‹ Evangile selon saint LucChapitre 209 sur 300 · Le se (Mt. v, 13-16; cf. Μο. 1x · texte numérisé non relu

Le se (Mt. v, 13-16; cf. Μο. 1x

Luc semble prévoir ici le cas où un disciple se découragerait. De même qu'un individu se rendrait ridicule en ne menant pas à fin son entreprise, de même un disciple qui perdrait son énergie deviendrait inutile et serait méprisé. C'est une confirmation du sens donné aux paraboles; l'hypothèse du recul est sévèrement condamnée.

Marc contient la même comparaison, très difficile dans son contexte, puisque les commentateurs ont beaucoup de peine à en pénétrer l'obscurité. Nous avons regardé le sel comme une qualité des disciples. C’est aussi le sens de Le., mais il était beaucoup plus clairement exprimé ailleurs, avec plus de développements, dans Μί., et c'est cette forme que Le. a suivie en ajoutant encore à l'énergie de la comparaison.

34) Καλὸν τὸ ἅλας comme dans Μο.; cf. καλόν τι ἐλευθερία ἐστί (Épict. I, xu, 42, Jül.); en ajoutant οὖν Le. lie à ce qui précède. On en conclut que le sel devient ainsi la figure de l'esprit de sacrifice (B. Weiss, ΡΙ.). Mais il est plutôt comparé à la qualité de disciple (Schanz, Hahn, J'ül.), non point extérieure, mais consistant dans une énergie qui améliore le milieu où elle agit, manière énigmatique de dire ce que Mt. a mis en clair : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt. v, 13). Le sel a deux usages : assaisonner (Job. vi, 6) et conserver les aliments. Il est donc très précieux, ef on peut le regarder, surtout dans le premier usage, comme ayant une supériorité sur l’objet auquel il communique sa vertu. Mais si cette vertu s’affadit, on ne trouvera nulle part d'agent plus actif qui puisse la lui rendre. Aïnsi le disciple, s’il venait à se décourager.

35) Comme le sel n'était pas recherché pour lui-même, mais pour sa vertu, une fois affadi il n’a plus aucune utilité, même comme engrais, soit qu’on le mette directement en terre, soit qu’on le fasse macérer. Ce trait est omis dans Mt., mais il suppose lui aussi que le sel est jeté dehors. M. Perles (Zné W, 1920, p. 96) a rappelé le dicton : « Quand le sel est mauvais (lité. puant) avec quoi le salera-t-on »? (b. Bekorot 8"), et a proposé comme original de οὔτε εἰς γῆν οὔτε εἰς κοπρίαν εὔθετόν ἐστιν l’araméen ν)2 ND27 νο] κό στο Nb, « Il n’est bon ni

pour assaisonner, ni pour fumer ». Maïs il serait étrange qu'on eût pris le verbe Nban pour le mot ban. El si élégant que paraisse le jeu de mot, il joindrait deux idées bien disparates : assaisonner (la nourriture) et fumer (la terre). — A la fin un avertissement aux auditeurs, comme dans Μο. τν, 23. Cet appel à l’attention suggère que les paroles de Jésus sont particulièrement importantes, n’imposent nullement la recherche des sens allégoriques. Mais si disposé qu’on soit à traiter la parabole en pure parabole, il y a un rapprochement qui s’impose entre le sel et les disciples. Les disciples qui renoncent ne valent pas mieux. que le sel affadi. C'était. déjà une note sévère. Si Jésus ajoute qu'on jette le sel dehors, il faut entendre que les disciples dans ce cas ne feront plus partie du groupe de ceux qui suivent Jésus. En tout cas il est vraiment étrange qu'on ait appliqué en même temps la petite parabole aux disciples et aux chefs du Judaïsme qui étaient le sel de l'humanité, mais qui, indociles au Christ, se sont affadis et ne servent plus à rien. « Par cette interprétation... le discours sur le renoncement se trouve subordonné à l'idée qui domine les récits et 165 discours précédents, à savoir la réprobation d'Israël et la vocation des Gentils » (Loisy, π, 437). Mais une interprétation contestable n'autorise pas une interprétation aussi violente que celle-là. J. Weiss qui l'avait proposée (Comm. Mayer 8° éd.) semble y avoir renoncé dans les Schriften.

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