ειπον (T H) plutôt que ειπε (8 Υ
67) Luc ne parle pas du grand prêtre, qui a dù cependant diriger les débats. J1 passe aussi sous silence tout ce qui regarde les témoins, et ce que Jésus aurait dit de la destruction du Temple, se rendant compte peut-être que cela eût dû ètre expliqué à ses lecteurs. Tout cela d’ailleurs n'avait pas fait avancer la condamnation. Pourtant le v. 71 suppose bien qu'on avait entendu des témoins. — La question porte simplement sur le titre de Christ, sans l’adjonction de « fils du béni » (Me.). Et cela est très vraisemblable. C'était précisément le grief que les sanhédrites se proposaient de faire valoir auprès de Pilate, et l’aveu de Jésus leur était un gage de succès. D'ailleurs « dis-le nous » (Le. seul) a quelque 631056 d’engageant et de confidentiel. Et il est vraisemblable aussi que Jésus n'ait pas d'abord répondu affirmativement à une question qui pouvait être prise dans tant de sens différents. D'autre part pouvait-il entreprendre d'expliquer à ces adversaires passionnés comment il comprenait le messianisme? Avec un calme souverain, il leur remontre qu'ils n’ont pas l'intention de l'écouter sérieusement, puisqu'ils sont décidés à ne pas le croire.
68) Déjà Jésus avait interrogé les scribes sur ce que devait être le Messie (xx, 41). Ils avaient refusé de répondre. A quoi bon interroger encore ceux qui se posaient en juges? — Les paroles de Jésus sont parfaitement en situation. Ἡ y avait quelque chose de semblable dans Jér. xxxvin, 15, parce que des questions analogues : peuvent amener des réponses analogues, mais combien la plainte de Jésus est plus haute! On pressent déjà qu'il ne refuse pas de confesser son titre de Messie, mais qu’il l'entend à sa manière, qu'il sait être la vraie. — Schanz sort du thème en expliquant : « si je vous demande de quel droit vous agissez ».,. Ce serait l'objection d'un accusé quelconque, et on ne peut en trouver le lien avec ce qui suit.
69) (Οἱ. RB. 1906 p. 571 ss.) Malgré tout, les sanhédrites auront leur réponse, mais ils sauront en même temps quel Messie est Jésus. Dans Mc. la réponse de Jésus groupait deux textes (Ps. οχι et Dan. v, 19) pour donner par deux images une idée du triomphe du Messie. A prendre les choses à la lettre, on pouvait croire que les sanhédrites eux-mêmes allaient voir le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu et venant sur les nuées, mais parmi les Juifs on savait que le style des prophètes était parfois un tissu de figures à interpréter. Luc retient la première, et, par ἔσται au lieu de ὄψεσθε, il en rend la réalité indépendante
grands prêtres et scribes, et ils l’amenèrent à leur tribunal, disant : « Si tu es le Christ, dis-le nous. » Il Leur dit : « Si je vous le dis, . vous ne croirez pas; Set si j'interrogeais vous ne répondriez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. » Tous dirent alors : « ΤΗ es donc le Fils de Dieu? » Lui leur dit : « Vous dites que je le suis. » Ἡ Πς dirent : « Qu’avons-nous encore besoïn d’un témoignage? car nous-mêmes avons entendu de sa bouche. »
des sanhédrites : qu'ils voient ou ne voient pas, le triomphe de Jésus aura lieu, le mettant à côté de Dicu. La seconde figure est omise, d’après les critiques (même Schanz), parce que Le. l'interprète par la réalité de l'avènement du Fils de l'homme, et que cette réalité ou ce fait n'ayant pas été joint à la mort du Christ, il n’a pas voulu en parler. De cette interprétation, si on l’entend bien, il ne résulte nullement que Jésus se soit trompé sur le fait qu'il exprimait en figures traditionnelles, ni que Le. ait faussé sa réponse; il s’est contenté d'une figure qu’il a légèrement interprétée, et qui exprimait assez la gloire de Jésus, omettant la seconde figure qui eût pu être mal comprise de ses lecteurs. Marc savait aussi bien que Luc que la parousie n'avait pas été vue des sanhédrites, mais il ne faisait aucune difficulté à reproduire des paroles dont il comprenait et dont ses lecteurs devaient comprendre le symbolisme. Luc aurait voulu éviter toute difficulté.
Tout cela admis comme probable, il nous semble qu'il y a une autre raison
de l'omission de Le., tirée du contexte. Dans Μο. et dans Mt., la réponse de Jésus est son dernier mot; son avènement glorieux, entendu plus ou moins symboliquement, termine la perspective. Il n'en est pas ainsi dans Le. La réponse de Jésus fait comprendre aux sanhédrites qu’il se donne pour Fils de Dieu, et ils vont le poursuivre sur ce terrain dangereux. C’est pour cela, croyons-nous, que Le. a accentué la réponse dans le sens d’une réalité qui affecte moins la gloire extérieure de Jésus (en tant que visible) que sa situation définitive auprès de Dieu, sur le même rang que lui (aussi a-t-il ajouté τοῦ θεοῦ]. Cela posé, l'avènement sur les nuées n’ajoutait rien d’essentiel et aurait même eu l'inconvénient de distraire l’attention. Chacun des évangélistes a donc sa logique, et ils demeurent dans la vérité.
10) On aurait pu discuter indéfiniment sur le Messianisme et sur la culpabilité d’un homme qui se disait le Messie. Mais Jésus avait élevé le Messianisme à des hauteurs surnaturelles; le Messie était donc légal de Dieu! La conséquence était difficile à éviter pour qui regardait le Messie comme l'être assis à la droite de Dieu. C'était l'avis d’Aqgiba, mais José le Galiléen s’écria : « Agiba, jusqu'à quand profaneras-tu la gloire? » (Le Messianisme.. p. 225). C'est exactement l'impression des Sanhédrites. Jésus s’est désigné comme Fils de l’homme, mais un pareil Fils de l'homme n'’aurait-il pas la prétention d'être plutôt le Fils de Diéu? Leur question s'entend assez naturellement dans ce contexte, quand bien même ils n'auraient jamais entendu parler du Fils de Dieu (Le Messia-
ὅτά ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XXII, 71.
nisme…. p. 103). Jésus alors confesse qu’il est bien le Fils de Dieu en des termes insinuant qu’il n'aurait pas de lui-même été au-devant de la question. Il est clair que, d’après les Juifs qui ne voyaient qu'un homme en Jésus, c'était un horrible blasphème, qui méritait la mort.
το 74) Les sanhédrites estiment que ce serait perdre le temps que de s'informer * davantage. Il n’y a plus rien à dire. Les témoins sont inutiles, ces témoins dônt Le. n'avait pas parlé, mais qu'il retrouve ici dans le texte de Mc., montrant bien qu’il ne compose pas rigoureusement, mais qu’il reproduit fidèlement. La condamnation cependant n’est pas mentionnée. C’est peut-être parce qu’elle résulte : si clairement du procès, qu'il était inutile d'y perdre des paroles. Peut-être Le.
qui n'a pas mis en scène le grand prêtre évite-t-il d’accabler le sanhédrin de
l'odieux d’une condamnation. Ou plutôt il aura entendu éviter une équivoque.
La condamnation n’était dans la pensée des Juifs qu’une manière de se former
légalement la conscience. C'était une affaire purement juive. Il restait à obtenir la condamnation du gouverneur. Dans ces circonstances Lc. aura préféré de ne
pas parler de deux condamnations. Ses lecteurs auraïent pu s'étonner, puisque
les modernes mènent là-dessus tant de bruit. |