dans ME. : « n’est pas digne de moi » deux fois, v. 37 et 38; dans Le. deux fois : « ne peut être mon disciple ». Luc eût pu avoir ses raisons pour faire ce changement, mais comme il s’agit d'une parole de Jésus qui sûrement se trans-. mettait isolément de bouche en bouche, il n’y a pas lieu d'affirmer que Le. suivait ici la même source que Mt. De même pour le v. suivant. ι
27) ἀκολουθεῖ ὀπίσω (Mt.) est, d’après Harnack (Sprüche… 63), un pléonasme sémitique. Mais les Sémites (hébreux ou araméens) n'ont pas de mot pour suivre, et disent : venir après, exactement comme Le. — Sur la pensée, cf. 1x, 23 et Μο. VIII, 35,
Holtzmann (cf. Loisy) a noté avec raison que la personne de Jésus remplace ici le règne de Dieu. Étre son disciple ou entrer dans le royaume de Dieu, sont deux expressions qui se valent. En fait et pratiquement, il est le centre, c'est en s'attachant à lui qu'on arrive au royaume, et on ne peut le suivre qu’en renonçant même à la vie et en portant sa croix. — θαστάζειν de la croix, comme Jo. xix, 17. Le sacrifice de la vie doit être accepté si sérieusement que chacun doit se regarder comme portant déjà sa croix; cf. Artem. 11, 36 : ἔοικε ὁ σταυρὸς θαγάτῳ, καὶ ὁ µέλλων αὐτῷ προσηλοῦσθαι πρότερον αὐτὸν θαστάζει (cilé par Jül. 207). Dans ce passage, Artémidore (15 siècle ap. J.-C.), païen, suppose qu'on a rêvé de porter quelqu'un des démons infernaux, ce qui présagerait à un malfaiteur « porter une croix », c’est-à-dire mourir. L'expression était donc courante el les critiques peuvent se dispenser de l’attribuer à la tradition qui l'aurait d'avance prètée à Jésus d'après son supplice (ef. sur Me. vus, 34).