‹ Evangile selon saint LucChapitre 254 sur 300 · LAMENTATION SUR JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LAMENTATION SUR JÉRUSALEM

Jésus sait à quoi s'en tenir sur les sentiments de la grande cité. Elle suivra ses guides ordinaires qui sont ses adversaires à lui. Ainsi l'enthousiasme des disciples viendra se briser contre l'obstination du peuple aveuglé. Le Sauveur

‘ Et quelques Pharisiens mêlés à la foule, lui dirent : « Maitre, mets tes disciples à la raison! » 4 Et il répondit : « Je vous [le] dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront. »

H Et lorsqu'il se fut approché, voyant la ville, il pleura sur elle, . & disant : « Ah! si dans ce jour tu avais connu toi aussi ce qu'il fallait pour la paix! — mais maintenant cela a été caché à tes

en est attristé jusqu'aux larmes, car il prévoit la ruine de la cité de David. Rien de plus touchant que cette tristesse et ces pleurs dans la joie générale, rien qui montre mieux en lui l’envoyé de la miséricorde, rapportant tous ses actes aux desseins de son Père, sans être un seul instant détourné de sa mission, ni séduit par des espérances flatteuses. Tout cela n’est d’après M. Loïisy qu'une invention de Lue : « L'hypothèse d’une tradition ou d’une source écrite antérieure à Luc paraît superflue » (nr, 273). La preuve? « La description du sort qui attend Jérusalem est en partie imitée d'isaïe et de Marc, mais avec une précision de trait qui provient assurément de ce que Luc a écrit après l’an 70 » (n, 272). Étrange état d'esprit! Si Luc a écrit d’après les faits, qu'avait-il besoin de recourir à Isaïe, et si Isaïe décrit déjà le siège, comment prouve-t-on que la description de Le. a été faite d’après l'événement? Tant d’érudition était-elle nécessaire pour écrire ces lignes pénétrées de bonté et de mélancolie? Le pressentiment d'un grand cœur suffirait à les expliquer; ne peut-on les attribuer à Jésus sur la foi de l’évangéliste? Assurément il n’y aurait aucun inconvénient à reconnaître dans les termes la nuance précise du fait accompli si elle était clairement reconnaiïssable, mais nous verrons qu'il n'en est rien. : / &1) Après quelques pas sur la descente du mont des Oliviers, Jésus aperçoit la ville. Aujourd’hui encore le spectacle est d’une beauté incomparable. Alors 16 Temple, à peine achevé, resplendissait dans l'éclat de ses pierres blanches, entouré d'une ceinture d'édifices et de maisons plus humbles, faisant ombre aux flancs des collines comme les blocs d’une carrière. Jésus pleure sur la ville, elle qu’elle est, rebelle à-sa tendresse, et parce qu’elle sera châtiée.

42) Il n'y a pas précisément aposiopesis, phrase interrompue par l'émotion, et dont on peut suppléer ce qui manque. εἰ ἔγνως est plutôt l'expression d’un regret : Que n’as-tu connu! La connaïssance eût dû être préparée dans le passé, Jour avoir ses fruits en ce jour, car il serait encore temps. — καὶ σὺ indique me comparaison, avec les disciples, qui eux comprennent, plutôt qu'avec les jilles de Galilée vouées elles aussi à la ruine pour n'avoir pas compris : le sens erait « toi du moins », et il eût fallu écrire καί γε ou (Eusèbe). — τὰ πρὸς ἰρήνην (cf. xIv, 32), les propositions de réconciliation qui venaient de Dieu, et jui auraient amené la paix. Mais Jérusalem était aveuglée. Le passif ἐκρύδη (sujet à πρὸς εἰρ.) doit en dernière analyse s'expliquer par un dessein divin (Jo. ση, 38), nais on ne saurait oublier le v. 37, si rapproché. Les disciples ont vu des mirales qui n'ont point été ignorés de Jérusalem, et ils ont loué Dieu. SiJérusalem n’a as compris, c'est qu'elle n’a pas voulu voir (cf. Dt. xaxrr, 28 5.).

καὶ σὺ τὰ πρὸς εἰρήνην νῦν δὲ ἐκρύβη ἀπὸ ὀφθαλμῶν σοῦ. Hô ἤξουσιν ἡρέραι ἐπὶ σὲ καὶ παρεμβαλοῦσιν οἱ ἐχθροί σου χάρακά σοι nai περικυχλώσουσίν σε καὶ συνέξουσίν σε πάντοθεν, τν καὶ ἐδαφιοῦσίν σε nat τὰ τέχνα σου ἐν σοί, καὶ οὐκ ἀφήσουσιν λίθον ἐπὶ λίθον ἐν vol, ἀνθ᾽ ὧν οὐκ ἔγνως τὸν καιρὸν τῆς ἐπισχοπῆς σου. #5 Kai εἰσελθὼν εἰς τὸ ἱερὸν ἤρξατο ἐκβάλλειν έγων αὐτοῖς Τέγραπται Kai ἔσται ὁ οἶχός µου οἶκος

λ ρα € RS ? 3 ΄ , ο προσευχῆς. ὑμεῖς δὲ αὐτὸν ἐποιήσατε σπήλαιον ληστῶν. ω

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et 9 ! s Y et , μα εὕρισχον τὸ τί ποιήἠσωσιν, ὁ λαὸς γὰρ ἅπας ἐξεκρέμετο αὐτοῦ ἀκούων.

43. παρεμθαλονσιν (ET Ἡ 5 V) plutôt que περιθαλονσιν. 48. ευρισκον (T S V) et non nupioxov (H).

43) Üne nouvelle phrase commence avec ὅτι, qui se rapporte au regret exprimé par Jésus, et qui est une véritable lamentation sur Jérusalem : on va voir pourquoi! — Le premier καὶ est presque synonyme de ὅτε (Holiz.). L'image est celle d’un siège qui procède par l'établissement d'un retranchement, entourant toute la ville de façon continue, Cf. 15. xxix, 3 : καὶ κυκλώσω 6 Δαυείδ ἐπὶ σέ, καὶ βαλῶ περὶ αἳ χάρακα παὶ θήσω περὶ σὲ πύργους. C’est le thème du siège, dans l’antiquité, et on peut dire de tous les temps : Sennachérib : « Je l’enfermai dans Jérusalem, sa ville royale, comme un oiseau en cage. Je bâtis contre lui destours οἱ quiconque sortaït par la grand'porte de sa ville, je le châtiais » (Cyl. de Taylor, 11, 20 ss.). Luc ne parle pas de tours, mais seulement du retranchement (χάραξ) au moyen de palissades qui était le type de la fortification romaine. En Palestine on se servait de murs en pierres sèches, comme on le voit encore à Sebbé, l'ancienne Masada, prise après la ruine de Jérusalem {Jos. Beil. VII, vi, 3 ss.) à laquelle la description de Le. conviendrait parfaïtement (RB. 1894 p.263 58.). |

44) Deux traits. — ἐδαφίζειν, de ἔδαφος, signifie d'après les uns « raser jusqu’au sol », mais Field objecte que dans ce cas on dit ἰσόπεδον ποιῆσαι (II Macch. τς, 14), κατάχειν ἕως ἐδάφους {18. xxvi, 5), εἰς ἔδαφος καθαιρεῖν (Thuc. Polyb.), εἷς ἔδαρος καταθᾶλλειν (Plut.}. Tandis que dans Ps. cxxxvi, 9, ἐδαφιεῖ τὰ νήπιά σου πρὸς τὴν πέτραν le sens est : « écraser sur la pierre » (cf. Os. xiv, 4 ; Nak. πι, 105 IV Regn. vu, 19).

- C'est le sens ici, à cause de τὰ τέχνα. Dans les deux facons, c'est un trait courant dans la littérature sur le sac des villes. Peut-on dire sérieusement qu'il est écrit ici ex eventu? — Le second trait est de ne pas laisser pierre sur pierre. On prétend qu'il est emprunté à ce que Me. dit du Temple (χΧητ, 2). Α propos de ce texte, M. Loisy a écrit que « le temple à été brûlé, non démoli, en sorte que la métaphore des pierres renversées se trouve matériellement inexacte » ία, 395); mais ici Μο. a été retouché ex eventu (ir, 272)! Ne vaudrait-il pas

yeux. # Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis. feront un retranchement contre toi, et ils t’entoureront et te presseront de toute part, οί ils te briseront sur Le sol, toi et tes enfants demeurant chez toi, et ils ne laïsseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps de ta visite. »

I5Et étant entré dans Le Temple, il commença à chasser les vendeurs, {leur disant : « Il est écrit : Et ma maison sera une maison de prière. Mais vous en fites une caverne de brigands. »

HEt il enseignait chaque jour dans le Temple. Or les grands prêtres et Les scribes cherchaïient à le perdre, ainsi que les premiers du peuple, et ils ne savaient pas comment faire, car tout le peuple était suspendu à sa personne en [l’Jécoutant.

mieux dire que Le., peut-être sans s’en douter, emploie pour toute La ville la même expression que Mc. pour le Temple, parce qu'elle exprime une ruine complète (cf. Zach. v, 4; II Regn. xvur, 13; Mich. 1, 6)? — ἐπισκοπή, visite de Dieu, qui peut être une visite de justice (Sap. xiv, 11), mais qui est 16 plus souvent une visite de grâce (Gen. 1, 24; Ex. m1, 16 etc.). Tout le temps de la mission du Sauveur était la visite de Dieu, si souvent annoncée par les prophètes.

45-46. JÉSUS CHASSE LES VENDEURS DU TEMPLE (Μο. χι, 45-17; Mt. xxr, 42-13; cf. Jo. 11, 44-16). D’après Μο., Jésus est venu au Temple Ile soir de son triomphe; mais c’est le lendemain seulement qu’il en a chassé les vendeurs. Luc raccourcit la perspective et omet l'épisode du figuier desséché.

45) Le verset est textuellement dans Μο., qui y. ajoute des détails très naturels. Luc ne retient que les vendeurs, peut-être parce qu'on.ne pouvait qualifier les acheteurs de voleurs, de sorte que l'acte de Jésus, si énergique d’après Μο. et surtout d’après Jo., n'apparaît guère que comme le thème d’une importante lecon religieuse.

46) Même texte dans Μο., emprunté à 15. Lvr, 7, la tournure hébraïque κληθήσεται étant remplacée par ἔσται. Plummer s'étonne que Le ait omis πᾶσιν τοῖς ἔθνεσων, et en conclut qu’il n'avait pas Me. sous les yeux. Mais Le. pouvait-il s'exposer à laisser croire à ses lecteurs que le Temple devait encore être un lieu de prière pour toutes les nations? |

41-48. ENSEIGNEMENT DANS LE TEMPLE; LES CHEFS ET LE PEUPLE (Cf. Me. χι, 18).

A son habitude Le. généralise le texte de Mc.

47) Dans Mc. l'expulsion des vendeurs exaspère les prêtres et les scribes; ‘trait parfaitement vraisemblable, comme aussi leur frayeur en présence d’un chef populaire animé d’une telle énergie, et si peu enclin à respecter les abus qu'ils autorisaient. Luc compose un tableau plus complet, quoique moins vivant. Jésus prêche chaque jour dans le Temple. IL n'est pas question de ses séjours à Béthanie (Mc. χι, 41; Mt. κχι, 17), ni de ses allées et venues; cela n’a pas rapport à la doctrine. Jésus enseigne τὸ καθ) fuéoav, cf. ΧΙ, 3. En revanche

504 ÉVANGILE SELON SAINT LUC, xIx, 48.

Lc. ajoute les πρῶτοι τοῦ λαοῦ, c’est-à-dire l'aristocratie qui faisait le troisième tiers du Sanhédrin. |

48) Tous ceux-là cherchaient et ne trouvaient pas; phrase bien balancée. Leur embarras — et non plus leur crainte — venait de ce que le peuple ὁ λαός et non pas seulement la foule (Μο.), tout entier (ἅπας style de Le.), était suspendu aux lèvres du Maitre. On ne pouvait donc rien faire sans provoquer un esclandre. — ἐξεκρέμετο de ἐκκρέμομαι; la lecon ἐξεκρέματο est probablement une correction d’après le normal ἐκκρέμαμαι. — La tournure est élégante, ἐκκρέμομαι est employé par les classiques au figuré; ἀκούων, pendant qu’il parlait, comme en latin, pendet ab 01e. — αὐτοῦ dépend de ἐξεκρέμετο, cf. Eur. Élect. 950.

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